‹ BossuetChapitre 5 sur 30 · DU SUCCÈS DE UOSSUET PRÉDICATEUR · texte numérisé non relu

DU SUCCÈS DE UOSSUET PRÉDICATEUR

d'avoir le talent qui plaît. Que voulait alors le public;' De l'analyse morale, et encore et toujours. (>elle société légère, mais fine, était ravie de se i<garder, et d'ouïr parler d'elle. Et, à ce goût honi.èle, la prédication, elle aussi, comme la littérature et comme l'art, sentant qu'il fallait se prêter, servait à ees raffinés la morale « étudiée » dont ils raffolaient, et tenait, tout le temps, sous leurs yeux — l'expression est de Bourdaloue, — le « miroir ». Mais cela, il faut l'avouer, d'autres s'en acquittaient beaucoup mieux que Bossuet. Moraliste, il l'est sans doute, nous l'avons vu; il l'est profondément, — trop profondément, peut-être. — Il ne l'est pas avec ce parti pris de précision menue et d'actualité qu'on exigeait alors. Plus que les spectacles des péchés conteipporains, le fond intime, universel et permanent delà nature perverse l'attire. Suggérées par la réalité ambiante plus que copiées sur elle, ses peintures la dépassent. Il aime à descendre plus bas, jusqu'aux « racines », jusqu'au « tuf », comme il le dit luimême. Mais ces spéculations ont forcément un peu trop de général et d'abstrait; elles paraissent à l'auditeur frivole et pressé difficiles à suivre, difficiles à « appliquer » au prochain; elles intéressent beaucoup moins les gens de salon que ces sermons de Bourdaloue, dans lesquels, comme dit l'abbé d'Olivet, « la vie des hommes apparaissait peinte au naturel, dans un détail merveilleux », à travers un « tissu de caractères » où, selon le mot de Sévigné, « il ne manquait que le nom ». Or cela, c'était si bien ce qu'on voulait, que déjà au temps d'Anne d'Autriche Senault le faisait, avant Bourdaloue; qu'après Bourdaloue

vingt autres le firent, prodiguant les portraits jus- <|ii'à scandaliser Fénelon et jusqu'à dégoûter La Bruyère. Et ainsi s'explique-t-on comment, sans être aveugles au talent de Bossuet, ses contemporains n'ont cependant pas vu en lui l'éloquence « repré- .sentative » de leur idéal, la satisfaction complète de leur goût, ou si l'on veut, de leur manie.

Il est possible du reste (et c'est ce qu'autorisent à croire, dans les sermons de 16G6 à i66y, quelques passages longs et soignés de psychologie plus descriptive) que Bossuet eût consenti à de plus larges concessions aux exigences de ses auditeurs, si, dans ce même temps, une autre préoccupation n'était venue le distraire de la prédication : celle de la controverse avec les Protestants.

Du moment où Louis XIV prit en main les affaires, son intention arrêtée de détruire le protestantisme en son royaume se manifesta chaque année par de nouvelles preuves. Mais si, à ce dessein, les catholiques les plus éclairés même et les plus honnêtes applaudissaient, ils estimaient pourtant que les mesures contraignantes de la politique devaient être précédées d'une suprême tentative de persuasion. De là une renaissance, à partir de 1662 environ, de la controverse. Les congrégations rivalisent de zèle avec le clergé séculier, les Jansénistes avec les Jésuites.

Pour s'associer à cette œuvre, Bossuet n'avait pas

besoin d'autre motif que l'intérêt présent de l'Eglise. Ce fut toujours — disons-le une fois pour toutes, car il faudrait le répéter trop souvent — sa règle, d'abandonner ses occupations, quelque chères et quelque convenables qu'elles lui fussent, pour courir au plus pressé et se placer au poste où son action paraissait plus nécessaire. Cependant il est hors de doute que les conseils et les exemples des docteurs de Port-Royal, avec lesquels, nous l'avons vu, il entrait alors en relations, n'aient contribué à l'engager à fond dans une dispute où ils faisaient merveille avec ce tour d'esprit « mâle, vigoureux, animé, caractère de leurs livres et de leurs entretiens * ». Spontanément, Bossuet, en 1669, apporte au premier tome de la Perpétuité de la Foi de Nicole et d'ArnauId le suffrage de son admiration. Pendant que ce grand ouvrage se poursuit, il en confère avec les auteurs. Il recommande hautement aux fidèles tous leurs autres écrits de controverse. Il prend le& conseils de Félix Vialart, prélat janséniste, sur « les moyens de procurer la réunion des religionnaires ». C'est aux côtés des Jansénistes qu'il se place tout d'abord dans cette dernière campagne que le clergé catholique mena, jusqu'après i685, contre le protestantisme condamné.

Et certes, dès 1670, à cette croisade théologique, ce n'était ni la science ni l'éloquence qui manquaient. Ni même l'intelligence. Une tendance s'y marquait très vivement à simplifier la dispute. Aux premiers jours du schisme, la colère des deux partis

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