AU CHAPITRE QUATRIÈME DU TROISIÈME LIVRE
(No VII, p. 318, note 1.)
Voici l'exposé sommaire des idées de Bossuet sur les matières d'histoire dout il n'a pu être question qu'incidemment dans le cours de notre étude.
Sur les hérétiques ou schismaliques du Moyen âge et de la Renaissance antérieurs à la Réforme de Lutlier, de Zwiugle et de Calvin, et autres que les Albigeois et les Vaudois, Bossuet ne s'étend pas aussi longuement que sur ces derniers. Il se contente d'en marquer les origines et d'en définir les croyances principales dans la mesure seulement où il est nécessaire pour éclnircir la double question qu'il se pose : quels liens ces hérétiques ou schismaliques ont-ils eu, — premièrement les uns avec les autres, — secondement avec les protestants, luthériens ou réformés, du seizième siècle, qui se réclament d'eux comme de leurs précurseurs ?
Wiclef^ imitait la « fausse piété des Vaudois, » en affectant, comme eux, « d'attribuer l'effet des sacrements au mérite des personnes, » mais c'est le seul point de ressemblance que Bossuet signale entre eux et lui. Quant aux « blasphèmes » qui lui sont pi opres, et « où il a été entraîné pir l'esprit d'orgueil et de singularité,» il y en a qui ont été adoptés, dans une certaine mesure, par Luther et par Calvin. Telle est sa doctrine d' « un Dieu dominé par la nécessite» et, par conséquent, <\ auteur et approbateur de tous les crimes. » Les « durs systèmes» de Luther et de Calvin sur le Libre Arbitre et la Prédestination ne sont pas sans liaison avec ce fatalisme « impie», et « en ce sens, ce n'est pas en vain qu'ils auront compte cet impie parmi leurs prédécesseurs.» De plus, il a rejeté la Transsubstantiation et il a traité le Pape d'Antéchrist 2.
\. Hisi. des Var., 1. I, no v; I. XI, n»» i, cliii-clxii, clxxi, clxxxiii.
2. Bussuel reconnaît qu"on ne trouve pas dans le Trialogue la proposition imputée à Wiclef qu' « un roi cessait d'être roi par un péché mortel. » Mais, dit-il, il y avait assez d'autres livres de Wiclef où elle se pouvait trouver. Voy. en effet sur cette théorie de Wiclef, BuDDENSiEG, J. Wiclef und seine Zeit, p. 141, n. 2; p. 142, n. 5.
Quant à la Présence réelle, « il y a » chez lui « des passages contre, il y en a pour. » Pour le reste, il est certain qu'il « consentait à l'invocation des saints, en honorait les images, en reconnaissait les mérites et croyait le Purgatoire *. » Wiclef est, aux yeux de Bossuet, à la fois un raisonneur « emporté^» qui va jusqu'aux dernières conséquences de ses principes ; et un philosophe indécis dont « la doctrine n'est pas bien sûre d'elle-même. » Il mourut curé et « dans l'exercice de sa charge, » et fut enterré en terre sainte. Il est donc peu honorable soit aux prolestants, soit aux Frères de Bohême, de se réclamer de Wiclef, qui, — suivant l'expression de Daniel de Larroque3, auteur calviniste, —finit «ou hypocrite prévaricateur, ou catholique romain^. » D'ailleurs Mélanchthon le considérait comme nn sophiste séditieux s.
Bossuet relève en passant chez Wiclef un trait «anglais» : son horreur pour les richesses temporelles du clergé. C'est, disait Wiclef, « un grand crime aux princes de ne pas employer leur autorité à priver [les prêtres] de leurs biens... Voilà... le premier modèle de la Réformation anglicane et de la déprédation des Églises 6. »
Jean Huss\ disciple de Wiclef, ne l'a pourtant imité que par un
1. Sur l'importance donnée par Wiclef au culte de la Vierge, cf. Vattier, John Wiclef, p. 264.
2. L'épithète ne serait pas juste si elle s'appliquait au caractère et à la conduite. Mat- THEW dit avec raison .- « / vt-.nture so say thaï one of WicUrs most inarked characteristics is his essenlial modération, i» Cité par Buddensieg , p. 208, n. 2. Mais Bossuet entend ici l'espèce d'entraînement de déduction d'un esprit systématique et hardi : « Il ne peut retenir sa plume emportée. »
3. Nouoeltes accusations contre M. Variltas, 1687. — Drelincourt, au contraire, (Avertissements contre les missionnaires, '1654, p. 45) l'appelle le « bienheureux Jean Wiclef. I)
4. Wiclef put mourir dans la communion e.Ktérieure de l'Eglise romaine sans mériter le reproche d'iiypocrisie que Larboque lui faisait. Ses doctrines théologiques — plus compliquées, plus obscures et plus indécises encore que Bossuet ne les a dépeintes, — lui permettaient d'admettre tous les rites de la messe : « Visa hostia adoro eam conditionaliter... » Trial., 1. I\', c. x, cité par Bossuet et par Vattier, ouvrage cité, p. 259 sqq.
5. Buddensieg, un des derniers auteurs qui voient en Wiclef un précurseur réel de la Réforme, prétend montrer l'inûuence de Wiclef sur Luther, influence subie, il l'avoue cependant, tout à fait inconsciemment (... wenn auch wôllig unbewusst). Mais cette recherche des « Spuren des wicli/fschen Geisles » dans les écrits les plus considérables de Luther est pleine d'hypothèses. Une des preuves les moins conjecturales apportées par l'écrivain allemand est l'existence à la « k. k. Hofbibliothek » de Vienne d'un très beau ms. de Wiclef (n» 1387) qui offre sur la première page, d'une main du seizième siècle, le nom du « doctor Martin Luter. »
6. Sur la vie et sur la doctrine de Wiclef, voyez Matthew, introduction des English Works of Wyclif (dans VEarly english Text Socjefj/); Buddensieg, J. Wiclifund seine Zeit, 18S5; Ch. Schmidt, Précis de l'histoire de i Église d'occident .-V attier , John IViclef. sa vie et sa doctrine; Grf.en, Histoire du peuple anglais, tr. fr., t. I, qui considère surtout le côté social de l'œuvre de Wiclef et qui a tort de l'appeler « le premier protestant. » (p. 274); T. M. Lindsay, art. Loltards, dans VEncyclopaedia britannica : « Lollardy, in its mots essential and invariable characleristics, had much more [articles] in common with mediaeval religious revivais Ihan with Heformalional piety, and Lollard preaching must hâve had much more resemblance to that ofOckham and his récusant Franciscans, than thaï of Luther, Calvin or Peter Martyr, t
7. Hist. des Var.,\. I, n<" v, xxv; 1. XI, n" i, clxii-cl.wi, ci.xxiv-cl.\xv, cuxxiX,