CHAPITRE DEUXIÈME. lol
divers pays de l'Europe dont il avait à s'occuper*. De plus, sur une bonne partie des sujets traités dans son histoire, il nous reste, écrits de sa main, les recueils de notes et d'extraits qu'il avait pris au cours de ses lectures. Les cahiers autog-raphes conservés à la Bi-
1. Je dois à M. F. Bruxetière la communication d'une plaquette rare : le Catalogue des livres de la Bibliothèque de messieurs Bossuet, anciens évêques de Meaux et de Troyes, qui se vendra à l'amiable le lundi 3 décembre 1742 dans une des salles du couvent des RR. PP. Augustins, mdccxlu, 105 p. in-8, chez Pierre Gandoin, Pierre Piget et Barois fils. Bien que la bibliothèque de Bossuet fût passée, comme le titre de ce catalogue l'indique, aux mains de son neveu, nous avons ici bien plutôt letat des livresque possédait l'oncle. En effet, l'évéque de Troyes ne paraît pas s'être occupé jamais d'histoire, ni même de théologie (on ne cite de lui que quelques instructions pastorales favorables au jansénisme et la publication d'un Missale sanctae ecclesiae Trecensis, 17.S6). Il n'est donc pas probable qu'il eni'ichit beaucoup la bibliothèque de Bossuet. Ce qui le confirmerait, du reste, c'est que, sur 1470 numéros du catalogue, il n'y a qu'à peine vingt ouvrages d'une date postérieure à la mort du grand prélat (1704). Si l'évéque de Troyes ne se tenait pas au courant des publications coutemporaines, il y a peu de chances pour que ce soit lui qui ait réuni les livres anciens que nous voyons figurer dans ce catalogue en grand nombre. — Les divisions du catalogue de vente correspondent assez bien à l'arrangement de la bibliothèque de Bossuet tel qu'il est donné dans l'édition Lâchât, t. III, p. 584, «d'après une copie faite en 1683 par l'abbé Le Dieu.» En complétant l'un par l'autre ces deux documents, on peut reconstituer le tableau synoptique suivant du contenu de la Bibliothèque de l'évéque de Meaux : » 1. Theologia. Biblia sacra et Bibliorum interprètes ; — critici et dissertationes; — interprètes orthodoxi ; heterodoxi. — .SS. Patres graeci, — latini. — Theologi scholastici, — polemici, — morales., — ascetici, concionatores, — heterodoxi.
— II. Jus canonicum. — Libri de divinis officiis. — Jtcs civile : — yalliciim, — externum. — III. Gr.\mmatici. — Oralores, — Poefae graeci, — latini, — gallici. — Philologi : critici, epistolae, fabula's, etc. — Philosophi.
— Politici — Historia natw'alis ; iwdici. — Mathematici. — Chronologici.
— Geographi. — IV. Historia ecclesiastica ; — historia religiosorum ordinum; — Vitae sanctorum. — Historia Graeca; — bgzantina ; — romana. — Numnii antiqui et Inscriptiones. — Historia italica. — Historia gallica; — historiae provinciarum et urbium. — Historia germanica ; — ôelgica; — hispanica; — anglica. — Historia regionum septenlrionalium; — asiatica et africana. — V. Bibliothecarii. »
Celte classification donne une idée de la variété des livres de Bossuet; quelques exemples, parmi les plus courts, montreront, sinon la richesse extraordinaire, au moins les ressources très suffisantes d'une quelconque des sections de sa bibliothèque. Sur l'histoire d'Allemagne, Bossuet possédait : Trithemius, LuiTPRA.-yD, SiMO ScHARDius : — Germanicarum rerum Scriptores, éd. M. Freher; — du même, les Origines Palatinae; — du même, les Scriptores rerum Bohemicarum ; — Ùrstitius, Germaniae Historici illustres ab Henrico IV usque ad a. 4400 ; — Sleidax ; — Laurea austriaca, sive Commentarius de bello austriaco, 1627; — la Saxonia illustrata de G. Fabricius; — la Saxonia de David Chytrée; — la Bohemia pia, de Barthold Pontanus; les Res Hungaricae, d'Asr. Bonfimls: — Rerum Ungaricarum Scriptores varii in unum collecH, 1600; — Heiss, Histoire de l'Empire, 1684; — Maimboirg,
bliothèque du Séminaire de Meaux* prouvent qu'il avait dépouillé et annoté, lui-même, quatre tomes au moins des œuvres de Luther, une dizaine de traités de Calvin et sa correspondance, la Confession d'Atigsbourg et son Apologie par Mélanchtlion , V Histoire de cette Confession par David Chytrée, YHistoire sacramentaire d'Hospinien, \ Histoire des Martyrs de Crespin, Y Eucharistie de l'ancienne Église d'Aubertin, plusieurs traités deDaillé, divers
Histoire de la décadence de l'Empire après Charlemar/ne. — Gregorio Leti, Vie de Charles V, trad. de l'italien.» N»» 524-539, 947-948, 1438-1443 du Catalogue. — Cf. les nos 639^ qh^ (342 dans la Théologie.
UHistoria anglica est ainsi composée : Rerum Anglicanim Scriptores post Bedam, 1601. — Anglica, Normannica, Hibernica a veteribus Scripia, éd. GuiLL. Ca.mde.v, 1603. — Hist. Anglicanae Script, decem. a J. Seldeno edili, 1652. — Matth.^ei Paris, Hisloria major, éd. W. Wats, 1641. — Poly- DORi Yergelii Historiae libri XXVI, 1546. — Hist. d' Angle tei're, d'Ecosse et d'Irlande, par A. du Chesxe, 1666. — Hist. de Guillaume III, Amst., 1692. — Blrxet, Hist. de la Réformation de l'Église d' Angleterre, 1685. — Il Teatro Britannica , da Greg. Leti, 1684. — Hist. du divorce de Henri VIII, par J. Le Grand, 1688. — Annales rerum Anglicarum et Hibernicarum, auct. G. Ca.mde.\, 1625. — Rerum Scoticarum historia, auct. G. Buchanan, 1643. — Antiquae Constilutiones regni Angliae, sub Ilenrico III et Eduardo I, 1672. » Nos 261, 553-560, 951 et 1444-1447 du Catalogue.
1. Ces notes sont contenues dans trois liasses du portefeuille n" 3 du carton C des mss. de Bossuet à la Bibliothèque du Grand Séminaire de Meaux. L'écriture, très précipitée, indique la nature de ces extraits : ce sont des notes prises au cours d'une lecture. Lecture continue, et non pas faite d'après un index : chaque volume de Luther, par exemple, a dû être lu d'un bout à l'autre, et page par page. De temps en temps un titre seul est noté pour les écrits qui n'intéressent pas et n'arrêtent pas Bossuet; certains opuscules sont résumés en quelques mots. — Les endroits d'où des textes sont tirés sont marqués soigneusement et en détail dans les marges; la date des ouvrages dépouillés en accompagne toujours le titre ; les dates sont même quelquefois répétées, dans le courant des notes, soit dans la ligne même, soit au dessus. — Quand Bossuet ne transcrit pas littéralement (ce qui est rare), et qu'il se borne à résumer, il met entre crochets les mots que lui-même il ajoute. — Des signes nombreux et variés (soulignements, encadrements, doubles barres, accolades en marge, etc.) attirent l'attention sur les passages importants. Ces signes ont été mis, les uns en écrivant, les autres lorsque Bossuet a relu ces extraits. — Il a dû les relire au moins deux fois. La première fois, il a ajouté des indications marginales au crayon noir, titres sommaires en latin ou en français qui sont comme des jalons : « Concilium — Biblia — Eccl. — Patres — Querelle d'ordre. — Superbia — Calvin. Mœurs. Orgueil. — Bucerus ambiguë fucose. » La seconde fois, il a mis quelques annotations plus rares, à l'encre, aux endroits tout à fait remarquables. — Les additions marginales prouvent les scrupules et les revenez-y d'un dépouillement attentif (p. ex. cahier II, f. 1» et 5» au verso; et, dans les extraits de Calvin, f. 2 v", copie en marge d'une lettre oubliée). Ailleurs Bossuet renvoie en marge à d'autres lettres de Calvin qui, au fur et à mesure desa lecture, lui ont paru se rapporter à ce qu'il avait déjà noté. Dans ces extraits de Calvin, il reproduit souvent en marge les mots saillants du texte qu'il copie.
écrits de Zwingie, d'Érasme, de Sleidan, de Peucer, de Camerarius, d'Usher, de Cassander, etc. Dans tous ces ouvrages il copie ou résume — lui-même — les nombreux et longs passages dont il veut conserver le texte intégral ou le sens\ Si donc, — comme ses adversaires le lui ont fréquemment reproché, — il a travaillé sur des « mémoires » étrangers, il ne Ta fait, en tout cas, que dans une partie de la préparation de son histoire. Et le peu de soin que ses héritiers mirent à conserver ceux de ses manuscrits qu'ils jugeaient improductifs, nous autorise à supposer qu'ils ont laissé perdre ce qui manque dans ces dossiers préparatoires de VHistoire des Variations, matériaux informes dont on ne pouvait évidemment tirer aucun profit^. Enfin, à défaut même de ces preuves extérieures qui donnent lieu de croire que Bossuet a bien été seul, je ne dis pas à écrire VHistoire des Variations, — cela va de soi, et sa main y parait assez, — mais à en amasser, à en
1. Extraits de Luther, d'après l'édition latine de Wittenberg de 1582, ia-f». Un premier cahier de 18 feuillets in-4, écrits des deux côtés (36 p.) cootient le dépouillement du t. I, de la p. 1 à la p. 490. — Un second cahier de 29 feuillets (58 p.) contient celui du t. II, de la p. 1 à la p. 506. Sur la feuille de couverture on lit, outre le titre : « Tomus II Luth. », un court sommaire des matières qui y sont contenues. Ces sommaires sont fréquents dans les mss. des serinons. — Le troisième cahier, de 4 feuillets (8 p.) présente les extraits du t. III, de la p. 308 à la p. 489. — Un quatrième cahier, de 13 feuillets (26 p.), renferme les extraits du t. VII, de la p. 226 à la p. 509. — Une table, également autographe, des textes de Luther recueillis par Bossuet, avec les renvois, se trouve parmi ces notes.
Extraits de Calvin : Trois cahiers. Le premier, de 28 p. in-4, comprend le dépouillement des Epistolae Calvini, de la p. 1 à la p. 594. — Le second, de 18 p., des extraits de [Institution chrétienne, du n» 1 au n» 49. — Le troisième, de 38 p., des extraits de la Secunda defensio adversus Westphalum, de la Consensio de re sacrametitaria, et autres opuscules de Calvin. — Quelques pages du second cahier ne sont pas de la main de Bossuet, mais il a écrit les notes marginales et le sommaire. Les marges du troisième cahier sont en plusieurs endroits, toutes pleines de notes supplémentaires.
Les extraits des autres auteurs sont dans la liasse n" 3, : Peucer, 8 p.; Mé- LANCHTHOx, 28 p. ; Hospi.NiEX, 74 p. ; UsHER, 2 p.; Camerarius, 3 p. ; Érasjie, 5 p. ; Sleidan, 9 p.; Chytrée, 11 p.; Cassander, 2 p.; Livre de la Concorde, 5 p.; Daillé, 22 p.; Crespin, 30 p.; Aubertin, 11 p. — En plus, quelques textes isolés de Wiclef, du Chronicon Uspergense, de Rivet, de Grotius, etc. : et deux pages de notes rédigées en français et assez développées pour mériter d'être admises parmi les fragments recueillis dans les éditions de Bossuet.
2. Quelques épaves de ces dossiers dispersés apparaissent de temps en temps dans les ventes. M. E. Charavay possède et a mis à ma disposition 4 p. in-4 dénotes autographes de Bossuet sur la Concordia discors et le De Origine et progressu libri Concordiae Ritd. Hospiniani, 1607, résumés, avec des citations et des renvois, du cb. i au cb. xx, — De plus, dans le catalogue des ventes de 1862 à 1883, tenu
choisir, à en mettre en œuvre les éléments, il y en aurait encore une marque incontestable : l'impression que produit sur le lecteur l'étude attentive de l'ouvrage. D'un bout à l'autre de ces deux volumes, une certaine façon se fait sentir, — à la fois précise et aisée, — de citer, de disposer, de discuter les documents, où ne saurait atteindre la contrefaçon même la plus habile d'un écrivain qui se résigne à travailler sur les notes d'autrui. Le mélange d'une exactitude de citations presque impossible à prendre en défaut* et d'une liberté hardiment intelligente dans l'interprétation des documents employés, ne peut résulter que d'un commerce direct et immédiat avec les textes ; c'est le privilège inimitable d'un auteur qui les a vus, maniés, et qui a vécu avec eux^
par M. Charavay, figurent sous les n°^ 191, 200, 233, quelques pages de notes historiques et d'extraits de Grotius et de Daillé. — Le Catalogue du Cabinet de M. Dubrunfaut (vente du 8 avril 1884) mentionne un « ras. autographe » de 37 p. in-4, contenant des extraits de divers ouvrages pour l'Histoire des Variations. » — Cette méthode de faire, lui-même, le dépouillement de ses lectures paraît avoir été employée par Bossuet pour tous ses ouvrages. Le cardinal de Bausset déclare avoir eu sous les yeux de nombreux extraits «faits par Bossuet lui-même» de Théophylacte, de Procope, de Nicétas, d'Anne Coranène et de Cantacuzène. » Cf. plus haut, p. 122, n. 3. Et dans les mss. de Meaux (carton D, n» 4) nous trouvons encore 15 pages de notes autographes sur l'histoire de l'Université de Paris, prises en vue de la Défense de la Déclaration du Clergé. — Cf. une lettre de Pirot à Bossuet, 21 juillet 1700 : « Vous m'avez ordonné de regarder l'autorité des évêques dans Ourson. .. Je le fis aussi et j'étais tout prêt à vous en rendre compte... Apparemment do?/s aurez vous-même voulu examiner lachose.n
1. Il n'y a guère que les citations de Luther par Bossuet dont les renvois paraissent souvent inexacts; mais cela lient probablement à ce que les exemplaires d'une même édition des œuvres de Luther ne se ressemblent pas tous, corame il arrivait fréquemment dans les impressions du seizième siècle. — Du reste un Luther complet ne paraît pas avoir été chose commune à la fin du dix-septi-'^me : Bayle lui-même, qui parle si souvent de Luther, ne le cite presque jamais d'original, parce que, dit-il, il n'a pas ses œuvres à sa disposition. — Hallam prétend, il est vrai (Hist. des Littératures de l'Europe), qu'il a essayé inutilement de vérifier plusieurs citations de Bossuet. Basnage, qui examina ^Histoire des Variations avec un soin dont nous aurons la preuve, est d'un avis contraire. Tout en soutenant que Bossuet n'a dû travailler que sur des « mémoires », il convient au moins que l'historien catholique « a copié fidèlement les extraits qu'on lui a remis entre les mains; » que « même il a pris la peine de les confronter avec les originaux, car ses citations sont ordinairement assez justes pour les termes.» Hist. de la relig. des Églises réformées, t. I, p. 243.
2. « Nous étions témoins tous les jours que, dictant quelque chose à son écrivain, il lui faisait chercher, dans les livres qu'il voulait citer, les passages dont il avait besoin, en lui marquant, et à nous, les chapitres et les feuillets comme s'il les avait lus depuis deux jours. » Récit de la mort de Bossuet, par l'abbé DE Saint-André, son graod-vicaire. (A la suite du Mémoire de Le Dieu, p. 268.)
De la composition de VHistoire des Variations : les sources, la méthode, l'originalité de quelques vues historiques.
DES SOURCES DE l' « HISTOIRE DES VARIATIONS »
ET l'interprétation DES TEXTES,
Quels sont les documents dont Bossuet s'est servi? Ses informations sont-elles complètes? Sont-elles bien choisies? L'usage qu'il en fait est-il correct et judicieux? L'examen successif de ces questions nous permettra de connaître exactement comment VHistoire des Variations a été faite, dans celles de ses parties, du moins, qu'il nous est permis et possible d'étudier ici.
Car tout ce qui s'y trouve de pure théologie échappe forcément à notre enquête. Les longues étendues de chapitres où Bossuet, docteur plutôt qu'historien, discute les définitions, si souvent contestables, des dogmes dans les formules équivoques des Confessions de foi ; — les passages répandus à travers tout l'ouvrage, où il pèse les décisions de métaphysique religieuse et morale des premiers Réformateurs, avec autant de subtilité pressante et passionnée que s'il avait devant lui ces grands adversaires en personne, comme il avait naguère Paul
Ferry oa Jean Claude ; — enfin deux d'entre les derniers livres de Y Histoire des Variations, qui sont presque en entier de véritables traités dogmatiques sur deux des questions qui occupaient alors la controverse'; — tout cela se dérobe à notre appréciation. Car tout cela ne saurait s'étudier sérieusement qu'à la condition de s'eng-ager à fond, à la suite des Réformateurs protestants et de leur historien catholique, parmi les spéculations abstruses de la théologie, et de prendre parti dans le conflit des multiples interprétations de l'exégèse biblique.
Au reste, — ce départ nécessaire une fois fait, — il nous reste encore une assez ample matière d'observation dans les parties de VHistoire des Variations qui se laissent examiner avec les procédés ordinaires de la simple critique historique. Origines et croyances des Albigeois et des Vaudois , hérésies de Wiclef et de Jean Huss , histoire des Frères de Bohême , rôle historique et caractère personnel de Luther, de Mélanchthon , de Calvin, de Bucer, de Zwingle , d'Osiandre, d'Œcolampade; établissement de l'Eglise anglicane sous Henri VIII, Edouard VI et Elisabeth ; premiers troubles civils de la France sous François II et dans le commencement du règne de Charles IX : — voilà les matières très variées que Bos-
1. Livre XIII, sur l'Antéchrist; livre XV, sur l'Église. — La controverse de l'Antéchrist, dont j'ai plus haut exposé le sujet (p. 8), venait d'être renouvelée par Jurieu dans son Accomplissement des Prophéties ou délivrance prochaine de l'Église, 1686, 2 vol. in-i2. Le livre avait fait d'autant plus de bruit qu'en exposant une interprétation appropriée des prédictions de l'Apocalypse, Jurieu donnait à espérer aux protestants qu'une révolution soudaine des affaires politiques de l'Europe allait mettre fin du même coup au règne de l'Antéchrist papal et à la persécution des fidèles de France. Bossuet, que cette question de l'interprétation de l'Apocalypse préoccupait lui-même (il en fit dès 1689 un traité particulier), interrompt le cours de son histoire pour discuter les théories de Jurieu : exemple entre autres , qui nous montre que si , par la façon dont Bossuet l'a faite, l'Histoire des Variations est un livre d'histoire sérieuse, elle reste cependant, par la façon dont il en comprend le dessein et le but, un ouvrage d'actualité polémique. Nous en rencontrerons d'ailleurs de nouvelles preuves dans des questions purement historiques. — Quant à la question de l'Église, traitée au long dans le livre XV, j'ai rappelé ci-dessus (p. 33 sqq.) quelle importance prépondérante elle avait prise dans la conscience religieuse du dix-septième siècle.
suet, dans treize livres de son ouvrag"e, traite presque toutes d'une façon développée', et sur elles nous sommes à même de juger sa méthode de recherche et de composition.
Quant à établir, d'abord, quelles informations Bossuet s'était données, il nous en rend la tâche facile, car il ne manque, pour ainsi dire, jamais d'indiquer les sources où il a puisé. Et, pour le remarquer en passant, ce soin, qui nous parait à présentie devoir élémentaire de la probité historique, semblait encore à ce moment, même à de bons esprits, une singularité superflue et prétentieuse, bonne tout au plus pour le pédantisme obligé des érudits ou pour la chicane soupçonneuse des théologiens controversistes. «J'avoue, — écrivait en 1693 l'historien, consciencieux cependant, de l'Editde ?s'antes, Elie Benoit^, — que je n'ai pas cru devoir me soumettre à cet usag-e, et j'ai pour moi », ajoute-t-il, «l'exemple de tous les historiens qui ont quelque réputation » Cette contrainte
de citer leurs sources, « ce ne sont pas les auteurs de premier ordre qui se l 'imposent^ » Il disait vrai. Les historiens les plus renommés de la première moitié du dix-septième siècle veulent presque tous être crus sur parole. C'est assurément un mérite chez Bossuet de s'être astreint à une exactitude alors facultative et peu banale, et d'avoir, de bon gré, dans un ouvrage qui n'était pas de pure érudi-
1. Suivant Jdrieu, Bossuet se sent embarrassé sur le terrain de la théologie, et c'est pour cela qu'il « se rejette à corps perdu dans l'histoire. » Leltr. past. t. III, p. 155, 186.