‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 89 sur 329 · L. XI, n" GLxxix. Il cite l'édition de Francfort · texte numérisé non relu

L. XI, n" GLxxix. Il cite l'édition de Francfort

2. Secke.ndorf {Commentariiis de Lutheranismo, 1688, cité par Hoff, Vie de Luther, 2« édit., p. 425) appelle les Colloquia : « librum minus caiife compositum aut vulgatum. » Un pasteur hollandais, Jean Verhegden, alla même jusqu'à dire qu'il s'y trouvait beaucoup de choses qui excédaient la licence accordée aux faiseurs de comédies. — Cf. Bavle, art. Luther, note l ; Le.\fant, Prései'vatif contre le changement de religion, t. I, p. 295; Bibliothèque Germanique, t. III, p. 203, etc. Voir plus loin, p. 534-535. — Sur les limites delà valeur historique des Co^Zoç7//rt, dans leur ancienne forme, et sur la nécessité d'une édition critique, voy. Juxdt, Annales de Bibliographie théologique, 1889.

de pacification'.)) Il les a lus sans doute ^, et, pour former sa conviction personnelle, il en profite; mais pourformer celle des autres, ce n'est pas sur eux qu'il se fonde. Car il se souvient aussi qu'aux yeux des protestants, tous ces édits rendus, entre 1559 et 1563, sous le nom de François II et de Charles IX, n'étaient point l'expression sincère et libre de la pensée et de la volonté du roi ; qu'ils avaient été inspirés ou rédigés soit par le cardinal de Lorraine, soit par les Triumvirs, leurs peu scrupuleux ennemis^ : — raison décisive, pour Bossuet^ de ne pas s'en servir. — Attentif à ne pas fournir à ses adversaires le moindre prétexte de s'inscrire en faux contre ses conclusions, il préfère chercher ailleurs des textes indiscutés. Voilà certainement ce qui empêche Bossuet de tirer parti d'informations utiles, mais dont la sincérité n'était pas reconnue par les intéressés*.

D'autres documents encore plus précieux sur la même période de l'histoire de France, ce sont ces nombreux écrits publiés par les Protestants à partir de la mort d'Henri II: requêtes au Roi, récits de la mort d'Anne du Bourg-, pamphlets contre les Lorrains, apologies de la

1. L. X, n» XLi. — Il existait plusieurs recueils d'édits et d'ordonnances, parmi lesquels celui de Pierbe de Bellov) (1599), qui contient les édits relatifs aux troubles de religion, et le recueil général de Fontanon, (1580 et 1611), t. IV, p. 264 sqq. (Catal. de la Bibl. de Bossuet, nos 253, 25i.)

2. Histoire de France, édit. Lâchât, t. XXV, p. 491, 495, 499, etc.

3. Voyez dans les Mémoires de Condé, édit. de Secousse, t. I, p. 360, la Réponse chrétienne et défensive sur aucuns points calomnieux contenus en certaines lettres envoyées aux baillifs, séiiéchaux et lieutenants du Roi (1560). On y proteste contre les « impudents mensonges » et la « déguisée façon de parier du cardinal de Lorraine.» Ihid., t. III, p. .324 : «Ces dépêches-là en toutes choses se font aujourd'hui à l'appétit des susdits. » De même, t. III, p. 602. Cf. Régnier de la Planche, édit. Mennechet, t. I, p. 177 : (La lettre du Roi aux Parlements après l'affaire d'Amboise) » représentait au vif la déguisée façon de parler du cardinal de Lorraine, pour ce qu'ils ne doutaient point qu'il n'en fût l'auteur, encore qu'il les eût fait trotter sous le nom de Roi.» Bossuet dit luimême {Hist. des Variât., 1. IX, n» xci) que «c'est le cardinal de Lorraine qui gouverna tout sous François II avec François de Guise son frère. » — Voy. du reste, sur les falsifications probables de plusieurs documents officiels du temps, A. DE RuBLE, Antoine de Bourbon, t. II, p. 202, 226; t. III, p. 233-234.

4. C'est apparemment la même prudence qui empêche Bossuet de tirer parti, touchant les Albigeois, des lettres d'Innocent III, dont naguère Baluze venait de donner une nouvelle édition.

conjuration d'Amboise ou de l'assassinat du duc de Guise. Rien de plus probant en faveur de la thèse soutenue par Bossuet, qui est de prouver la part prépondérante et directrice de la Réforme dans les insurrections de ce temps. Rien de plus propre à faire toucher du doigt le double mouvement, de défense à la fois et d'attaque, du Calvinisme français à cette époque, que ces pamphlets où la protestation plaintive des consciences opprimées s'exalte à chaque instant de l'espoir avoué d'une revanche prochaine\ Rien de plus convaincant pour ce que Bossuet appelle le « crime » des Réformés; — car ces persécutés, qui se flattent d'être bientôt maîtres, et, sans doute, persécuteurs à leur tour, étalent dans ces écrits leurs ambitions comme leurs g-riefs, avec une hardiesse candide, sans chercher à dissimuler l'enthousiasme qui frémit en eux, à la veille de la lutte sainte, prélude du juste triomphe des vrais «fidèles ».

Bossuet n'ignorait pas l'existence de cette littérature huguenote. Sans parler de celles de ces pièces qui existaient en manuscrit à la Bibliothèque du roi, et dont il avait pu voir, comme Maimbourg-, les «dix volumes infolio,» il connaissait peut-être le recueil imprimé désigné d'ordinaire sous le nom de Mémoires de Coudé ^. Dès ï Histoire de France du Daiiphin'\ il signalait l'intérêt littéraire de ces libelles. « Les meilleures plumes du royaume s'y employaient», dit-il, «et l'hérésie et la rébellion s'insinuaient ensemble avec la satire et les agré-

1. Voy. dans les Mém. de Condé, t. I, p. 412, la pièce intitulée : «Lespovres fidèles qui sont injustement diiïaraés et affligés par le royaume de France, à cause qu'ils désirent de servir purement à Dieu, sans se polluer aux superstitions de la Papauté; à tous ceux qui voudront leur prêter audience. » Cf. p. 352, 360, 469, 490, 584, 613; t. III, p. 213 sqq., 221; t. IV, p. 505, 511.

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