‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 56 sur 329 · Gallia orthodoxa, p. 111, cap. ix · texte numérisé non relu

Gallia orthodoxa, p. 111, cap. ix

volonté que de conviction et de succès*, de réfuter les auteurs qui ne veulent pas croire au Concordat attribué à Louis IX ; — ici Bossuet historien, ne trouvant pas trace de cet acte dans les textes du temps qu'il a consultés, se tait^

h' Histoire de France du Dauphin n'est donc ni une histoire complète, ni une œuvre d'érudition et de critique';

1. Les preuves positives apportées par Bossuet se réduisent à celle-ci : « Quid auiem habet novi (Pragmalica) ut falsa habealur? Cur falsa sit quae usque adeo Gallormn inrjenium sapiat? » Il est évidemment gêaé par l'autorité de Thomassin, qu'il accuse de timidité; et il déclare que, par égard pour lui, il ne poursuivra pas plus loin la discussion, qui est courte.

2. Dès celte époque, sans parler des attaques intéressées des ultramontains (par exemple, de Roccaberti, archevêque de Valence), la Pragmatique avait été suspectée en France par des savants de bonne foi, tels que les PP. Labbe. Cossart etThomassin, Vyon d'Hérouval et mêmeTillemont (Fie (Ze^a/zi^ £.ozi/s, t. V, p. 74, 76; t. VI, p. 297-299.) Leurs doutes semblent avoir fait impression sur Bossuet et changé les idées qu'il avait jusqu'alors profes^ées pour les avoir probablement reçues d'autrui sans contrôle. En effet, dans un document d'une date probablement antérieure à l'histoire de France, dans V Abrégé chronologique de l'histoire moderne (publié, de dos jours, comme une suite du Discours sur l'Histoire universelle et qui paraît être simplement l'ensemble des sommaires chronologiques que Bossuet faisait rédiger et apprendre au Dauphin; — voir plus loin, 1. II, chap. I, n» II), nous voyons qu'il avait admis sans réserve, comme la plupart des historiens du temps, l'authenticité de la Pragmatique : « Saint Louis fait sa Pragmatique, où il maintient les libertés de l'Eglise gallicane contre les entreprises de la cour de Rome.» Continuation du Disc, sur l'Hist. universelle, édit. d'Herhan (1806j, t. 1, p. 156, à l'an 1206. — Dans VHistoire de France, il se contente de dire : « (Saint Louis) favorisait le clergé sans laisser affaiblir l'autorité de ses officiers. Il conservait soigneusement les anciennes coutumes du royaume, et, quoiqu'il fût très attaché et tn'-s soumis au Saint- Siège, il ne souffrait pas que la Cour de Rome entreprit sur les anciens droits des prélats de l'Église anglicane. » Jugement qui concorde, exactement, sans aller au-delà ni rester en-deçà, avec les anecdotes racontées par Joinville (en particulier ch. xiii et cxxxv, sur la réponse de saint Louis à l'évêque Gui d'Auxerre). Du reste les recherches modernes se trouvent confirmer ici la discrétion de Bossuet; les textes nouvellement connus ne permettent pas, ce semble, d'attribuer à saint Louis autre chose que des manifestations particulières, mais non point une proclamation solennelle, de sa ferme indépendance à l'égard de la Papauté. Cf. P. Viollet, Examen critique d'un ouvrage de M. Gérin sur la Pragmatique Sanction de saint Louis, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXI.

3. Bossuet, écrivant sous le nom du Dauphin, s'abstient naturellement de tout appareil de discussion; tout au plus trouve- t-on, de temps en temps, des observations comme celle-ci (dans le règne de Charles VI, à propos de la mort du fils de Gaston Phœbus, comte de Foix) : « Je n'ignore pas que quelques historiens n'aient voulu dire que son père lui avait fbit couper la tête; mais j'ai suivi les plus fidèles et les mieux instruits.» De même, dans le règne de Chilpéric I*'', à propos de sa mort : « Quelques historiens, mais fort éloignés de ce temps, ont écrit que cet assassinat avait été fait par ordre de Frédégonde, parce que Chilpéric avait

mais c'est un essai très personnel de récit simple et court, tiré uniquement des sources originales \

Les imperfections du Discours sur l'histoire universelle sont bien connues. Mais, au demeurant, si la critique peut relever dans cette vaste composition quelques confusions de noms ^ très peu d'erreurs de faits, quelques identifi cations hasardées de personnages de l'histoire orientale avec les noms donnés par la Bible, quelques hypothèses exagérées touchant, par exemple, l'influence de l'Egypte sur la Grèce', ou le rapport des lois des Douze tables avec celles de Solon*; — si elle y signale un certain nombre d'omissions, dont les plus importantes consistent à n'avoir rien dit des Phéniciens ni des arts de la Grèce ^; — si, au sujet des sources, elle blâme Bossuet de se fier trop aveuglément à Diodore sur l'ancienne Egypte, à Xénophon sur le compte de Cyrus, à la Chronique de Par os sur la Grèce primitive, à Tite-Live sur les origines de Bome ®, et, pour les derniers temps de l'Empire, à Eusèbe et à Lactance; — si, enfin, elle lui reproche de s'être enfermé dans les limites trop étroites de la chronologie d'Usher'', et cette préoccupation excessive,

découvert ses amours avec Landri. Au reste les anciens historiens, et Grégoire de Tours lui-même, n'ont marqué ni l'auteur, ni les causes de ce meurtre, et je ne veux point donner pour certain ce qui ne l'est pas. » Cf. dans le règne de Clovis, sur l'ambassade d'Aurélien auprès de Gondeljaud, racontée par Roricon et qui, au jugement de Bossuet, « a bien l'air d'une historiette. »

1. Sur l'impartialité religieuse de l'Histoire de France, voir un vif éloge de Bossuet dans le Bulletin de la Société de V Histoire du Protestantisme français, t. 1, p. 260.

2. Voir les notes des éditions classiques du Discours sur l'Histoire universelle de Delachapelle {Dezoôry), Gazeau [Delagrave), Gasté [Librairie des Bibliophiles) et surtout celle de M. Jacquinet (Belin), à laquelle je renvoie pour les citations.

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