CHAPITRE CI.NQUIÈME
Wittenberg se considéraient de bonne foi comme une dynastie. Sur leurs dissertations s'étale, comme une orgueilleuse garantie de vérité, la devise : « ex cathedra Lutheri, » et leur ville se compare publiquement à Jérusalem. On jurait, comme au temps de la scolastique, sur la parole du « Megander », du « Theandei\ » qui était l'Aristote et le Galien de la théologie ; on s'attachait obstinément à la lettre du dogme^ telle qu'elle se rencontrait dans ses écrits'. On n'apprendra pas, dans la Saxe électorale, à partir de 1624, d'autre catéchisme que le sien; on n'enseignera au prône que sa Postille; on ne chantera que ses cantiques. « C'est un troisième Elle, » disait déjà de son temps Hospinien^; et quand le père Garasse raconte, sur la foi d'un pamphlétaire catholique, qu'il existait « un livret allemand composé en la louange de saint Martin Luther, où se lisait au long la légende de ce nouveau béat canonisé^,» l'on ne doit peut-être pas trop se hâter de crier à la calomnie.
Dans le Calv^inisme, — il faut le dire à la louange de la pensée française, — on avait gardé plus de mesure, « Nous honorons, » disait en excellents termes Drelincourt*, «la mémoire de Calvin comme d'un excellent serviteur de Dieu, qui a grandement servi à l'avancement de son règne... Mais à Dieu ne plaise que nous le recon-
1. « Nos gens s"iraaginent, — disait Levser, théologien luthérien, — que Luther et Philippe ayant enseigné ici, nous sommes au-dessus de toute erreur.» Cité par Cola.nt, Revue de Théologie, t. VI, p. 353.
2. « Qiiid ifjitur hodie dlctuvum Lutherum exislimabimus, si revivisceret, his qui ipswn lertiiim neliamfaci'nites, non honiinem, nedum monachum fuisse meminerunl'.' Quid item fiis fheolof/is qtii lihros ejus nonnam esse valant doctrinae in omnibus Ecclesiis et decisionis controversiarum omnium ; a cujus senlentia quicunque discedant. eos etiani a Scriptura et catholica Ecclesia dissentire, ac proinde haereseos juste condemnari concludunt ? » HospLMEx, Hist. sacr., Il, 5.
3. Garasse, Doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce temps, p. 889-890 : « Quirinus Cnoglerus a remarqué en son Symbole luthérien qu'il a vu un livret allemand composé en la louange de saint Martin Luther, qui portait tout au long la légende de ce nouveau béat canonisé par les ministres d'AH'^magne » avec ces vers : « {In vita aeterna) Chrislus habet primas, habeas tibi, Paule, secundas, At loca post illos tertiu Luther habel.» Cité par Bayle, Die t., art. Luther, rem. D. — Cf. plus haut, p. 171 et note 2.