‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 311 sur 329 · CHAPITRE CINQUIÈME. 00 i · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. 00 i

Variations qui «a fait cliang-er un principe si constant». Si Jurieu entreprend de montrer, dans la foi des premiers siècles de TEg-lise, des changements considérables, c'est, — il ne s'en cache pas^ — a/i)i de ruiner ce faux "principe, cette dangereuse maxime de M. de Meaux^ ; c'est, — il le dit expressément, — que cette nouvelle tactique lui parait «un coup de foudre», qui «vaut tout ce qu'on peut dire contre le grand principe de M. de Meaiixn^ et qui, seule, peut «réduire à néant l'argument tiré par lui contre notis de nos variations. ">)

lu' Histoire des Variations n'a pas, sans doute, créé dans la Réforme ce mouvement d'évolution dont j'ai marqué plusieurs traits^ Elle n'est pas la première origine de

foi et que la vérité catholique venue de Dieu a d'abord su perfection. » Ibid., part. III, u° lxxxi : « Après tout, il (Jurieu) ne soutient rien qui ne soit ou de l'esprit de la Réforme ou nécessaire à sa défense. » Ces rhapitres de Bossue! résument avec netteté et profondeur les incertitudes et les tâtonnements de JiRiEL" pendant ces années.

1. Tableau du Socinianisme, part. I, 1. vi, p. 251, 277 sqq., 297. P. 226, il s'indigne de voir Bas.nage de Beauval se mettre contre lui « dans un endroit où il s'agissait de la cause commune et de ruiner le livre de M. de Meaux : " cf. ibid., p. 238. — Bavle, Dict. crit., art. Tapper, rem. E, dit que c'&si pour répondre à M. de Meaux que Jurieu a étalé les variations de l'Église primitive. — Cf. HisT. DES OuvR, DES Savams, jauv. 1690, art. ix : « Quand le monde serait désabusé sur ces prétendues varialioas, il résulte pourtant toujours de l'histoire de iM. de Meaux une fâcheuse impression de la conduite des réformateurs, qui rejaillit en quelque sorte sur la doctrine qu'ils ont soutenue.»

2. Ces velléités d'un changement de doctrine, ou tout au moins de méthode, que nous venons de voir chez Jurieu, même avant 1688, se retrouvent, de temps à autre, chez d'autres penseurs protestants.

Chez Bayle, par exemple. Djs 1682, dans la Critique générale de l'histoire du calvinisme de Maimbourg, après avoir déclaré que la conduite des Protestants du seizième siècle fut conforme à celle des premiers chrétiens, il ajoute incidemment qu'après tout « il ne s'ensuit pas qu'une religion soit mauvaise de ce qu'elle n'imite pas entièrement les premiers chrétiens.» Trois ans après, dans les Nouvelles lettres critiques sur l'histoire du Calvinisme, 1. III, n» vni, il exprime déjà l'idée que les Protestants n'ont point à se défendre d'avoir varié : « C'est le destin de toutes choses; Dieu les a toutes assujetties à l'inconstance, etc.» Mais il est à remarquer que la raison qui le pousse à cette déclaration hardie (cf. plus haijt, p. 310, n. Ij est précisément l'annonce d'un prochain livre de « M. de Meaux sur l'histoire des variations du Protestantisme. » — Bayle revient sur cette idée et la creuse dans la lettre XIII du même ouvrage, nos x, XI, xu.

De même, sur la « vocation extraordinaire » et sur les impeifections personnelles des premiers Kéformateurs, Claude, poussé d'abord par Nicole {Pré- Jugés légitimes], puis par Bossuet, avait déjà fait des concessions importantes (voir Déf. de la Réformation, 1673, et dans l'édit. de 1683, part. II, ch. iv,

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ces modifications dans la doctrine protestante : — le dogme protestant en contenait le germe endormi, et parfois même quelques docteurs plus hardis et plus perspicaces s'en ressouvenaient publiquement. — Elle n'est pas non plus la seule cause qui, en 1688 et dans les années suivantes, ait provoqué les manifestations extérieures de ce changement : — d'autres penseurs que Bossuet, et surtout les événements politiques, y ont contribué. — Mais elle est certainement une des causes de cette manifestation notable. Elle a donné à ce mouvement vaguement ébauché une impulsion décisive. Elle a provoqué ces dispositions latentes à se faire jour. C'est l'émoi, la peur qu'elle a causée, le désir et le besoin qu'ont ressentis les protestants de la réfuter, qui les ont poussés, comme par force et hâtivement, dans des voies nouvelles...

A ce titre, cet ouvrage d'un docteur catholique doit avoir, ce me semble, une place dans l'histoire du développement de la religion réformée.

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Hâtons-nous d'ajouter que cette évolution, à laquelle Y Histoire des Variations a contribué pour une large part, ne fut alors ni complète ni définitive. Elle ne pouvait pas l'être. Elle arrivait trop tôt, et les plus libres esprits n'étaient pas encore mûrs pour s'y rallier avec unanimité, ni pour y persévérer avec assurance. Car si nous considérons, — seulement sur les questions que nous avons prises pour exemples, — le changement de tactique des controversistes protestants, combien il nous apparaît plein de conséquences et dans quelles concessions radicales et extrêmes il eût précipité, — tout d'un coup, — les Églises protestantes !

V, VI, vil, p. 307, 312, 314, 388, et passim.) — Cf. Jcriëu, Lett. past., 1. 1, p. 7 ; t. II, p. 244.

Voyez, sur ces mouvements intérieurs du Protestantisme vers la fin du dixseptième siècle, annonces d'une << crise profonde » et de « cette grande évolution religieuse dont notre époque elle-même n'a pas arrêté les termes,'» Fha.nk Pcaux, l^es Précurseurs de la Tolérance, p. lût, 105, 117.

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