‹ Bossuet anatomiste et physiologisteChapitre 16 sur 18 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Bacon a classé les hommes en trois catégories : les uns qui ressemblent à la fourmi qui ramasse tout sur son chemin, mais qui n’invente rien ; les autres, à l’araignée qui tire tout de son propre fond, mais qui ne tisse qu’une toile fragile ; les derniers, enfin, à l’abeille qui vole, de fleur en fleur, pour puiser dans le calice des plus belles et des plus parfumées, le nectar dont elle compose, après s’en être abreuvée, un miel délicieux. Bossuet ne peut évidemment être rangé que dans la première de ces trois catégories : il n’a pas ouvert ni ensemencé pour en faire jaillir de nouvelles moissons, le moindre sillon dans le champ sans borne de la science où il s’est un jour aventuré par hasard et complu un instant. Ses droits à la reconnaissance de la postérité n’en sont pas pour cela moins valables, moins imprescriptibles. Ce n’était pas sous le règne de Louis le Grand, chose banale et facile comme aujourd’hui, d’écrire en français, dans une langue, claire, concise et méthodique, un livre d’anatomie et de physiologie résumant exactement l’état présent de ces deux sciences, et d’oser parler en philosophe désireux de penser sa foi. Et parmi tant d’œuvres qu’a laissées l’éloquent prélat qui est une des plus pures gloires de la France et de l’Eglise, œuvres merveilleuses et solides, robuste entassement d’assises de granit duhautduquel resplendit sa renommée, La connaissance de Dieu et de soi-mème est un des plus curieux et des plus utiles. On voit s’y dessiner la tendance d’un esprit, averti par une Foi,

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servie par du génie des bornes du savoir et sollicité par l’énigme du mystère qui nous entoure.

Pour commenter éloquemment la nature humaine il faut commencer par apprendre à la bien connaître. Il ne faut pas en juger par ce qu’on en ignore, mais par ce qu’on en sait et surtout par la manière dont on le sait. Bossuet l’a parfaitement compris. Et ce n’est pas un des moindres mérites de ce virtuose incomparable de la parole, doublé d’un exégète d’une impeccable orthodoxie et d’une rigueur de doctrine dont l’intolérance inquiétait ceux-là mêmes qu’édifiait sa fervente piété, que d’avoir tenu à rassassier ses yeux du spectacle de nos organes pour essayer d’arriver à dénombrer et à analyser les forces de ce conscient qui habite en nous et dans lequel il a placé si volontiers une parcelle d’une Intelligence suprême dont la Sagesse, la Justice et la Bonté, aussi inépuisables que l’Activité créatrice, ne nous garderait pour éternelle preuve de sa Toute Puissance que la nuit impénétrable et sans fin du tombeau.

Q’importe qu’il ait ou, qu’il n’ait pas atteint le but qu’il s’était proposé, en procédant comme il l'a fait, c’est-à-dire en montrant que le contingent présuppose le nécessaire, que ce qui commence implique l’éternel, ce qui change, ce qui est imparfait et pâtit, l’Être par soi immuable, souverainement parfait et heureux, source et objet de tout amour. Chaque tentative de la pensée vers l’inconnu et même vers l’inconnaissable est louable, quels qu’en soient les résultats. Le rêve irréalisé n’en conserve pas moins sa beauté; l’entreprise, son utilité et sa noblesse.

L’illustrissisme et Révérendissisme Seigneur, Monseigneur Jacques Bénigne, évêque de Meaux, conseiller d’Etat, membre de l’Académie française, précepteur de M. le Dauphin, premier aumônier de Mme la Duchesse de Bourgogne, n’en a pas moins tenté le suprême effort, celui de la créature bornée, de saisir l’infini et l’éternel en s’appuyant sur le fini et le mortel qui tombe sous les sens. 11 n’en a pas

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