Voy. la préface de l'édit. d'Herhan
3. BiBL. NAT., 7nss. ffctuçais, n°^ 128.35 sqq. Les divers manuscrits de la soidisant Continuation du Discours sur l'histoire universelle ne sont pas de Bossuet. Mais on ne peut même supposer que ce soient des copies d'un travail de lui: le style est très souvent rudimentaire, incorrect, enfantin. Il y a parfois des bévues grossières où l'on sent que le rédacteur n'a pas compris ou a mal compris les faits qu'il raconte. L'orthographe et l'écriture sont d'une main inexpérimentée. Nous avons là sans doute, soit les brouillons du Dauphin lui-même, soit des copies successives de ces brouillons faites par quelque valet de chambre ignorant. Bossuet y a ajouté des corrections et des additions nombreuses. Il laisse cependant le style assez terne et souvent lourd et vulgaire, ce qui ferait croire qu'il tenait à conserver à cet ouvrage un peu de son air primitif. Peut-être voulait-on publier cet abrégé, comme ['Histoire de France, sous le nom du Dauphin,
de références qui encombre leurs marges , sinon une érudition toute fraîche et une mémoire expansive de ses acquisitions de la veille*? Bossuet n'avait pas, comme eux, tout à apprendre. Déjà instruit du gros de l'hisloire d'Allemagne, d'Angleterre et de France, déjà familier avec la vie des personnages marquants des derniers siècles , il pouvait , en composant Y Histoire des Vainations, limiter précisément ses recherches aux seules questions qui se rapportaient à son dessein présent; il n'avait plus qu'à prendre connaissance des documents de première ou de seconde main spécialement relatifs aux problèmes définis qu'il se propose, dans V Histoire des Vainations, d'élucider.
Mais, de plus, il s'en fallait de beaucoup qu'il se crût autorisé à user de tous ces documents, et là-dessus, c'est d'après ses propres paroles que nous pouvons nous faire une idée de sa méthode. j\on pas certes que Bossuet s'attarde nulle part à expliquer les règles qu'il suit dans le choix de ses auteurs : il n'y a rien , dans Y Histoire des Variations, qui ressemble à ces bibliographies critiques, à cette étude préliminaire des sources que l'érudition moderne croit, avec raison, devoir mettre sous les yeux du lecteur. Chez Bossuet , — malgré le souci d'exactitude dont nous allons tantôt voir bien des preuves, — l'historien garde toujours une certaine coquetterie d'artiste, qui l'empêche de faire confidence au public de la besogne préalable d'assemblage et de construction à laquelle il a dû se livrer. Il voile ses échafaudages et n'étale pas ses matériaux". Il se trouve cependant qu'au seuil des Variations, Bossuet , incidemment , en a dit assez et d'une
1. Même chez Basnage cette indiscrélioQ est sensible; par exemple, dans son Hist. de l'Église, t. II, 1. XXIV, ch. xi, il croit devoir raconter toute la vie de Wiclef , qui ne fait rien à l'affaire. Il vient de l'apprendre.
2. Il ne se livre à des discussions de critique un peu longues que quand il y est oiiligé. Voy. Déf. de l'Hist. des Var., n"^ \ai-ix, une critique des historieDS qui ont raconté la mort de l'empereur Julien. — Cf. sur cette pudeur de l'érudition afiichée. Elues du Pin, Bibl. des Aut. ecclés. du dix-septième siècle, t. V, p. 338, à propos de l'histoire de l'abbé Fleury.
façon assez précise pour nous renseig-ner sur les principes directeurs de sa conscience historique : « Luther et les autres Réformateurs, — écrit-il, — paraîtront souvent sur les rangs » dans cette histoire, « mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres ouvrages, et TOUJOURS d'auteurs non suspects^. » Cette brève déclaration contient la double règle qui le dirige dans le choix des documents qu'il adopte, et^ par conséquent aussi, dans l'élimination, — qui présentement nous occupe, — des documents qu'il rejette. Autant que possible, il se retranchera les ouvrages qui ne sont pas les écrits mêmes des hommes qu'il étudie; invariablement, il s'abstiendra des auteurs suspects.
Et, de fait, l'un et l'autre de ces principes est appliqué par lui avec une décision singulière. Dans les matières théologiques, cette discrétion sévère était pour Bossuet un engagement d'honneur, en quelque sorte. Il a promis aux protestants de les convaincre d'avoir varié, non pas en tant que simples particuliers, mais « en corps d'Église »; il a donc l'obligation stricte de s'appuyer uniquement ou sur les Confessions de foi officielles ou sur les livres marquants qui ont été, dans la Réforme, des « Sommes de théologie » , des « Symboles » avoués et souscrits du parti; il doit négliger tous les traités ou commentaires purement personnels, tous les écrits de controverse passagère et particulière, tout ce qu'il y a de cogitationes privatae dans les littératures luthérienne, calviniste, zwinglienne, anglicane.
Mais dans l'étude même des faits purement historiques, où moins de rigueur était nécessaire, Bossuet porte la même réserve. On ne peut douter, par exemple, qu'il n'ait connu, sur Calvin, l'ouvrage modéré, sincère et solide^, que le célèbre Drelincourt avait fait paraître na-
1. Préface de l'H. des V., n»» xix et xx. Cf. 1. VII, n» ix, 1. X, n» lui : « Tout ce que des protestants équitables peuvent exiger de moi dans une histoire, c'est que, sans men rapporter à leurs adversaires, j'écoute aussi leurs auteurs. «