‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 265 sur 329 · Déf. des Var., n^'^ xxix-xxxii · texte numérisé non relu

Déf. des Var., n^'^ xxix-xxxii

longtemps ils s'étaient bornés à leur enjoindre, et cela d'un commun accord, de « se retirer sur les montagnes, » sans rien tenter de plus, « à la grâce de Dieu;» — et toujours ils ont cru et proclamé que de combattre délibérément contre le prince, c'était prévariquer contre Dieu même. Aussitôt qu'ils le purent, et en plein succès, ils obligèrent les montagnards à déposer leurs armes. Et après la défaite finale, ils ne firent nulle dilficulté d'avouer leur «faute» et de demander leur «pardon». Est-ce qu'en bonne justice toutes ces déclarations et tous ces actes' ne prouvent pas combien impérieusement s'imposait à leur conscience la loi de la patience chrétienne, — bien plutôt que le fait d'avoir donné les mains, par nécessité, à une courte résistance, ne prouve chez eux un assentiment secret et une adhésion réfléchie au principe de la « guerre religieuse ? »

1. Cf. De Thou, loco citaio. Lps VauHois, dans la profession de foi qu'ils soumirent au Sénat de Turin, déclarent : « Credere... [se] svpereminentes potestates a Deo institulas esse, quitus parère Deum vers timentibus necesse sit, et quarum quisquis imperium dulrectaverit, eum cum Deo hélium suscipere. » Les ministres des Vaudois les détournent d'aller forcer les portes du couvent de Pigneroi dont les moines persécutaienl les montagnards. « Lusernenses et Aîif/ruiiii paslores cum Syndicis coacii, deliberalione habita, unanimi consensu ita censuerunt, vilam non esse at^mis adcersus Principem tutandarn, verum asporfatis ex bonis qtiae commode possent, in proximos montes secedendurn, ibique Dei gratiam, qui suos nunquam deserat et principum, ut velit, corda emoUiat, opperiendam. Interea ji'junium indicunt et adversus hostiles impetus coena Dominica sno more sumptn se muniunt, etc. » Dk Thou ajoute : n Non defuere poslea alii pastores qui sententiam contrariam defendfrenl, nimirum licere, in tnnlo discrimine ac paene desperatis rébus hostium impetum repell-re, praeserlim cum nejuaquam contra Principem, sed adversus pontificem qui principis opibus abutatur, neque in causa reliyionis, sed pro uxorum ac liberorur.i salute arma sumantur ; cui tamen sententiae minime ass^nsere miseri homines, qui, nihilominus, a Carolo, Lusernensi comité, de ipsorum salute sollicita, moniti ut seprincipi sua morigeros praeberent et imminentibus periculis in tempore praeverterent, in proposito canslanter perstitere. » — « Tandem, quolidianis Pinaralensium sodalivrn (les moines de Pigneroi) injuriis adacti, consilio a pastaribus exquisito et venia petita, ad vim repellendam se comparant, manili ut quantum in ipsis esset, sanguini parceretur...y> Et ailleurs : « Cum per vineta ad occupandos a tergo aditus properaret miles fies soldats du duc de Savoie envoyés pour les réduire), vicani ex necessitate ad arma quae detrectabant tandem devenere. » Et quand à la fin, ils implorent la clémence du duc, ils déclarent qu'ils ont pris les armes « deploratissima necessitale et quasi adacti. n Si jamais insurrection fui exempte de préméditation et de parti-pris dogmatique, c'est celle-là.

Page 1