‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 298 sur 329 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de respect dû aux Réformateurs du seizième siècle, cette admiration, jusque-là si docile et si obstinément fermée à toute critique, nous parait en voie de s'émanciper.

Jurieu tVabord, — qui n'est jamais le dernier nulle part, — se hâte, dès 1688, de revendiquer, sur ce point, l'originalité du Calvinisme, et il dégage carrément sa communion de toute solidarité, en ceci, avec les frères d'outre-Rhin : « ?(ous n'avons pas pour nos auteurs la même soumission que ces Messieurs ont pour Luther, et nous ne nous faisons pas une honte d'abandonner leurs manières [de voir] quand elles nous paraissent propres à scandaliser et dures à digérer*.»

Basnage le prend sur le même ton : « Nos réformateurs étaient de grands hommes, je l'avoue ; mais au fond ils avaient sucé l'erreur avec le lait ; ils étaient remplis de préjugés en faveur d'une religion qu'ils avaient apprise dès leurs plus tendres années ; ne seraitce pas le plus grand de tous les miracles s'ils ne s'étaient jamais trompés?» — Sans doute, mais ce miracle ne paraissait pas si difficile, naguère, au robuste enthousiasme de leurs disciples. . .

Tandis que, récemment encore, les protestants paraissaient souvent affirmer que leurs fondateurs étaient des voyants qui avaient tout su de prime abord ^, « c'étaient, — dit à présent Basnage, — des aveugles qui recouvraient la vue'.)) Leur illumination n'a été ni complète ni soudaine ; ils se sont peu à peu dégagés des ténèbres de Terreur. — Soit, mais que devenait alors la doctrine luthé-

1. Jugement sur les méthodes rigides et relâchées (1688), p. 99. — De même pour le caractère personnel des Réformateurs; dans les Lettres pastorales, t. III, !. VII, p. 158 sqq.; I. \iu, p. 186 sqq., il se contente danalyser ce que dit Bossuet de Calvin et de Luther, sans le réfuter.

2. Cf. Drelixcourt, Défense de Calvin, p. 26, cité plus haut.

3. Hist. de la Rel. des Égl. Réf., 1690, Préface. «...Ont-ils dû connaître la nature de tous les objets dès le premier moment que leurs yeux ont été ouverts? Ou si, après avoir confondu quelques -couleurs les unes avec les autres, ils se sont corrigés de celte erreur, est-ce une marque que leur aveuglement n'a point cessé? Ils sortaient du sein des ténèbres; veut-on qu'il n'y ait point eu de crépuscule pour eu.x, pendant lequel ils ont pu connaître confusément ce qui se présentait à eux?>' Cf. Uist. de l'Église, t. II, p. 49,

rienne et calviniste de la « vocation extraordinaire » des premiers Réformateurs, même réduite aux termes modestes où la réduisait le bon sens de Claude? Parmi ces défaillances de caractère, avec ces incertitudes de doctrine, où étaient ces qualités spéciales « dont Dieu revêtit les premiers Réformateurs, » ces « beaux dons, en si grand nombre,» cet «esprit héroïque» dont il les avait gratifiés par privilège'? Que devenait l'article de la Confession de foi des Eglises réformées de France, représentant les hommes du seizième siècle comme cr suscités de Dieu'^?» Et puisqu'on avouait que leur personne et leur prédication avaient été soumises l'une et l'autre aux conditions peineuses et morbides du travail et de la raison humaine, à quel moment donc et en quelles matières avaient-ils paru avec éclat les messagers sincères et authentiques de la divine volonté^?

Aussi bien, Basnage reconnait-il implicitement que les premiers Réformateurs n'ont rien de commun avec les Apôtres. Ce qui les en distingue, c'est que les Apôtres « eurent de la vérité une connaissance distincte et qUi ne fut sujette à aucun changement, et que le Saint-Esprit agissait miraculeusement en eux*. » Les initiateurs de la Réforme au seizième siècle ne sont assimilés par lui qu'à ces «Rois d'Israël» qui, quoique «^animés de Dieu-u, — les termes deviennent de plus en plus modestes, — ont parfois péché contre la vérité religieuse et trahi la cause

1. Claude, Apol. de la Réformation, éd. de 1683, part. II, ch. iv, p. 307. Cf. Bayle, Entret. sur la Cabale chimérique (1691), Œuvres, t. II, p. 699; et ïHist. des Var., i. XV, û° xxxi.

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