‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 260 sur 329 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

nistres pris à part, il est évident qu'elle est encore moins probante. Qu'un ministre fanatique et hardi ait, de son propre chef, poussé les Rochelois à tenir tète à l'autorité royale, cela ne fait rien à l'affaire. Et les démarches comme les paroles de Théodore de Bèze, — que Bossuet croit devoir rappeler à ce propos, — n'ont pas plus d'importance, Basnage ne saurait nier à Bossuet que, parlant de l'affaire d'Ainboise, Bèze a regretté ouvertement le mauvais succès d'une «si juste entreprise»; qu'il a excité, — car Bèze ne s'en cache point, — Condé et Coligny à « maintenir par tous moyens à eux possibles l'autorité des Édits du Roi et l'innocence des pauvres oppressés'; » — mais Bossuet ne peut non plus contester à Basnage que les opinions des particuliers n'engagent pas le corps des fidèles, et que nulle Eglise n'a jamais assumé la responsabilité de tous les sentiments de ses membres. Ce même Bèze qui, de 1559 à 1563, se lance avec tant d'ardeur dans la lutte, et qui, par des prédications enflammées, « avertit de leur devoir » les défenseurs laïques de la religion nouvelle, — quand plus tard il écrira, en qualité de docteur et d'interprète de la foi calviniste, soutiendra au contraire le droit du prince à châtier les hérétiques. Puisqu'il est ici question de convaincre ou d'absoudre le Protestantisme d'une « variation » nouvelle, Bossuet devrait se souvenir de ses promesses et qu'il s'est engagé à s'appuyer^ non sur les théories des individus, mais sur les doctrines des « Eglises entières », attestées par « leurs Confessions de foi et les autres actes publics- ». Ce qu'il faudrait produire ici, ce sont des décisions synodales.

C'est aussi ce que voudrait Bossuet, et à quoi tend tout son effort.

Il s'empare, à cet effet, dans la Défense des Variatt07is, de ce récit de Castelnau, que le synode d'Orléans de 1562

1. Sur les paroles et les actes de Théodore de Bèze, voir Hisi. des Var., 1. X, no» XXVI, XXVII, XXXI, xlvii; Déf. des Var., b° xxxin. — Cf. Bèze, éd. Baura et Cuoitz, t. II, 1. VI, p. 297-298.

2. Cf. Bas.vaoe, Hist. de l'Eglise, t, II, p. 1509, 1511, 1532, etc.

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s'occupa d'org-aniser la résistance armée. Mais Castelnau est seul à raconter ce fait. Les Actes de l'assemblée existent, et Bossuet, — qui a pu les voir, en manuscrit comme ceux du Synode de Lyon, — n'y a pu rien trouver de tel. On y parle d'un jeûne et de prières publiques ordonnées aux fidèles : on n'y parle pas de levées d'hommes et d'argent*. Castelnau s'est-il trompé, et le Synode ne s'est-il pas mêlé de cette sorte d'affaires? Cela est possible, mais peu importe au reste. Quand même le Synode de 1562 aurait fait clandestinement ce dont l'historien catholique l'accuse, s'il a pris soin de ne pas laisser trace dans ses Actes des délibérations relatives aux préparatifs de guerre, c'est donc que cette assemblée reconnaissait qu'elle agissait, ce faisant, en dehors de son droit et de sa compétence et contrairement aux principes de la foi protestante. Or la question est justement de savoir si la Rétorme a parfois jugé bon de démentir ouvertement ses principes et de promulguer sans scrupule, en faveur de la guerre civile, des décisions avouées.

La vérité est qu'en ce qui concerne les sentiments des Synodes généraux du Protestantisme au seizième siècle, les deux meilleures preuves de Bossuet étaient encore les deux articles, — qu'il avait cités et commentés dans VHistoire des Variations'^, — du Synode de Lyon de 1563. Aussi bien y revient-il dans la Défense^. Mais de ces deux ar-

1. Voir ÂY.MO\, Synodes nationaux des Eff lises réformées de France, (t. 1, p. 23-Bl). — De Thou (t. Jl, p. 180) : « In eo conventu actum est praecipue de disciplina... Tune quia belli melus ingruebal, communi decrelo jejunium publicaeque preces indictae. Inde ad reliquas Ecclesias scribunt et ad avertendam Dei iram,... ut idem f'aciant... hortantur:... haec vera debellandorum Dei hostium arma esse, vitae nimirum emendalionem ac pias preces; quae si desint, tela ac gladios frustra expediri, quae Deus in propria torquenlium ac stringentium tatera mox sit co7iversurus.y>

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