Voy., par exemple, le récit des années 1422 à
2. Textes publiés, de 1615 à 1685, par Théodore et Denis Godefroy.
3. Éditions de Joinville, Guiart, etc., par du Gange, 1668; édition de Guillaume de Nangis, par du Chesne {Scriptt., t. V, 1649); édit. de la chronique de l'abbaye d'Andres, par d'AcHERv [Spicilegium, t. IX, 1665).
4. Les Capitulaires de Charles le Chauve venaient d'être publiés de nouveau par Baluze {Capitularia regutn francorum, 1677). Voy. dans le chap. de ÏHist. de France de Bossuet, le passage sur le couronnement de Charles par le pape Jean VllI, et, à la fin : « Voilà quel fut Charles le Chauve dont le faible gouvernement donna lieu aux révoltes fréquentes de ses propres enfants et des seigneurs, qui commencèrent sous son règne à perpétuer dans leurs familles les grands gouvernements qui, sous les règnes précédents, n'étaient que de simples commissions qu'il ne fut pas au pouvoir des rois suivants de retirer des mains de ceux qui les possédaient. C'est là l'origine du nouveau système de gouveryiement que nous verrons sous la troisième race...» Cette idée a dû être empruntée par Bossuet à Cordemoy (voir plus haut, p. 115). Comme l'a démontré E. Bourgeois [Le Capitulaire de Kiersy sur Oise, p. 155-167, 180-186), dans aucune des histoires antérieures à celle de Cordemoy, il n'est question à propos du règne de Charles le Chauve, d'hérédité des charges ou de féodalité.
raissent ne lui avoir servi que très peu : ni du Haillan, ni Jean de Serres, ni Pierre Mathieu, ni Dupleix, ni Mézeray, s'il les a consultés, n'ont pesé sur ses jugements ou alimenté son récit. Les lacunes mêmes de l'histoire pour le Dauphin nous l'indiquent. Une période, entre autres, sur laquelle il passe d'une façon très rapide, c'est celle de la régence de Blanche de Castille, et l'on peut s'en étonner. Au point de vue de l'éducation politique du Dauphin, cette minorité si troublée offrait assez d'utiles leçons pour qu'il fût à propos de l'exposer avec développement, et pourquoi Bossuet, — qui prend tant de soin d'arrêter sur le caractère et sur les actes de saint Louis l'attention de son élève', — passe-t-il si légèrement sur les premières années du règne? La matière cependant ne parait pas manquer, quand on lit sur cette époque les grandes histoires du seizième et du dix-septième siècle ^ Mézeray lui-même y est très abondant et très affirmatif. Naguère, un certain Combault d'Auteuil avait composé, sur la régence de Blanche de Castille, tout un gros livre \ Enfin, au moment même où Bossuet écrivait, Varillas trouvait moyen de raconter la minorité de saint Louis avec un luxe d'anecdotes et une précision de détails, dont les curieux, Bayle tout le premier, se déclaraient ravis^.. Mais c'est que Bossuet y met plus de fa-
1. De Instit. Delph., c. iv : » Eum non modo sanctitaiis gloria, quod nemo nescit, sed laude etiam militari, fortitudine, constantia , aequilatc, magnifîcentia, civili pritdentia praesli tisse, retectis gestorum co?isiliorum.que fontibus, demonstramiis. »
2. Voyez du Haillan, Histoire de France, t.. I; P. Mathieu, Histoire de saint Louis, 1618; de Bussière, Historia Francica, 1661, t. II, etc.
3. Mézerav s'étend sur l'amour de Thibauld de Champagne pour la reine Blanche; il n'oublie pas l'anecdote du « fromage mol» jeté à la tête de Thibauld par le jeune Robert d'Artois; il rapporte le discours d'Hugues de Lusignan aux seigneurs conjurés, etc. [Hist. de France, t. III, 1685, p. 221-222, 228-232). Il est vrai qu'il ne parle pas du cardical Romain, dont Bossuet parle en passant.
4. Régence de Blanche de Castille, 1644 : spécialement p. 1 à 151.
5. Nouvelles de la République des lettres, nov. 1684, art. vi : « L'un des plus beaux endroits de sa vie (de Biauche de Castille) est sans doute l'adresse et la fermeté qu'elle témoigna pour dissiper la faction qui s'était élevée contre la régence. M. Varillas décrit ce fait avec une extrême application. Il nous donne le caractère des princes qui entrèrent dans la ligue; il nous fait connaître le
çons. Il ne se résigne pas, — en dépit du goût, peu exigeant alors, du public, — à prendre de toute main ces traditions suspectes, venues pour la première fois d'on ne sait où, et qui, à force de traîner dans l'histoire, s'y sont implantées. Il veut s'en tenir aux récits plus sûrs des histoires du temps ; or, sur les premières années du règne de saint Louis, les histoires du temps étaient maigres. Il ne trouvait dans Joinville que des renseignements rares et confus, et pour ce qui est des autres chroniqueurs anciens, — Guiart et Nangis, par exemple, — il ne lui était pas malaisé de remarquer entre eux des contrariétés de narration et des divergences de chronolog-ie assez grosses pour n'être point tenté de leur emprunter, au hasard, des informations douteuses... Voilà très probablement pourquoi Bossuet est si bref sur cette époque. Il laisse à la patiente critique de Tillemont' le soin de démêler la chronologie de ces huit années fort obscures, et d'y rétablir les événements omis ou déplacés par les historiens; il se borne pour sa part à exposer, dans l'ordre le plus vraisemblable, le petit nombre de faits certains que les sources les plus connues lui fournissent.
C'est peut-être aussi le même scrupule qui lui fait omettre, dans Y Histoire de France, toute mention de la Pragmatique Sanction attribuée à saint Louis. Plus tard, dans le sermon sur runité de VEcjlise, Bossuet orateur affirmera, en passant et sans discuter, l'authenticité contestée de cet acte'; plus tard encore, avocat d'office, dans la Défense de la Déclaration du Clergé^, du gallicanisme royal, il essaiera, avec plus de bonne
fort et le faible d'un chacun. 11 reprend les choses d'un peu plus haut quand cela est nécessaire pour les mieux entendre; il accompagne ce qu'il dit de rétlexions courtes et solides... 11 trouve occasion en chemin faisant de débrouiller certains faits qui n'avaient pas été suffisamment éclaircis, et l'on ne saurait dire combien cela plaît à ceux qui aiment les connaissances exactes.» — C'est cette histoire de la minorité de saint Louis, dont le P. Daniel dit un peu plus tard (Précis de L'histoire de France) qu'elle est un véritable roman.
1. Voy. TiLLEMO.vr, Vie de saint Louis, spécialement t. I, p. 524, sur la ligue des seigneurs contre Thibauld; cf. p. 527, 533.