‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 274 sur 329 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

sacre de Vassy', ce ne furent pas les ordres de Catherine qui déterminèrent les protestants à se soulever : — ils étaient prêts". — Ce n'était pas la forme du gouvernement qui révoltait alors leur loyalisme politique : — les États l'avaient reconnue, et les protestants eux-mêmes, alors qu'ils comptaient encore sur Antoine de Bourbon, avaient chaudement approuvé le partage du pouvoir entre Catherine et le roi de Navarre. — Quant aux Guises, au commencement du règne de Charles IX, ils ne sont plus seuls dans ces grandes places qu'ils avaient près jue toutes envahies sous le dernier règne ; leurs rivaux en

1. Cf. Lavisse. Élude sur le massacre de Vassy clans la réimpression de Tor- TORix lit Périssin, et plus haul, p. 218, n. 3; 219, n. 1.

2. Cf. plus haut, p. 219, n. 1. — Dans les préparatifs de la première guerre civile, les Guises étaient peut-être en avance sur leurs adversaires, surtout parce qu'ils disposaient, dans une certaine mesure, des forces de l'Elat; mais rien ne permet de croire que les protestants, comme l'aflirme l'auteur anonyme de V Histoire des Quatre Bois, f. 69 (cité par A. de Iîuble, Antoine de Bourbon, t. IV, p. 11 i), n'eussent pas « par avant songé à défensive, ni à chose qui en approchât, moins encore à l'ulTeusive. » C'est ce que prétend aussi Co- LiG.w, écrivant à Catherine (Hubliî, ibid., p. 138j : il n'a « pas seulement songé», dit-il, à fair^» levée de gens. » il avoue, toutpfois, qu'il a« averti quelquesuns de ses voisins et amis et prié de lui faire compiiguie pour venir trouver Monsieur le Prince » et que « d'adveuture, » il y en a pu, parmi eux «d'armés.» La iNouE est encore plus iustruclif sur ce point. Il tient à bien établir qu'on n'avait pas « prémé lité dès loiigteuips » la prise des armes. Mais cet honuète homme est un avocat maladroit. Il rappelle, d'abord, que Coudé commeuça par aver.ir les Églises d'être sur leurs gardes, « la plupart desquelles étaient plus intensives à faire bUir des temples qu'à penser aux provisions militaires pour se défendre.» Néanmoins 'c la noblesse de la lieligion des provinces lut par ce bruit merveilleusement réveillée.» El si murveilleusement qu'à peine Londé avait-il pri.s la campagne que « hs gentilshommes arrivèrent inopinéminl » de tous côtés «sans avofr été mandés,» de maniire qu'en « quatre jours,» il s'en trouva là « plus de cinq cents » et que « h-s chels recueillirent en sir jours ce qu'ils n'espéraient pas avoir e« un mois.» « La plupart de lu noblesse, rvant entendu l'exécution de Vassy, poussée d'une bouue volonté et partie de crainle, se délibéra de venir près Paris, iuiagi.iant, comme à l'aventure, que ses prolecteurs pourraient avoir besoin d'elle.» — Cf. duc d'Aum.u.e, Hist. des princes de Comté, t. I, p. 12ô, 126, 132 : » Le mois d'avril n'était pas terminé, que soit par force, soit par connivence des autorités, [les protestants] occupaient Dieppe, le Havre, Piouen, Caen, Le .Mans, Blois, Tours, Poitiers, Bourges et Lyon.» Sous les murs d'Orléans, l'armée de Condé était supérieure en infanterie à l'armée royale. — Enfin, à Paris même, si les catholiques dominaient sur certains points de la ville, « des quartiers entiers étaient occupés [d s le mois de mars l'j62j par des bandes errantes de calvinistes aux ordres du prince [de CondéJ : « Bellislres, dit Brusiard, ^e disant sans son aveu çientdshommes, parmi lesquels se distinguaient cependant deux chevaliers de l'Ordre, François de Cenlis et Guy Chabot deJaruac.» A. de RuBLE, ouvr. cité, t. IV, p. 112-113; cf. p. 25, 27, iî9.

ont une part, et il ne tient pas à Conclé de reprendre à la cour son rang et son influence \

Cependant la lutte recommence, parce qu'elle s'est transformée, agrandie. Un fait capital devient de plus en plus clair : c'est qu'il ne s'agit plus simplement des princes, ni de leurs rivalités personnelles ou de famille'. Qu'ils le veulent ou non de bonne foi, — qu'ils soient, ou non, cordialement attachés aux causes religieuses qu'ils soutiennent, — ils n'en sont plus que les représentants • ils n'agissent plus principalement pour leur propre compte ; ils ne s'appartiennent plus à eux-mêmes, mais à un parti dont ils sentent derrière eux l'irrésistible poussée'. —

1. Si les Chàtillons avaient, à ce moment, quitté la cour, Catherine avait aussi exigé le départ du maréchal de Saiut-André et du cardinal de Tournoo. Et le cardinal de Cliàtiilon restait à Paris. Le roi de Navarre se disait grand ami des Guises; mais Condé, présent, l'intiraidait, lui et la Régente. Au mois de mars 1562, il « commandait en maître à Paris. Chargé par la reine de faire publier et exécuter l'Edil de janvier, le prince avait usurpé l'autorité du lieulenantgéuéral du Roi.» A. de Ruble, ouvr. cité, t. IV, p. 112-113. Cf. ifnd., p. Ti^, ôj, G9, 71, et plus haut, p. 218, n. 3.

2. Il ne faut plus p.irler d'insurrection féodale à propos de ces troubles de 1559 et des premirres années suivantes. Le « roi », de 1559 à 15(32, est faible, parce qu"il est jeune et pauvre; mais la « royauté » est déjà très forte. On en est frappe à chaque pas. Frauçuis H, Catherine et le petit Charles IX, malgré leurs embarras et leur politique d'expédients, ont déjà souvent des façons de Louis XIV. « Selon le logis (à Saint-Germain),» dit le président de La Place, « on mesure la laveur ou délaveur du Roi. » « La mauvaise chère que fait le roi» à quelqu'un des princes, force celui-ci à se lelirer dans ses terres. Les grands dépeudeut du roi par les « gages » et les « pensions. » Quand Coligny se démit du gouvernement de Picardie, « la reine voulut que sa pension fut augmentée de six mille livres qui étaient autant que se montaient ses gages du gouvernement.» La Place, édit. Buchon, p. 26-27. — Cf. les faits cités par A. DE Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. lY, p. 176.

3. Si «l'ecclésiastique,» dit d"Aubig.\ë, -< épousa la maison de Guise, » ce fut à cause de sa « passion contre le schisme. » Hist. univ., t. I, p. 86. Ce qui est vrai pour les catholiques l'est aussi des protestants. Cf. plus haut (p. 511), les textes cités. — 11 semble même que l'union des protestants avec la moyenne noblesse ne lût pas très forte, du moins au début. (Cf. ïava.nxes, Mém., collect. Petitot, t. XXV, p. 235-236.) La masse populaire se sentait assez nombreuse pour se passer de l'aristocratie. « J'ai vu, » dit Taya.n'xes, << des mémoires envoyés dj Genève aux villes de France, datés de Tan 1563, enjoignant au peuple de n'employer ni se lier à la noblesse. » Cf. Hist. des Cinq Roia, p. 66 : « Une partie de la noblesse, harassée de tant de guerres et de soucis, ne demandait que repos, laissant tout soin du public, et jetant l'œil sur le plus fort parti pour pencher de ce cùté-là. Les courtisans allaient selon le vent.»

La vérité est que, derrière les intrigues de cour, il y avait une force plus puissante qui renversait les combinaisons les mieux calculées. Rien ne le prouve plus clairement que les évolutions surprenantes faites de temps en temps par h s

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