Lelter to rn^ Thevenot, etc., p
«nul intérêt commun avec les Réformateurs, si ce n'est qu'ils furent les instruments dout Dieu se servit pour réveiller le monde. Mais nous ne sommes tenus à rien vis-à-vis d'eux, qu'à leur savoir gré de leurs travaux et à honorer leur mémoire. Pour ce qui est des erreurs, des faiblesses, des passions, quelles qu'elles soient, qui ont pu se mêler à leur conduite, rien de tout cela n'est de nature à nous faire de la peine : nous savons qu'ils furent des hommes comme les autres, sujets à l'erreur et sujets au péché : they ivere subject both to sin and to errow'ii. — Rien de mieux dit, mais ce n'était pas avec cette intelligente réserve et ces sages concessions qu'hier encore les controversistes protestants répondaient aux invectives des catholiques sur le caractère et la vie des RéformateursV
Touchant le principe de la perpétuité, nous avons vu^ qu'il y avait une conformité presque complète entre les vues des protestants et celles des catholiques. Les uns et les autres regardaient l'identité continue de doctrine et de foi comme le signe naturel d'une religion vraie, et la variation comme l'indice non équivoque de l'erreur. Sans y revenir, il suffit ici de constater que cet accord subsistait bien à la veille môme de V Histoh'e des Variations. Voici en effet ce qu'écrivait Jurieu, dans une de ses premières Lettres pastorales, à la date où Bossuet terminait son ouvrage : «C'est une absurdité sensible de croire
1. Cf. Bayle, sur le compte de Calvin. Dans l'article C.\lvi.n du Dictionnaire, pas un mot qui sonne mal. Mais ailleurs, les insinuations satiriques abondent : voy. art. Bacdocin, rem. H et I (sur les procédés de polémique de Calvin et de Bèze); art. Bertelier, rem. B; art. Bla.\drata, rem. C et E; art. Bolsec, rem. I; art. Castalio.n, rem. G; art. Farel, rem. C; art. Westphal, rem. E. — Toutefois il ne faut citer ici Bayle qu'à titre d'appoint: il est dans une situalion trop indépendante et détachée pour représenter une évolution authentique de la pensée réformée.
2. Cf. plus haut, p. 52 et seconde partie de la note 2; p. 53-54 et notes; p, 57-58, et notes, spécialement la note 3; p. 59, note 1.
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que l'Ecriture ne nous ait pas ^o«//dit ce qui fait l'essence de la religion chrétienne. Je soutiens que, pour avancer cela, il faut avoir perdu toute pudeur.' Y aurait-il eu de i v , la sagesse en Dieu d'instruire si imparfaitement l'Église ^" ,ij-' apostolique et de laisser à la postérité la charge d'ajouter J les parties essentielles qui manquent? » « Si ces paroles ont quelque sens, » remarque avec raison un écrivain catholique du temps \ « elles établissent la première proposition » sur laquelle Y Histoire des Variations allait s'appuyer; car si, — comme l'affirme Jurieu, — «Dieu n'a pas laissé à la postérité la charge de rien ajouter d'essentiel » à ce que dit l'Ecriture, à ce qu'a su et cru l'Eglise primitive, c'est donc que, — comme le dit Bossuet en d'autres termes, — « la vérité catholique a eu d'abord sa perfection. »
Et quant à la seconde maxime que Bossuet devait poser comme fondement de son ouvrage, — à savoir que « les variations dans l'exposition de la foi doivent être considérées comme une marque de fausseté, » — làdessus encore il est évident qu'en 1687 Jurieu continuait d'admettre ce principe". Autrement, en effet, pourquoi se serait-il travaillé si ardemment à montrer, dans ses premières Lettres pastorales , que les catholiques modernes avaient, sur tous les points, abandonné la doctrine de l'Eglise primitive^?
1. L'abbé de Cohdemoy, Lettre aux nouveaux catholiques de l'Ile d'Arvert, p. 2 et 3.
2. Daas la xxive Pastorale (2' année, 15 août 1688), Jurieu admel encore comme autorité 1' « excellent petit livre » de Vincent de Lérins (cf. plus haut, p. 52, 56, 57, 58) et se borne à y apporter quelques restrictions peu importantes (p. 567). Cf. xie Past. de la 2» année (le-- fév. 1688), p. 224.
3. Jurieu, Lettr. past., t. I, 1. ni; Cohdemoy, ibid., p. 3. — A plus forte raison était-ce l'avis des théologiens luthériens. » A tinta via recedere periculosum», disait l'un d'eux, et c'était la pensée de presque toutes les écoles allemandes. (CoLANi, Bev. de Théoloyie, t. Yl, p. 358.) Le caractère dominant de la science ecclésiastique luthérienne dans la première moitié du xyii^ siècle, c'est, dit Tholuck {das kirchl. Leben, I Abth., p. 61 sqq.), die zunehmende Herrschaft traditionneller Autoritàt. » Le consensus antiquitatis est, aux yeux de presque tous les théologiens, le fondement de la vérité. On ne rêve que d'immobiliser la théologie et d'en fixer à jamais les formules. « Nos ne latwn quidern unguevi vel a i^ebus ipsis, vel a phrasibus, quae in illa (Formula Concordiae) hahentur, discedere decrevimus. " Ce même Livre de la Concorde, André
Interrogeons maintenant le même docteur, au lendemain de cette Histoire des Variations qu'il ne feignit peutêtre de dédaigner d'abord que pour se donner le temps d'y réfléchir et d'y répondre.
Voici ce qu'il se décide à déclarer dans les sixième et septième Lettres pastorales, datées du 15 novembre et du 1" décembre 1C88 : « Le principe de l'invariabilité dans la foi et dans la doctrine suppose des faits insoutenables et qui ne peuvent être avancés que par le plus ignorant des hommes. Car o)i ne peut nier que les dogmes les plus essentiels du Christianisme jusqu'au quatrième et au cinquième siècle de l'Eglise n'aient changé de forme et d'extérieur, et même que , dans ces changements , il n'y ait eu des expressions capables de donner des idées très différentes les unes des autres^ . » De sorte qu'à parler franchement, il est indéniable, selon le théologien protestant, « que l'Èqlise a varié , non seulement dans la forme , mais dans le fondt>, et sur des points «dont aujourd'hui l'Eglise romaine fait des articles de foi;» — double proposition que Jurieu entreprend de prouver par l'exposé de la théologie des trois premiers siècles de l'Eglise, en prenant pour exemples les dogmes de la Providence, de la Grâce, de l'état des âmes après la mort, de l'Incarnation, de la Trinité, et même de l'unité de Dieu. — Sur toutes ces matières, suivant lui, la pensée chrétienne des premiers temps a été « tout à fait imparfaite et flottante. » « On nous dit que la vérité de Dieu a eu d'abord sa perfection : c'est précisément le contraire qui est vrai. C'est là le train de l'esprit humain : quand il se trouve dans des lieux obscurs et embarrassés, il fait de grands efforts, il se tourne de tous cùtés ; de jour à autre, il fait
Osiandre ne doute pas qu'il ne soit éternel : « ad gloriosum iisgue Christi rediiuin inconvulsus stabit.» « Nova phrasis semper est forma novi erroris,» dit en 1648 la Censura theologorum ortliodoxorum. (ïholuck, ibid.,11 Abfh., p. 77.)
1. Vingt ans plus tôt, Claude, interprète des sentiments du Calvinisme sur cette matière, appelait les huit preraiers siècles de l'Église «les beaux jours peudant lesquels l'erreur n'osa paraître. » Réponse au Traité du P. Nouel, Part. Il, cil. lu, p. 295.
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de nouvelles découvertes; son étude de l'Ecriture sainte lui donne de nouvelles lumières, et à mesure que les nouvelles lumières viennent, il est obligé de se servir de nouvelles expressions'. »
Aussi, lors même que Bossuet eût réussi à découvrir chez les protestants quelques variations sur quelques dogmes, il « n'aurait rien fait contre eux. » « Quand nos ancêtres auraient varié sur la manière de la présence de Jésus-Christ dans l Eucharistie et sur la nature de la Justification, il ne leur serait rien arrivé qui ne fût arrivé^ dans des matières beaucoup plus importantes^ à des docteurs beaucoup plus voisins de la source de la lumière et du siècle des Apôtres. »
Voilà certes dans la tactique du grand controversiste une volte-face remarquable. — Et il n'est pas le seul à la faire. — Des théologiens très réfléchis et très froids, comme Basnage, semblent, à son exemple, disposés à changer de front, à laisser leurs positions anciennes, à diriger sur d'autres points leur effort de défense ou d'attaque.
« Le fondement sur lequel M. de Meaux s'est appuyé, — écrit Jacques Basnage en 1G90, et il y revient encore neuf ans après, — est que tout ce qui varie est nécessairement faux et qu'on ne doit trouver ni ambiguïté, ni embarras dans les Confessions de foi parce que le Saint-Esprit ne les connaît pas.» Mais, au contraire, <s. l'inconstance est le partage de Vhomme, et le Saint-Esprit ne dissipant pas parfaitement notre ignorance naturelle, on s'égare souvent lorsqu'on cherche la vérité.» « Le dernier parti qu'on prend est souvent le plus sain,» et, «bien loin que /«; variation soit par elle-même une marque de fausseté, elle est souvent nécessaire pour pénétrer le fond de la vérité » cherchée. Et d'ailleurs, il ne faut point s'étonner « qu'on ne trouve pas d'abord tout ce qu'il faut pour lever les difficultés, que l'esprit ne se contente pas tout d'un coup,
1. Lettr. pastor., lettres vu et viit de la seconde année (15 nov. et 1" déc. 1688), p. 131 sqq., 151 sqq. Cf. Traité de l'Unité de l'Église (1688), p. I, ch. là, p. 63; Tableau du Sociniamsme (1691), part. I, 1. vi, p. 277,
qu'il aille à tâtons comme dans un lieu obscur. » Car c'est « un privilège réservé pour l'autre monde que de connaitre la vérité parfaitement'. »
a Qui peut douter «, — écrit de même l'auteur des A'oz/velles de la République des Lettres', — « que l'Eglise ne soit tantôt plus, tantôt moins éclairée, et que, dans cette diversité de lumière et de connaissance, elle ne puisse légitimement avoir des sentiments différents sur les mêmes choses ? » — L'anglican Burnet est encore plus catégorique et suit Jurieu de plus près : « Lors même que tout ce que l'évèque de Meaux a dit serait vrai, cela n'irait à rien de plus qu'à démontrer ce que nous lui accordons aisément: c'est à-dire que nos Réformateurs n'étaient point inspirés, ni nos Synodes infaillibles. ?s'ous ne sommes que des bommes, et nous ne devons pas rougir d'avouer que nous grandissons en science : We are but men and ought not to be ashamed to own that we grow in knowledge^...^y
Large et libérale formule*, assurément, mais qui n'était point, — comme Burnet s'en glorifie pour sa cause, — l'expression traditionnelle et ordinaire de la pensée protestante sur cette grande question du pro-
1. Préface de l'Histoire de la Religion des Églises réformées (1690 et de ['Histoire de l'Église (1699j, et dans ce dernier ouvrage, t. II, p. 1509, 1512.
2. Septembre li588, p. 265. Voy. ci-dessus, p. 311, les noms des rédacteurs de ce recueil. — Cf. THist. des Ouvrages les Savants, dirigée par Basnage de Beauval, août 1688.
3. Blrnet, Lett. to M^ Thevenot wilh a Censure of M^ de Meaux history, p. 22, 37, 38.
4. Chez les Luthériens, cf. les .\cta eruditorlm Lipsie.\'sia, répondant à Bossuet (1689, p. 69) : « Axioma igitur illitd in praeloquio propositum, quod Veritas calholica a Deo revelata prima statim vice patescat, limitationem admittit nec excludit prof'ectum successivum et per gradus, quod vel Apostolorum exemplis confirmatur, totaque Dei oeconomia in subroganda Legis disciplinae Evangelii fide, quam cum die et luce, ut illam cum nocte, comparât Apostolus...:» — Pfaff, op. cit., p. 8, 10. — Leibniz, lettre au Landgrave Ernest, nov. 1692, éd. Roramel, t. II, p. 455 : « M. l'évèque de Meaux a rais deu.x grands a.xiômes dans sa dernière lettre, dont je ne demeure pas d'accord. En voici le premier : « Hier on croyait ainsi, donc aujourd'hui il en faut croire de même.» A quoi j'ai répondu : « Qu'en dira-t-on s'il se trouve qu'on en crovait autrement avant-hier? » Cf. p. 317. — Ailleurs (lettre du 29 mars 1693) : tt Quand j'accorderais cette observation qu'on a toujours maintenu ce qu'on a trouvé établi en matière de foi, cela ne suffirait pas pour en faire une règle pour toujours. «