CHAPITRE TROISIÈME. 4o
«plus inhumain et plus insolent». Il fallait voir, dans les colloques et les conférences, comme sa parole impérieuse relevait « d'une étrange sorte » quiconque osait le contredire. Il parlait seul au nom de son parti : les autres, «où il était», «devaient» s'effacer et «se taire*». « Il souffrait avec impatience les moindres choses qui blessaient son autorité '^ » Ce qui l'irrita contre Carlostadt, ce fut moins la nature des innovations qu'il avait tentées, que sa hardiesse de « s'ériger en nouveau docteur »,
— et cela^ dans Wittenberg même, la ville du Prophète.
— Les sermons que Luther fit à cette occasion laissent voir, quoiqu'il n'y nomme pas Carlostadt, combien il était « piqué au vif^ ». Il tenait à garder toujours la haute main dans la direction de la Réforme ; il tenait autant peut-être à l'honneur de l'avoir commencée. Cet honneur, il se le vit pourtant disputer de son vivant. Ses emportements « terribles » contre Zwingle, qui prétendait avoir prêché l'Evangile avant lui, — contre Léon de Juda, qui osa traduire la Bible en allemand, comme lui*;
— contre les Suisses, qui publiaient les œuvres de Léon de Juda et de Zwingle , en les louant l'un et l'autre ; — témoignent assez combien il était jaloux de conserver pour lui, toute entière, la gloire d'avoir été le premier chef et le principal ouvrier de la Réforme. Nulle douleur ne lui fut plus sensible, dans l'accablement de ses dernières années, que d'apercevoir, en dépit de la déférence apparente des siens, l'avilissement de son pouvoir sur eux et la décadence prématurée de son empire; — empire plus arrogant et plus dur, disait Munzer, que celui du Pape de Rome^
Cette passion de dominer, si sensible en Luther, tient da reste, d'après Bossuet, à la même cause que sa fou-