‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 88 sur 329 · Vie de Calvin · texte numérisé non relu

Vie de Calvin

4. Mém. de Gaspard de Saulx-Tavannes, rédigés au commencement du dixseptième siècle par son fils Jean. (Bibl. de Bossuet, n» 522.)

5. Florlmoxd de Rémond, La naissance, progrès et décadence de l'hérésie de ce siècle, 1605 (livres VII et VIII, sur le protestantisme français). — Belleforest, Les Grandes Annales et histoire générale de France dès la venue des Francs en Gaule jusques au règne du roi très chrétien Henry III (1579) (Bibliothèque de Bossuet, n»s 466 et 467); Histoire des neuf rois Charles (1568).

— François de Péguillon de BEALXAmE, Rerum Gallicarum Commentaria ab. a. 1461 ad a. 1580 (plus exactement 1567), 1625.

6. Encore qu'il ne soit pas << grand clerc » (édit. de Ruble, t. I, p. 4,4) et qu'il écrive non pour •< les gens de savoir, mais pour un soldat capitaine » (t. I, p. 28), MoNTLic ne laisse pas de présenter quelquefois sur les affaires politiques et religieuses des réflexions notables (cf. ibid., t. II, p. .388 sqq., III, p. 513, 521, etc.)

— Belleforest déclare tenir le récit de l'affaire d'Amboise de la bouche de

n'ait pris parti dans la lutte \ favorisé ouvertement le parti catholique^ et combattu les entreprises des Réformés — car Estienne Pasquier, lui-même, si modéré qu il paraisse, n'en était pas moins le conseiller de la maison de Lorraine et l'ennemi déclaré des nouveautés séditieuses — . Toutefois ils ont tous l'inestimable avantage d'avoir vu les choses de près ; leur animosité même peut souvent avoir été perspicace, et un historien, placé dans d'autres conditions que Bossuet, ne se fût pas privé de les admettre à témoignage, sauf à ne recevoir qu'avec de justes précautions leurs allégations sur le compte des protestants. Mais Bossuet, — il faut s'en souvenir, — n'est pas aussi libre qu'un historien". Les Variations sont un ouvrage de controverse en même temps et autant qu'un ouvrage d'histoire, et quoique Bossuet ait travaillé, comme nous le verrons, avec une loyauté et une précision vraiment

La Bigne, domestique de La Renaudie. {Grandes Annales, t. II, f. 1608, 1626. Cf. Hist. des neuf rois Charles, (p. 472, p. 529-5.30). — Sur les informations originales de Fi.orimo.nd de Rémo.xd, v. T.\mizey de Larroqle, ouvr. cité. — Sur le mérite de l'histoire de Fraxcois de Beauc.ure, écrite entre 1569 et 1589, voyez Lexglet, Mélh. hist. (1772), t. XII, p. 151; Le Gendre, Hist. de France (1718), t. I, p. 32; Bibliothèque historique de la France (1768), et D. Clément, Biblioth. curieuse (1750-1760), t. III, p. 51.

1. Successeur de Charles de Lorraine dans l'évêché de Metz, Beaucaire avait traité, il est vrai, les protestants avec modération {Hist. ecclés. des Egl. réformées, 1. XVI.) Voyez, cependant, un écrit intitulé : Ad calumnias et criminationes Fr. Belcarii, ministrorum metensium responsio, 1566, et Bayle, art. BEAL'CAtRE, Rem. F.

2. On en peut dire autant de Brantôme que Bossuet ne cite qu'à travers Bayle (1. X, n» xxiii), et pour le discuter du reste. Sur le genre de renseignement que Brantôme peut fournir, voy. Le Gendre, Hist. de France, t. I, p. 86; Leclerc, Bihlioth. du Richelet (1728), art. Brantôme; Anquetil, Espr. de la Ligue, éd. de 1779, p. lu-liii; Baranfe, Biographie zz/n'y., art. Brantôme. Jurieu le déclarait «le plus infidèle conteur qui soit au monde.» (Hist. du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 425, 441, 448). — Bossuet a néanmoins quelque mérite à se priver des secours de Brantôme, étant donné l'engouement dont ses mémoires récemment parus {Vies des Capitaines, 1666) paraissent avoir été l'objet à ce moment du dix-septième siècle. Cf. Sorel, Bibl. franc, 1664 et 1667, et Vignecl-Marville, cités dans l'Introduction de l'édition Mérimée et Lacour, t. I, p. 56 sqq., p. 64. Cf. Le Laboureur (Préf. des Mémoires de Castelnau et 1. 1, p. 393), qui en fait très grand usage.

3. Bossuet n'est d'ailleurs pas le seul de nos anciens historiens à pécher par excès de prudence vis-à-vis de ces documents partiaux. Voyez, par exemple, les réserves défiantes du P. Daniel dans la préface de son Histoire de France : « C'est contre les mémoires qui racontent les guerres civiles que l'historien doit principalement se précautionner, etc. >'

Md.

scientifique, à mettre en lumière la vérité des faits qu'il étudie, ce n'est pas pour le plaisir abstrait de redresser les idées fausses ou d'accroître les idées justes de ses contemporains en histoire : — il veut convaincre, il veut convertir les lecteurs auxquels il s'adresse. Cette ambition de l'apôtre lie les mains de l'historien; car il est d'une indispensable nécessité qu'aucun nom suspect, si possible, ne paraisse dans ses pages ' et n'inspire à un lecteur aux aguets une prévention, fùt-elle exagérée ou mal fondée. Bossuet doit, avant tout, ménager les préjugés de ses adversaires, veiller à ne pas ouvrir le moindre jour à leurs critiques, s'étudier à désarmer par avance les contradicteurs futurs de son histoire en n'alléguant que d'irrécusables témoins ^

Mais est-ce bien à cette préoccupation, louable malgré son excès, qu'il faut attribuer la sobriété parfois trop timide de Bossuet dans le choix des autorités qu'il adopte? — Il le paraît, en divers endroits, clairement. — En voici un premier exemple.

Dans cette longue étude que Bossuet poursuit, à travers ses six premiers livres, du caractère de Luther et de son activité religieuse et politique, il cherche curieusement, sous l'homme public, l'homme réel; derrière les manifestations extérieures de cette hardie et puissante intelligence, il veut saisir et tirer au jour les intentions secrètes et les motifs inavoués. Il ramasse donc avec le plus grand soin, dans les écrits publics du Réformateur et dans ses lettres, dans les écrits et les lettres de ses amis

1. L'historien protestant Jean Roo venait de flétrir violemment le P. Maimbourg, qui avait cité Bolsec sur Calvin : «L'auteur se devait faire... honte de la citation d'un Bolsec do7it le nom seul fait une réfutation en forme, etc.» Rem. sur l'Hist. du Calvinisme, p. 142 sqq. Cf. Burnet, Déf. de la Crit. de Varillas, p. 25 (sur Florimond de Rémond) : « Il était plein d'une si grande malignité à l'égard de la Réformation que cela seul fournit un préjugé légitime contre tout ce qu'il en dit. »

2. C'est ainsi encore que pour l'histoire des Frères de Bohême, il ne se sert que de trois histoires protestantes, celles de Joachim Camerarius, de Balthazar Lydius et de Rudiger, tous trois auteurs non suspects (cf. 1. XI, n" clxvii, clxix) ; il s'abstient de recourir à ^Eneas Sylvius, dont il ne cite qu'un seul passage, et sous le couvert de Lvmus, à qui il l'emprunte.

et de ses contemporains, tous les traits bons à dévoiler, jusqu'en son fond, cette àme instructive dhérésiarque. Or si un document lui pouvait révéler abondamment ce Luther intime qu'il est avide de pénétrer, c'étaient sans doute ces recueils de conversations familières, recueillies au jour le jour, avec une admiration attentive et dévote, par des amis respectueux. Bossuet connaît les Colloqiiia, car il lui arrive une fois de les citer, mais une seule'. Pourquoi ne fait-il pas un plus grand usage de cette source si riche d'information psychologique? On ne peut se l'expliquer que si l'on se rappelle qu'à la fin du dixseptième siècle, l'exactitude et l'authenticité des Colloquia étaient vivement contestées. Les luthériens ne furent pas seuls fâchés d'y voir s'étaler les faiblesses et les contradictions du Maître avec une témérité naïve, qui, à leurs yeux, le découronnait : tous les auteurs protestants s'accordaient à soutenir qu'il fallait bien se garder de juger Luther d'après des informations aussi viles ^

De même, pour étudier l'histoire des dissensions intérieures de la France sous François II et Charles IX, Bossuet avait, d'abord, à sa disposition les Edits, les Ordonnances et les Lettres patentes publiées en si grand nombre par le pouvoir royal durant ces troubles. Il semble que, pour se faire une idée exacte de la nature véritable de ces discordes civiles, on doive consulter, en premier lieu, les mesures législatives prises par le gouvernement d'alors en vue d'y mettre fin ou d'en prévenir le retour. « Pour voir le dessein de toutes ces guerres, — remarque Bossuet luimême, — il n'y a qu'à lire les traités de paix et les Edits

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