CHAPITRE CINQUIÈME. o
sainte dont ils avaient été établis les gardiens. Ou encore, si l'on veut, ils représentent assez bien les Prophètes de l'ancienne Loi, à qui Dieu ne communiquait que par degrés la connaissance du Messie. «Les Prophètes se succédaient les uns aux autres, et les derniers, qui voyaient de plus près ce Rédempteur du monde, dissipaient peu à peu les nuages que leurs prédécesseurs avaient laissés dans l'esprit des peuples.» Tels furent aussi les Réformateurs : chacun d'eux n'a joui que d'une inspiration fragmentaire, pour ainsi dire, et d'une part limitée de lumière. « A Dieu ne plaise, » par conséquent, — conclut Basnage, — que nous leur donnions jamais une autorité semblable à celle des Papes... Nous demeurons d'accord qu'ils ont eu leurs défauts et qu'ils peuvent s'être trompés dans leurs décisions'.»
Même langage, même modestie parmi les auteurs qui répondent à Bossuet dans d'autres communions que la calviniste.
Pourquoi, dit PfafF, nous opposer les variations de Luther? «On ne saurait imputer justement à toute l'Eglise les variations d'un T^nriiculier, p?'ivati cujiisda)7i- )k h idée est juste, le mot est dur pour 1' « Ecclésiaste », naguère si révéré . de Wittenberg. Et quant à son caractère personnel, si le docteur de Tubingue l'excuse encore, il en avoue pourtant la «rusticité » et la «barbarie.»
« Nous n'avons », dit pareillement l'anglican Burnet^
1. Hist. de la Rel. des Égl. réf., 1690, Préface; t. I, p. 417; HisL de l'ÉgL, t. II, p. 1179 : «Les disputes de Luther avec Carlostadt ne sont pas plus scandaleuses que celles de saint Jean Chrysostome et de saint Èpiphane. » — Le Vassor, Traite' des différends de la religion (1698), p. 63, iS8, etc., reconnaît de même que les « instruments dont Dieu s'est servi pour exécuter ses grands desseins » au seizième siècle « n'ont pas été des personnes irréprochables, » et il avoue implicitement que » les portraits que les catholiques en font» ne laissent pas que d'être «■ 'issez ressemblants. » Mais « quand Luther, Calvin, Cranmer, auraient eu tous les vices » qu'on leur reproche; « quand leur extérieur aurait été aussi peu édiTiant qu'on le suppose, il est toujours constant qu'un grand nombre de gens de bien se joignirent à eux pour demander la Réformation. » — Cf. HisT. DES ocvR. DES Sav.\.nt3, aoùt 1688, art. sur ['Histoire des Variations; oct. 1689, art. vn.
2. Op. cit. (plus haut, p. 321, n. 2), p. 14, p. 18. — Cf. Acta Erud. Lips., 1689, p. 69.