Préface générale, et t. I, p
3. En 1713 encore, le P. Daniel, dans la Préface de son Histoire de France, se croit obligé de prouver que «ce n'est point une vaine ostentation de doctrine, que de citer à la marge d'une histoire beaucoup d'auteurs pour marquer au lecteur les sources d'où l'on a tiré les choses que l'on raconte. » — Cf. Bayle, Dict. crit., art. Carxéade, rem. B et Rem. gén. sur les Essais de littérature, 1702.
tion, imité plutôt le scrupule d'un Tilleraont* que la nég-ligence d'un Mézeray. Sa fidélité est constante à citer, à chaque pas, le nom des auteurs, le titre des écrits qu'il emploie, l'endroit d'où ce qu'il en rapporte est pris, et grâce à ces indications presque toujours justes, on n'a nulle peine à constituer la liste des documents d'où il a tiré la substance de son ouvrage.
Sur quelques-unes des matières qu'il traite, ces documents peuvent, au premier abord, sembler bien peu nombreux. Touchant Luther, par exemple, dont les six premiers livres de V Histoire des Vainatioiis exposent le caractère, l'œuvre et la doctrine, Bossuet se borne à consulter,
— outre les écrits latins de Luther, — Erasme, Sleidan et Mélanchthon^, en fait de contemporains; — David Chytrée^, Rodolphe Hospinien*, George Calixte^ en fait d'historiens postérieurs. Cela est peu"^, si l'on songe que, dès le milieu du dix-septième siècle, la «littérature» luthérienne était déjà très riche".
La portion du dixième livre des Variations, où Bossuet étudie les troubles intérieurs de la France sous François II et sous Charles IX, semble prêter à la même critique. Là encore, les informations, dès 1688, se présentaient en foule à l'historien ; et pourtant les pièces officielles que Bossuet emploie se réduisent à quelques procès-verbaux de Synodes protestants et aux « Registres » mu-
1. Voy. YHistoire des Empereurs, t. 1, p. vi sqq., et Fa-ï-dit, cité par Sai.nte-Beuve, Port-Royal, t. IV, p. 39.
2. D'Érasme, les Epistolae; pour Mélanchthon, voy. plus loin, n" in, p. 180,
— Sleida.n, De Statu religionis et reipublicae, CaroLo quinte Caesare, comrnentarii (1555).
3. Uisioria confessionis Augiistanae {lolS); Chronicum Saxoniae (1593).
4. Historiae Sacramentariae purs altéra : de origine et progressa controversiae sacramentariae de Coena Domini inter Lullieranos, Ubiqulstas et Orthodoxos, quos Zwinglianos seu Calvinistas vacant 1517-1602 (1602).
5. Judicium de controversiis theologicis (1650). — Sur G, Calute, voyez plus haut, p. 27, 2i, 53, et les notes.
6. Bossuet cite aussi une ou doux fois YHistoria Comitiorum anno 1330 Augustae celebratoriim, de Georoe Célestin (1577), le De causis belligermanici, de Frédéric Horleder (1617j, les Annales evangelici d' Abraham Scultet.
7. Cf. FABRiaus, Centif'olium lutheranum, 1728-1780, 2 volumes.
nicipaux de quelques villes de France ; les auteurs du seizième siècle qu'il suit ne sont autres que La Popelinière et Théodore de Bèze*; et parmi les écrivains du dix-septième, il se contente de s'aider d' Agrippa d'Aubig-né, de Jacques-Aug"uste de Thou et de Bayle^
La première explication de cette quantité, assurément un peu légère parfois, de documents, c'est sans doute l'ignorance où était Bossuet des langues étrangères. Peutêtre savait-il, comme beaucoup de ses contemporains, un peu d'italien, mais l'italien n'était alors que l'idiome élégant des frivolités littéraires ; quant à l'allemand et à l'anglais, de même que la presque totalité des hommes de son temps, Bossuet les ignorait. Et quoiqu'il faille bien dire qu^à cette date les livres savants écrits dans ces deux langues fussent rares, — le latin restant l'instrument commua du monde érudit, — déjà néanmoins, faute de les entendre, de précieuses sources d'informations se trouvaient fermées à un historien'. C'est ainsi que, pour prendre l'un des exemples proposés ci-dessus, Bossuet ne pouvait profiter de la meilleure peut-être des anciennes vies de Luther : le récit naïf et nourri de Mathesius * ; et les écrits allemands de Luther lui étaient interdits. Or, quand même on pourrait soutenir que pour s'instruire, soit de la théologie de Luther, soit de sa con-
1. Je désigne sous le nom de Bèze VHistoire ecclésiastique des Églises reformées au royaume de France, dont Bèze n'a pas été le seul auteur ou compilateur. Du reste, aux dix-septième et dix-huitième siècles, on la lui attribuait couramment. Cf. Bayle, Dict., art. Calvin, rem. G ; art. des Gallahs, Rem. A; Walch, Bibl. historica (1762j, t. III, p. 641.