Lett. jjastor., t. 111, 1. ix, p. 19G (1"- janvier
cipée^. Ce droit résulte de cette « souveraineté » originelle, de cette « royauté primordiale » du peuple — que son audace politique pose dès lors en principe; — de «ce contrat mutuel » qui lie au « peuple souverain » les princes dépositaires de son autorité^. Or, <( s'il est permis de défendre sa vie contre des tyrans qui nous la veulent ôter pour des raisons temporelles ou pour des impôts injustes, je ne vois pas », — dit assez justement Jurieu, — « pourquoi il ne nous serait pas permis de la défendre quand on nous la veut ôter pour cause de religion'. » On objecte, il est vrai, la parole du Christ, qui veut que nous tendions la joue gauche à qui nous frappe sur la droite ; mais c'est là un précepte, — ou plutôt un conseil, — qui vise les particuliers et non les sociétés ; et puis il ne s'agit, après tout, dans cet endroit de l'Evangile, que
1. Lelt.past., t. III, 1. IX, p. 207 : «M. de Meaux ne sait ce qu'il dit quand il veut fciiie un crime à uos yeus d'avoir approuvé ceux qui portent les armes pour maintenir riwangile, comme si, en cela, ils avaient fait une chose folle et odieuse. Il y a des extrémités au-delà desquelles la morale chrétienne n'oblige point à porter la patience. Et je pense qu'on ne peut imaginer aucune de ces extrémités plus grande que quand on en vient au massacre. » Mais de plus, » il y a de certaines circonstances où les peuples ne sont pas même obligés à attendre les maux extrêmes pour courir au remède. Quand une nation voit son prince dans la résolution d'extirper la religion dominante, il doit l'arrêter dès les commencements. »
2. Lettres pastorales, t. III, I. xvi, xvii, xviii (avril et mai 1689). Bossuet [Cinquième Avertissement, n» xlix), résume très exactement la « politique de M. Jurieu, » en ces termes : « Le peuple fait les souverains et donne la souveraineté; donc le peuple possède la souveraineté et la possède dans un degré plus éminent; car celui qui communique doit posséder ce qu'il communique d'une manière plus parfaite; et quoiqu'un peuple qui ait fait un souverain ne puisse plus exercer la souveraineté par lui-même, c'est pourtant la souveraineté du peuple qui est exercée par le souverain, et l'exercice de la souveraineté qui se fait par un seul n'empêche pas que la souveraineté ne soit dans le peuple comme dans sa source et dans son principal sujet. » Selon Jurieu, les relations actuelles des souverains et des sujets sont fondées sur un pacte mutuel et des oljligaHons mutuelles dont la violation par le souverain dégage les sujets. — De plus, à considérer ce pacte au point de vue de la religion et du droit divin, '< les peuples, » en donuaut leur puissance aux rois, n'ont pas pu leur donner « ce qu'ils n'ont pas, par exemple le droit de faire la guerre à Dieu.» «De là, il s'ensuit qu'on n'est pas obligé à obéir à un prince qui veut violenter les consciences. »
Et en dernière analyse, « le salut du peuple est la sotiveraine loi. » [Lett. past., t. III, 1. xvii, p. 412, et passim.)
3. Lett. past., t. III, 1. ix, p. 199; cf. 1. xvii, p. 386 : « Si les chrétiens sont encore hommes, pourquoi auraient-ils perdu ce droit de conservation qui ne se peut jamais aliéner? »