‹ Bossuet et le jansénismeChapitre 14 sur 15 · MO · texte numérisé non relu

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il s'enfonce ; et alors il perd la pudeur de la bonne foi. Voilà la contradiction. Que ceux qui n'ont jamais connu d'hommes de ce caractère déclarent cette explication invraisemblable l) ».

Citons encore quelques lignes : « Bossuet a mis, dit-on, trop d'àpreté dans la lutte : il n'y a mis que le nécessaire ; nous oserons même dire qu'il y a mis de la modération : la preuve en est qu'en présence des faits, on a souvent de la peine à retenir des expressions plus flétrissantes *) qui paraissent justifiées par les actes et les écrits de l'adversaire. Devait-il plus de ménagements à un confrère qui profitait de tout et se faisait des armes même des concessions qu'on lui avait nettement refusées comme si on les lui eût accordées? Non ; puisque Fénelon voulait vaincre à tout prix, et qu'il était capable de vaincre malgré tout, il ne fallait lui laisser aucun refuge ; et encore n'était-on jamais sur qu'il ne s'échapperait pas des filets les plus fortement tissus de faits et de raisonnements :i) ».

Mais il ne faut pas se contenter, comme dit M. Crouslt lui-même4), «de n'entendre qu'un parti». A ces extraits du livre d'un adversaire, ajoutons une page du livre d'un ami. Au lecteur de juger si au fond, ils ne seraient point d'accord : « Que penser, dit le P. Longhaye, S. ]., dans son excellente Histoire de la littérature française B), que penser des deux illustres antagonist

*) M. Le Roy, Op. cit. , ne les a naturellement pas retenues sous sa plume, et il faut convenir que pour le tond il est dans le vrai.

3) II, p. 488.

*) Ibid. p. 469.

5) Tome 111, p. 360, Notons cependant que le P. Longhaye, approuve J. de Maistre blâmant Bossuet c étranger de sa personne aux doctrines de Port- Royal, de les avoir tiaiiées avec indu'gence ». Nous avons vu ce qu'il faut penser des étonnements du célèbre écrivain.

Quant à dire que dans la lutte contre le jansénisme, Fénelon * supplée

Nous assistons au duel de la force et de la souplesse. D'un côté l'éloquence du magistrat, nette, puissante, incisive, sagace à débrouiller les subtilités, inexorable à les poursuivre ; de l'autre, celle de l'avocat, fertile en réponses, intarissable en explications qui se renouvellent sans relâche, se transforment, se remplacent les unes les autres, et par moment, ont un peu l'air de se contredire. Fécondité merveilleuse, trop merveilleuse en somme et jusqu'à devenir inquiétante. Nous inclinons à dire avec Bossuet : « M. de Cambrai a de l'esprit à faire peur » ; oui, peur, sinon pour la droiture formelle de son caractère, au moins pour la sincérité absolue de sa pensée, mais plus encore pour la bonté de sa cause, laquelle est jugée d'ailleurs. Le plaideur prestigieux ne s'éblouit-il pas lui-même de ses finesses? Ne s'évanouit-il pas dans ses arguments poussés quelquefois à l'argutie? La vérité, la vérité religieuse surtout, s'accommode-t-elle à ces infinis détours, de ces distinctions à outrance, de ces volteface soudaines ? A force de jouer avec sa propre puissance, le talent même y perd. De ce chef, d'Aguesseau jugeait Bossuet et Fénelon plutôt égaux que semblables. Egalité pour le moins douteuse ; car s'il faut choisir entre deux génies, comment ne pas préférer au plus brillant le plus vigoureux et le plus franc d'allure, celui qui d'instinct et de premier mouvement, va pour l'ordinaire au simple, au solide, au vrai?

« Mais l'éloquence et le génie pèsent ici peu de chose au prix de la doctrine, des procédés, des senti-

pour sa part à ce qui manque dans l'apostolat de Bossuet » c'est, comme nous l'avons marqué, brouiller les époques. Comment l'auteur, qui marque cependant pour cet apostolat de Fénelon les dates de 1702 à 17'4> ne s'erl est il pas aperçu ? Il fallait ne rien ajouter à cette phrase seule exacte : « Le vaincu d'hier... prend de fait la succession glorieuse de son vainqueur ».

ments , de l'âme. Jadis , on donnait tons les ton à Bossuet ; aujourd'hui les plus avances ne veulent lui en reconnaître; à peu près aucun. C'est beaucoup prétendre. L'évêque de Meaux a pour lui un fond plus sur de raison ; il a le sens pratique, le coup d'œil net sur la conséquence, le zèle. Mais quelle complaisance pour son tirs peu digne neveu, pour ce prêtre médiocre qui, dans sa correspondance, traitait Fénelon de « bète féroce et demandait matière à le diffamer; quelle hauteur dominatrice à l'égard de Rome ! La critique a beau changer la direction de ses sympathies ; elle n'empêchera pas tout-à-fait qu'on ne le plaigne d'avoir mené'1 loin les personnalités dans la Relation sur le quiétisme. Notons-le toutefois : le grand homme paraît irréprochable au début. C'est peu à peu que la chaleur du combat le gagne, que le dépit d'en être toujours à recommencer avec le plus insaisissable des adversaires, lui ôte en quelque mesure la possession de lui-même. L'opinion l'a considéré longtemps comme un oppresseur. Fénelon lui-même n'a cessé de se poser en victime et sans doute il pensait l'être. Illusion d'une nature trop impressionnable. Par une marche inverse, le défenseur indiscret de Mme Guyon, l'auteur des Maximes des Saints, a le bonheur de finir beaucoup mieux qu'il ne commence. En attendant l'heure décisive, l'heure glorieuse de sa soumission, deux choses font et feront toujours peine à ses admirateurs.

« Et d'abord son attachement à une visionnaire que cent raisons devaient lui rendre suspecte. Pourquoi s'obstiner à la couvrir ? Pourquoi refuser d'approuver le livre de Bossuet (Instruction sur les états d'oraison), plutôt que de paraître condamner une femme qui

s'était condamnée elle-même: Le second point gênant, pénible, c'est sa conduite envers son protecteur, envers son ami de la veille. Impossible d'y contredire : à la naissance de la querelle, et assez longtemps encore, Fénelon n'a pas le beau rôle ; il laisse à Bossuet l'avantage des procédés. Le contraste choque et fait souffrir, entre les promesses réitérées d'une soumission universelle, enfantin ', aveugle, et la résistance désespérée qui va suivre. Comment gagne-t-il de vitesse Bossuet, après s'être engagé à ne point publier les Maximes que les Etals d 'oraison n'eussent vu le jour :... On l'a vu du reste : il se croit opprimé par Bossuet. Cette idée fixe le hante, et si l'on est, grâce à Dieu, à jamais incapable de démontrer qu'elle tourne en haine, il est certain qu'elle l'engage dans des manœuvres trop habiles pour isoler M. de Meaux de ses deux auxiliaires, MM. de Paris et de Chartres.. .

« Qui s'étonnera de ces taches ? est-il si facile aux meilleurs de dépouiller absolument tout amour-propre? et celui-là ne serait-il pas un saint de premier ordre, qui, dans la situation de Fénelon, eut refusé la polémique ou s'y serait montré de tout point irréprochable ? Il faut le redire : ceux qui lui sont sévères lui font en vérité erand honneur *) ».

i) Voir aussi dans les Etudes des PP. Jésuites, 15 décembre 1895, un article du P. Boutié. Mais c'est une réponse a côté : aucun des flagrants délits iïinsineérité (il est convenu que pour Fénelon on n'emploiera pas le mot propre) de l'archevêque de Cambrai constaté par M. Crouslé n'y est discuté, ni même examiné. Par contre cet article contient une trouvaille : c'est par patriotisme (le mot y est) que Fénelon intrigua si énergiquement pour rentrer à ta cour et en grâce.

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