‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 270 sur 329 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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d'entrainement involontaire et de « vitesse acquise » attire parfois le chercheur au-delà des textes qui doivent assurer ses pas et dhùger sa marche, mais aussi la limiter et rompre son élan, — fût-ce d'un arrêt subit et brusque, — là où ils s'interrompent ou cessent d'être solides. Bossiiet parfois l'oublie et se laisse aller à induire trop de conséquences, ou des conséquences trop considérables, de faits trop peu probants ou trop peu nombreux. Habitué comme il l'est à considérer attentivement les documents, à les fouiller jusqu'en leur fond, à en presser le sens, il y voit par instants plus de choses qu'ils ne contiennent et veut, si je puis dire, leur faire rendre trop.

Mais les cas sont rares où ces déviations de méthode et cette sorte d'outrance dans l'investigation éloignent ainsi Bossuet de la vérité. On n'en trouverait g'uère, parmi tous les développements de pure histoire contenus dans son ouvrage, d'autres exemples que ceux que je viens d'analyser; — on n'en trouverait certainement pas de plus graves.

Et précisément parce que ces erreurs viennent de n'avoir pas su s'arrêter à temps dans l'hypothèse permise, elles ne vicient qu'une partie circonscrite et, pour ainsi dire, le prolongement des conclusions de Bossuet; — elles n'entament pas l'ensemble de ses théories; — elles ne faussent pas ses vues principales et de point de départ.

C'est ainsi. que, sur le caractère foncièrement « religieux » des guerres civiles du seizième siècle en France, et sur le caractère essentiellement « protestant » des troubles du règne de François II et de la minorité de Charles IX, la thèse générale de Bossuet demeure inattaquable*. S'il

1. Voy. le résumé de cette thèse, plus haut, p. 252-257. — Bossuet signale lui-mèrae la solidité de sa démoDslration daus le Cinquième Avertissement, H»* V, IX, XXI, XXXIV.

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parait exact que, — quoi qu'il en dise, — les Réformés de France n'ont jamais fait fléchir leurs principes sur rinterdiction évangélique de la résistance armée pour la foi, il est sûr, — en dépit de Basnage, — que dans la pratique, du moins, leur patience a fléchi sous la persécution. Il n'y a pas eu, sur ce point, variation dans leurs dogmes; il y a eu inconséquence dans leur conduite. Ils n'ont pas altéré leur doctrine sur l'obéissance passive qui sied au chrétien; ils l'ont méprisée et enfreinte.

Sans doute, la Conjuration d'Amboise n'a pas eu pour cause unique et exclusive les colères du Protestantisme insurgé ; et Bossuet ne l'ignore pas. Dans V Histoire de France pour le Dauphin*, il avait relevé avec soin, exposé avec abondance, et sans les atténuer, tous les motifs de mécontentement, tous les ferments de révolte que le royaume recelait à cette date : — la faiblesse pitoyable d'un prince dont le règne imbécile était une espèce de minorité ; l'origine étrangère de la reine-mère et des Guises ; les factions de la cour où tant d'ambitions et de cupidités se livraient, depuis François I", une bataille sourde et âpre; le désordre des finances, les griefs du peuple, l'inaction des gens de guerre. — Qu'au début du règne de François II, « /«? nombre des mécontents fût infini, y) Bossuet ne fait pas de difficulté de l'avouer. Il ne pallie pas davantage, dans V Histoire de France, l'impopularité des Guises^, ni la légitime opposition que soulevait, dans une partie de la noblesse, cet accaparement du pouvoir royal par leur adroite ambition.

Et même, en bon éducateur d'un roi futur, il insistait avec force sur cette dernière cause : « On maudissait en France, dit-il, le gouvernement des étrangers qui agrandissaient leur maison aux dépens de la Couronne^.»

1. Hist. de France {Œuvres de Bossuet, éd. Lâchât, t. XXV, p. 479-482, 484, 488, 491).

2. lôid., p. 480, 482, 486, 488, 491. — Cf. p. 497, 498, 499, 502, 518, et plus haut p. 274, n. 3. Bossuet n'est pas dupe des intentions de la maison de Lorraine.

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