Défense de Calvin
guère; et, touchant Wiclef, les travaux récemment publiés, au moins en France, ne lui ont certainement pas échappé*. Mais Bossuet ne juge pas utile d'aller chercher, clans les ouvrages de seconde main, des renseignements sur les Réformateurs, quand leurs livres et même parfois leurs lettres lui permettent de les étudier immédiatement et face à face, de les interroger eux-mêmes sur euxmêmes.
La rigoureuse application de ce premier principe de sa méthode nous explique donc déjà, pour une grande part, la pauvreté apparente de ses informations, — pauvreté voulue-.
Sa seconde maxime est de s'abstenir de tous les auteurs suspects; et par là il entend d'abord, apparemment, tous ceux dont les protestants se seraient crus en droit de récuser le témoignage en raison de leur hostilité contre la Réforme. Or l'on voit, à y réfléchir, que c'était là s'interdire, d'un seul coup, la plupart des auteurs du seizième et du dix-septième siècle qui avaient étudié, avant Bossuet, les origines de la Réforme et les vies des Réformateurs. Faisons-en l'expérience sur les historiens de Luther.
De tous les biographes catholiques, contemporains du grand Réformateur ou postérieurs à lui', en est-il un seul qui, à la date de 1688, pût prétendre à quelque crédit
1. Par exemple, Varillas, Hisf. des Révolutions arrivées en Europe pour cause de religion, 1682, t. I. Les premiers ouvrages de Varillas avaient été uccueillis favorablement, même par les savants (cf. plus haut, p. 124, n. 5). Son discrédit ne date que de 1685 environ. (Voy. Bayle, Nouvelles de la Rép. des Lettres, 1686, janvier, art. 1; octobre, art. IX.) — Maimbouro, Histoire du Wicléfianisme, 1683. — En Angleterre, il avait été publié une Apology for John Wiclef, by Tu. James (1608j, une Life of John Wiclef {\ioi2).
2. D'autant que, parfois, Bossuet ne se croit pas, et avec juste raison, tenu de citer tous les auteurs qu'il a vus. Ainsi, touchant les Vaudois, il n'allègue, ou très peu s'en faut, que des auteurs du temps; mais il n'en est pas moins supposable qu'il a pris connaissance des ouvrages postérieurs. L. XI, n» Lxxix : « Quelques protestants ont voulu dire que Valdo était un homme de savoir... D'autres •protestants, au contraire, » etc. Cf. 1. II, no xxi, 1. VIII, n« xxxix, etc.
3. Fabricius, Centifolium Lutheranum; Le.nglet, Méthode pour étudier l'histoire; Ukert, Luthers Leben und Werke.