CLX XIII
côté : dans sa haine contre le pape, dans son acharnement contre l'ordre ecclésiastique— (dont, comme Wiclef, il faisait partie), — dans «cette damnable doctrine que l'autorité, et surtout l'autorité ecclésiastique, se perdait par le péché. » Jean Huss a été « catholique en tout, » pour le dogme proprement dit. « Il a cru la Transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine sans en excepter un seul., si ce n'est la communion sous les deux espèces. » « Il s'est glorifié, jusqu'à la fin, de son sacerdoce; il a dit la messe tant qu'il a pu. » Il avait beau donner «de grandes louanges à Wiclef; » «il est constant qu'il n'en suivait pas la doctrine toute crue*. >> Il n'y a donc rien d'étonnant que Luther, tout en se réclamant de son exemple au moment où il brûla la Bulle du Pape, l'ait traité dédaigneusement au regard de la doctrine ; il est étonnant au contraire que les protestants proclament Jean Huss « un vrai fidèle'^. »
Les Calixti7is^, comme Jean IIuss, leur fondateur, «conviennent en tout et partout avec l'église, » même sur la matière de l'Eucharistie, « hormis l'article des Deux Espèces, » et « pourvu que le Pape l'accordât, ils étaient prêts à reconnaître son autorité.» On peut alors se demander « pourquoi donc, avec de tels sentiments, ils conservaient tant de respect pour Wiclef. » Les Galixtins excusaient Wiclef « en disant que ce qu'il avait dit contre l'Église catholique en général et contre la Transsubstantiation en particulier, il ne l'avait pas dit décisivement, mais scolastiquemeut. » La vraie raison, suivant Bossuet, c'est, «en uu mot, qu'on ne trouve rien de régulier dans ces sectes séparées'*.
Les Frères de Bohême^ sont aussi inconséquents. Ils désavouaient
1. La qaestion du degré d'influence de Wiclef sur Jean Huss et Jérôme de Prague est encore débattue. E. Denis {tluss et la guerre des Hussites, 1878, p. 46, 71, 76, 95, 97, 127-129; Revue oit., t. XXVII, 1880, p. 437) la réduit à peu de chose, comme Bossuet. LosERTH [Huss und Wiclif: zur Genesis der husitischen Lehre, 1884) la croit plus considérable, mais sans le démontrer solidement, comme le remarque I. Goll [Revue hisl., t. XXVIII (1885), p. 15.*i.)
2. E. Denis, ouvrage cité, p. 46, n. 1 u La plupart des historiens ont commis suivant moi une erreur très grave en confondant le Hussitisme et le Protestantisme. Le Protestantisme, c'est l'hérésie développée et avouée. Le Hussitisme, c'est le schisme inconscient et à peine indiqué : je parle du Hussitisme à son origine. » Cf. du même auteur, la Fin de l'Indépendance bohème, t. II, p. 61-66 ; — et plus haut, p. 346 et notes. — Cf. Schuhdt, Précis de l'histoire de l'Église d'Occident, p. 399 sqq., sur les points d'attache de Jean Huss au Catholicisme. L'historien moderne, — tout en insistant avec raison sur la théorie de Huss relative à « l'Église des Élus », pour laquelle il fut condamné, — reconnaît (p. 404) que cette doctrine u n'était pas de nature à devenir le principe constitutif d'une nouvelle société religieuse. » — Basnage {Hist. de l'Eglise, t. II, p. 1636) accord;i du reste à Bossuet que Jean Huss ne leur était « d'aucune conséquence. »