L. II, n» xxx
met Luther au-dessous de Calvin. Car, dit-il, si Calvin l'emportait « par l'étude, » sur le Réformateur allemand dont «le savoir était médiocre au fond, » il lui fut «inférieur par le génie.» Luther avait «quelque chose de plus original et de plus vif*.» Le style même de Luther n'est pas moins estimé de Bossuet que celui de Calvin. L'historien catholique croit sans peine que Luther « maniait sa langue maternelle avec clarté et élégance %» et quant à ses écrits latins, qu'il connaît, il ne paraît nullement avoir été choqué de « ce style grossier et sans rien d'uniforme, » de cette « forêt » et de ce « chaos » de paroles dont Luther était le premier à s'accuser^
Toutefois, aux yeux de Bossuet, la haute et distinctive supériorité, l'éminent moyen d'action du fondateur de la Réforme, c'était la parole. « C'est par où il enlevait tout le monde. » Il fut « l'orateur le plus véhément de son siècle : son éloquence vive et impétueuse entraînait les peuples et les ravissait\» Et ce n'étaient pas des triomphes inefficaces, ni cet enchantement stérile de l'oreille et de l'imagination que vole parfois la rhétorique : Luther obtenait, — Bossuet le note en connaisseur, — le plus beau succès que puisse rêver l'homme qui parle : il « animait » ces masses humaines qu'il est aisé de toucher et mal aisé de faire agir. Ses sermons « suscitaient des exécuteurs à ses prophéties^ »
Dépeindre avec autant de précision et de vivacité
1. L. I, n» xxxii; 1. IX, a» lxxxi. — Cf. sur le peu d'érudition de Luther, HoFF, p. 6S. — Pallavicin, au contraire (Hist. Conc. Trid., 1. VI, cap. x) : « Copiosam rerum. eruditionem obtinuit... Erudiiioiiis affluentia.»
2. L. IV, n» i; 1. VI, n» xiii. Bossuet, dans l'hypothèse d'une réconciliation avec les protestants d'Allemagne, consentait à ce qu'on laissât la version de Luther, une fois revue, entre les uiaius des peuples. {Réft. sur l'écrit de Molanus, p. II, ch. y.)
3. L. I, n» XX. Cf. Luther, Resolutiones de poteslate Papae, Op. lat., éd. Schmidt, t. III, p. 296-297; et dans Kuhn, t. II, p. 501.
4. Bossuet désigne justement l'éloquence de Luther par son caractère principal et distinctif. S'il est vrai que, selon le mot d'Eoban Hess :«tous les cœurs se fondaient à la parole de Luther, comme la neige au printemps » (Kuhn, t. I, p. 504), cette pénétrante douceur n'est pourtant pas k qualité qui a survécu dans ses ouvrages écrits et qui s'y présente le plus habituellement.