‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 250 sur 329 · C'est l'hypothèse de Schmidt · texte numérisé non relu

C'est l'hypothèse de Schmidt

2. Cf. Heyd, Histoire du Commerce du Levant au Moyen âge, t. I, p. 75-125, spécialement, p. 81-83, sur les coramunicatioQs par tern^ entre les pays de l'Hémus et l'Allemagne. Cf. t. I, 262, 308, sur la pénétration tardive de l'élément slave à Raguse; p. 529, sur les relations de Raguse, de Pise et de Venise, au treizième siècle, avec la Bulgarie. Cependant les Dualistes réapparaissent dans l'Occident et en particulier en France, dès la fin du di.xiime siècle. D'js 991, Gerbert, prenant possession du siège de Reims, publie une profession de foi, par laquelle il repousse avec énergie les erreurs manichéennes (Pfister, Éludes sur le règne de Robert le Pieu.r, p. 330.) Ces doctrines étaient donc déjà très répandues dans le nord de la France. Or, d'après Pierre de Sicile, qui écrivait vers 870, les Panliciens » se proposaient» seulement à cette date de s'attaquer à la Bulgarie. Peut-on admettre qu'en cent ans, à cette époque, une doctrine hérétique ait pu faire tant de chemin en pays étranger et une si rapide fortune en pays lointain ?

3. A. Réville, art. cité, p. 57; Pfister, ouvrage cité, p. 326-327. — Ces objections s'appliquent aussi bien du reste à la thèse soutenue par Schmidt, dans son Histoire des Cathares (t. 1, p. 1 sqq.; t, II, p. 252 sqq.)

4. Sur le caractère dualiste des hérétiques d'Orléans, les savants modernes paraissent d'accord avec Bossuet (cf. Schmidt, t. I, p. 28-29; t. II, p. 286-287; Pfister, p. 327 sqq.)

roi Robert; — eussent eux-mêmes reçu leurs erreurs d'Italie^?

Pour tout cela, quelques textes de Pierre de Sicile^ de Raoul Glaber, d'Adhémar de Chabannes et d'un chroniqueur anonyme cité par Yignier, ne sont pas suffisants'. Les appellations populaires dont quelques-uns de ces historiens s'autorisent pour faire venir les Dualistes de la Bulg-arie, ne sauraient déterminer la conviction, — erronées comme elles l'étaient souvent, et fondées sur des préjugés vagues ou des rapprochements imaginaires*. — Et quant aux inductions personnelles émises, sur la prove-

1. « L'évèqiie de Cambrai, Gérard, visita, au début de 1025, son second siège, Arras. Là il apprit que des Italiens, et à leur tête, un certain Gundolf, prêcliaient des doctrines nouvelles.» Adhémar de Chabannes, dans Pfisteb, ouvr. cité, p. 335. « Voilà l'unique texte important qui prouverait que l'hérésie vint de l'Italie. 11 n'y a évidemment à ajouter aucune foi à Raoul Glaber, qui veut qu'une femme italienne ait converti à Terreur les clercs d'Orléans.» In., ibid., n. 4.

2. Bien que Pierre de Sicile, envoyé eu ambassade en Arménie, ait eu l'occasion d'étudier les Pauliciens de près, connaît-il le Manichéisme d'original? Les ressemblances nombreuses de son livre avec les livres de Photius peuvent en faire douter (Cf. Fabricuis, Bibl. graeca, éd. Harles, t. VU, 1701, p. 329.) Même s'il n'a pas copié Photius et si, seulement, ils ont eu tous deux une source commune, cela prouve que, dans sa lettre à l'archevêque de Bulgarie sur l'hérésie paulicienne, il a fait œuvre de théologien plutôt que de narrateur et d'observateur.

Signalons, en passant, un léger artifice dans la façon dont Bossuet se sert ici de Pierre de Sicile. Il sent que, pour établir cette histoire des migrations du Manichéisme d'Orient en Occident, le seul témoignage de Pierre de Sicile est peu de chose. Il le grossit alors; il se prévaut de ce que « Vossius a reconnu que nous avons une grande obligation à Raderus qui nous a donné en grec et en latin une histoire si excellente. » Vossius dit bien, en effet {de Hisloricis graecis, éd. Westermaun, p. 314) que l'ouvrage de Pierre « e.r bavaricae bibliolhecae codice manuscripto, egregio Malthaei Raderi beneficio, prodiit. » Mais il n'y a pas là autre chose qu'un compliment banal d'érudit. Jean Gérard Vossius aurait tout aussi chaleureusement remercié Raderus d'avoir imprimé et traduit tel ou tel autre compilateur du Bas-Empire, et c'est forcer le sens que de voir dans ce passage une reconnaissance tacite de la haute valeur historique de Pierre de Sicile.

Quant à Cedrenus, que Bossuet adjoint à Pierre de Sicile, ce n'est qu'un copiste sans autorité, plagiarius impudentissimus, dit Lambecius, (Cf. Vossms, ibid., p. 351, 354; Fabricius, ibid., p. 4G4-465 et note hh.)

3. Bossuet représente aussi comme des Néo- .Manichéens Pierre de Bruis et Henri, mais, sur ce point, il est formellement contredit non seulement par Basnage, Wsl. de l'Église, t. II, p. 1417, et Ali,ix, Albigenses, p. 121-126; mais par les savants modernes : cf., entre beaucoup d'autres (Neander, Gieseler, Herzog, etc.), Sohmidt, ouvr. cité, t. I, p. 37; Précis de l'Histoire de l'Église d'Occident, p. 214-215; A. Réville, art. cité, p. 48, 53, Dôllinger, au con-, traire, ouvrage cité, p. 75-97, est de l'avis de Bossuet.

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