Critique de l'Hist. du Calvinisme de Maimbourg
3. Aon pas que quelques-uns des savants avec qui Bossuet était en relations ne pussent suppléer quelquefois à son ignorance. Nous voyons Renaudot lui traduire des lettres de lord Fertli, Ûbrecht lui faire traduire, à Strasbourg, des documents allemands. Doujat, que Bossuet dut connaître (v. plus haut, p. 114-115), savait l'anglais et l'allemand ; La Bruyère, qu'il connaissait certainement, savait l'allemand. — L'ignorance du français était alors, du reste, notons-le en passant, aussi commune à l'étranger que l'ignorance des langues étrangères en France. Secke.ndorf, Commentarius ne Lulheranismo, 1694 [Praeloquiumj : » Gallica pauci etiam ex doctissimis inter nostrates, et inler theologos prope nulli intelligunt. >»
4. Historié von des ehrwirdigen in Gott seligen Iheuren Mannes Gottes Doctoris M. Lutheri Anfang, Lere, Leben, und Uterben, 1565.
duite publique et politique, ses écrits latins suffisent à la rigueur, — toujours est-il que jamais, par eux seuls, un historien ne pourra connaître aussi authentique ment la vraie nature du réformateur de FAUemagne, ni, si je puis dire, sentir d'aussi près vivre son âme individuelle, que s'il s'est imbu de ces ouvrages en langue vulgaire auxquels Luther voulut souvent, — par une audace de génie et en y mettant le plus chaud de sa chaude éloquence, — confier la propagande nationale d'une religion jalouse d'aller au cœur des peuples.
Maintenant , — abstraction faite de ces omissions auxquelles Bossuet se trouvait ainsi condamné par force majeure, — devons-nous imputer toutes les autres à une information insuffisante, à l'ignorance ou à l'oubli ? Ou bien a-t-il eu des raisons d'être volontairement aussi sobre dans le choix des auteurs qu'il adopte ?
Avant de l'examiner par le menu, il convient de rappeler au préalable ce que nous apprennent ses travaux d'histoire antérieurs à la composition des Vmnations : je veux dire qu'en sus des recherches particulières, — où la controverse seule avait pu l'engager déjà', — sur quelques points du passé des Protestants, Bossuet avait dû, en outre, alors qu'il était précepteur du Dauphin, s'imposer une étude suivie et développée de toute l'histoire moderne.
Jusqu'où il avait poussé cette étude, en ce qui concerne la France, et par quelle méthode il l'avait conduite, on l'a vu plus haut^; mais il faut ici en tirer cette conséquence qu'au moment où il commença, en vue de l'Histoire des Variatioîis, à examiner, d'une façon plus approfondie, le rôle politique du Calvinisme en France, de 1559 à 1562, ce n'était pas pour la première fois qu'il abordait l'histoire confuse et touffue de ces quelques années si pleines, h' Histoire de France, dite du Dauphin, est là
1. Voir la Réfutation du Catéchisme de P. Ferry, édit. Lâchât, t. XIII, p. 484-493, el plus haut, p. 70.