Lettres, édit. de Wette, t. II, p. 16S
lettre, écrivait-il un jour à Mélauclithon, c'est de vous entendre dire que vous avez tous suivi mon autorité dans cette affaire. Je ne suis et ne veux être ici l'autorité de personne V »
Mais ce sage et libre esprit, — qui est aussi celui de Zwingle, et même, au moins en théorie, de Calvin, — s'était fort altéré dans leurs successeurs. Les protestants qui, dans leur premier élan d'insurrection contre la servitude scolastique, reprochaient tant aux catholiques leur docilité d'esprit, touchèrent bientôt au même écueil. La Réforme, elle aussi, eut ses «oracles^» et ses «Pères de l'Eglise^». On a peine à le croire, sans doute, quand on considère que le droit, le devoir même de libre examen était un des dogmes, communs — au moins implicitement — à toutes les confessions de la Réforme, et quand de plus on constate par l'histoire, — ne fût-ce que par Y Histoire des Variations, — qu'elles ne se firent pas faute d'en user. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que cet exercice de la libre-pensée religieuse avait été jusqu'alors, dans le Protestantisme, bien plutôt une cause de division intérieure et de morcellement superficiel qu'un élément de progrès intime. Il avait eu pour effet, il est vrai, de multiplier les sectes nouvelles se juxtaposant les unes aux autres ; il n'avait pas servi encore à tenir chacune des diverses Eglises, issues de la Réforme, en éveil sur elle-même, en garde contre les excès usurpateurs de l'autorité; — il ne les avait pas empêchées de s'endormir paresseusement dans le culte servile et routinier de leurs premiers docteurs.
Ce vice était surtout sensible, au dix-septième siècle, dans le Luthéranisme. L'amour et le respect de Luther y étaient passés en « fétichisme \ » Les théologiens de
1. Ibid., t. rv, p. 51 (lettre du 29 juin 1530) citée et traduite par Kuhk, Vie de Luther, t. TI, p. 459; Hoff, Vie de Luther, p. 253-254.