‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 251 sur 329 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

nance des Cathares, par des théologiens du temps, — peu instruits, hantés de souvenirs de saint Augustin, enclins à présumer partout des importations exécrables de cet Orient ténébreux qu'ils ignorent, — elles n'impliquent en aucune façon la vérité des faits soupçonnés par leur orthodoxie défiante... Ce qu'il faudrait, pour prouver la provenance bulgare et paulicienne du Catharisme, ce sont plusieurs indications précises sur ces étapes successives. Ces détails manquaient encore plus au dix-septième siècle qu'aujourd'hui; et Bossuet n'en affirme pas moins intrépidement la réalité, — il n'en décrit pas moins précisément l'itinéraire, — de ce voyage du Manichéisme de Babylone à Toulouse'.

La vérité est que, dans ces problèmes de descendance morale , le chercheur se trouve en présence de deux partis à prendre.

Ou bien, — quand il aura constaté l'existence dans le passé, à plusieurs siècles d'intervalle et dans des régions très éloignées, de doctrines religieuses analogues, — il s'occupera d'abord d'en marquer les dijfférences, de déterminer les caractères distinctifs de chacune d'elles, et il refusera de conclure à leur parenté, à moins que des textes incontestables ne lui montrent clairement de quelle façon l'une a pu dériver de l'autre; à moins qu'il ne puisse toucher du doigt, sinon d'une façon continue, du moins avec des lacunes médiocres, les anneaux qui ont pu relier ces deux manifestations isolées^..

1. TiLLEMONT {Vie de saint Louis, éd. de Gaulle, 1. 1, p. 52-55) est beaucoup plus circonspect : « Ce qu'on en peut dire en géoérai [des erreurs des Albigeois], c'est qu elles avaient du rapport avec celles des anciens Manichéens, soit que cette secte se fût toujours conservée dans ce pays de [Languedoc] parmi les Goths ariens qui le possédèrent longtemps, soit que celui qui en avait été le premier auteur dans la Perse l'eût renouvelée depuis dans l'Occident ».

2. Cf. sur les diverses théories relatives à l'origine du Catharisme, Chr. Pfis- TER, ouvrage cité, p. 326 : ■< Ces hypothèses (celles de Gieseler et de Schmidtj, si séduisantes qu'elles soient, ne sauraient être adoptées. Aucun texte ne prouve que le iManichéisme se soit maintenu pendant des siècles en Italie; pour que nous pussions nous ranger à l'opinion de M. Gieseler, il faudrait qu'on nous montrât, tous les dix ou tous les vingt ans, l'existence de manichéens en ces contrées; en histoire, nous demandons à voir non seulement les extrémités, mais encore les

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Ou bien, au contraire, — moins frappé de leurs diversités que de leurs ressemblances, — il tiendra grand compte de tous les faits intermédiaires, si rares et menus qu'ils soient, qui ont pu former une partie de la chaine disparue. Il relèvera, pour reconstituer le chemin que la tradition a pu suivre, les traces les plus légères. Et, pour combler les vides et expliquer les transitions invisibles, il supposera volontiers des communications latentes, des influences inconsciemment subies, des transmissions souterraines et lointaines, et ces longs sommeils d'idées enfouies qui, un jour, ressuscitent.

Assurément, à ne considérer ces deux méthodes qu'au point de vue de la raison, elles sont également légitimes. L'une et l'autre suppose la foi à l'unité de l'esprit humain, et à l'identité, malgré les éloignements de temps et d'espace, de ses tendances essentielles. Seulement, tandis que l'une le croit capable de réinventer de bonne foi, en divers temps et en divers lieux, les mêmes systèmes, — tandis que, par exemple, elle admet sans peine que la conception dualiste a pu être retrouvée spontanément par des Slaves des Balkans sans que l'influence de Manès y ait été pour rien', — l'autre suppose implicitement que les idées, une fois entrées dans la vie de l'humanité, ne se perdent plus, qu'elles s'éternisent, au contraire, en s'appropriant à de nouveaux milieux par d'opportunes métamorphoses ; — de telle sorte que les doctrines qui, pour

anneaux intermédiaires, avant d'affirmer qu'une cjjaîne relie deux faits, à quelques siècles de distance. D'autre part, avant d'être de l'avis de M. C. Schmidt, nous voulons savoir si on constate d'abord l'existence de l'hérésie en Daltnatie, ensuite en Italie, puis dans le midi, enfin dans le nord de la France. Mais c'est au nord de la France que l'hérésie se propage d'abord; c'est là que des documents certains nous la t'ont découvrir en premier lieu; du nord, elle a gagné le midi de notre pays, puis l'Italie; enfin seulement, à une époque postérieure, on la trouve en DaUnatie.» L'hérésie semble donc avoir « suivi une marche opposée à celle qu'indique », avec Bossuet, pour une certaine partie de son parcours, « léminent auteur de l'histoire des Cathares.»

1. « Chaque fois que parait un novateur, il n'est pas nécessaire, quand on n'en a pas la preuve, de le rattacher à quelqu'un dont il aurait subi l'ascendant et dont il ne serait que le continuateur.» Schmidt, art. Arnauld de Brescia, dans V Encyclopédie Lichtenberger.

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