PRÉFACE. VII
tiens' pouvait le servir heureusement dans VHistoire des Variations des Églises protestantes.
Mais en définitive le meilleur moyen de prouver que Bossuet put être un historien est encore de prouver qu'il le fut. C'est ce que j'ai essayé de faire en étudiant de près VHistoire des Variations.
Non pas, on le comprend, dans sa totalité. Toute la théologie qu'elle contient m'était interdite, et j'ai dû respecter, non sans quelque regret, je l'avoue, les limites que m'imposaient mon incompétence et le caractère de cette étude. Mais, — même en mettant à part toutes les matières de métaphysique religieuse et de mysticité, dans lesquelles il m'eût été impossible déjuger le jugement de Bossuet sans donner la préférence à telle ou telle interprétation des textes bibliques sur lesquels repose la dispute, — même ce départ une fois établi, une ample matière me restait encore. Les développements d'histoire proprement dite, susceptibles d'être explorés et appréciés à l'aide des procédés de la simple critique historique, sont nombreux dans l'ouvrage de Bossuet^.
Et sur tous ces sujets, j'ai dû examiner, — d'abord, quels documents l'auteur des Variations a réunis et de quelle façon il s'en est servi\ — ensuite, quelles critiques lui ont été adressées de son temps ou pourraient lui être adressées du nôtre*. Or, soit en refaisant après Bossuet le travail d'enquête et de composition qu'il a fait, soit en comparant^ les résultats obtenus par lui avec ceux où les savants ino-
1. Bossuet n'a jamais douté de la perpétuelle identité de doctrine de l'Église. Il écrit CD 1702 dans la Préface de lu Seconde Instruction pastorale sur la version du Nouveau Testament, dite de Trévoux, contre Richard Simon : «Je m'engage à soutenir... contre eux (les nouveaux «critiques,» les exégètes) et les Protestants unis ensemble, l'invariahle perpétuité de la foi de l'Église chrétienne. » Il eût, je crois, souscrit à la déclaration si catégorique du grand Arnauld que je cite p. 61-62, — encore que néanmoins, dans le Traité de la Communion sous les deux Espèces et dans la Défense de ce traité (cf. plus loin, I. II, ch. Il), il paraisse avoir fait, malgré ces préventions, les concessions qu'exige la vérité des faits.