CHAPITRE CINQUIÈME
Or les écrits opposés à ï Histoire des Variations nous offrent une façon toute différente de traiter la question.
Le sag-e Basnag-e lui-même, — sans oser absoudre ouvertement les guerres et les révoltes dont la religion a été la cause, — essaie toutefois d'infirmer ces exemples de résignation docile, donnés par l'Église primitive, et que les catholiques se plaisaient à opposer à l'insolence rebelle des nouveaux évangéliques. « N'est-ce pas probablement un chrétien qui a tué Julien l'Apostat en haine des maux que cet empereur faisait souffrir à ses frères? N'est-ce pas un peuple de chrétiens, soulevé, qui força un jour l'empereur Anastase à se renfermer dans son palais pour se soustraire à ses fureurs? N'étaient-ce pas des chrétiens que ce peuple d'Arménie qui, tourmenté par Chosroès, trahit son souverain légitime pour se donner aux Romains? Il faut donc avouer que l'Eglise chrétienne a eu, elle aussi, quoi qu'on en dise, quelques mouvements d'impatience'... »
Mais Jurieu dépasse de beaucoup ces insinuations timides. Répondant à l'argument que Bossuet tirait, — nous l'avons vu, — de quelques articles de Synodes nationaux de France, il n'hésite pas à écrire en propres termes : « M. de Meaux doit savoir que nous ne nous faisons pas une honte de ce qu'il a trouvé dans nos synodes certaines décisions d'où il peut conclure que, selon nous, il 7iest pas toujours défendu de se servir des armes en faveur de la religion'. » Jurieu proclame à présent le droit des sujets non seulement de résister à des ordres injustes, mais même de les prévenir par une insurrection anti-
du pouvoir absolu des souverains, publié l'année même de la Révocation : « On pouvait se rebeller légitimement pour cause de religion sous l'ancienne Alliance» mais «nous nions que la rébellion puisse être légitime aujourd'hui pour cause de religioo.» P. 249-250. Cf. p. 12, 13, 15, 34, 35, 38, 39, 54, 55, 59. Tout ce que Merlat croit permis, c'est de désobéir dans certains cas, sauf à accepter et à souffrir sans résistance les châtiments de cette désobéissance, quels qu'ils puissent être. — C'est également la théorie de Bossuet; voy. Politique tirée de l'Écriture sainte, I.Vl, art. ii, cinquième et sixième proposition.
1. Bas.xage, Hist. de la Bel. des E<jl. réf., t. 1, p. 496-497.