Chapitre I
Doctrines de Bossuet qui semblent être dans le sens du jansénisme.
Sur le fait et le droit. — La surnaturalité des dons de la grâce et de la gloire. - Le libre-arbitre. — La doctrine iW> Bossuet sur la grâce. — Sur la chanté et la cupidité. — Sur la loi mosaïque, sur l'excommunication et sur les persécutions de l'Eglise; sur la corruption de l'Eglise. — Le rigorisme de H >ssuct.
I. On objecte que Bossuet, sur la question du fait dans l'affaire du jansénisme, a cru que Clément IX axait
toléré chez les quatre évêques, l) la distinction du fait et du droit, comme l'exprime sa lettre au maréchal de Bellefonds. 2> On reproche encore à Bossuet de n'avoir pas cru l'Eglise infaillible sur le fait de Jansénius : à la fin même de sa vie quand on lui parla du livre de Fénelon qui établissait l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits doctrinaux, il aurait dit : « L'archevêque de Cambrai est « un esprit extrême, qui outre tout. » 3|
A ces accusations nous répondrons qu'en effet on ne doit pas admettre la tolérance sur la question du droit et du fait. "• Mais Bossuet voulait qu'on admit le fait d'une adhésion intérieure; on le voit même dans sa longue lettre aux Religieuses de Port-Royal. B) Il s'éleva constamment contre cette distinction du fait et du droit: il la condamne dans l'assemblée de i 700 ; il la réprouve dans sa lettre à Fénelon (sous le nom d'un docteur) de 1697. Seulement Bossuet crut que Clément IX avait toléré cette distinction lors de la Paix de 1669. Ce fut chez lui une erreur innocente causée par ce qu'il y avait d'embrouillé dans la connaissance de plusieurs points relatifs à cette affaire. G) Je ne dirai pas, avec l'éditeur de la Correspondance de Fénelon, 7) que la vérité n'a été bien connue en France que depuis la publication de
1) Lors de la Paix de l'Eglise. Cfr. Picot, Introduction, 1, p. 46.
2) Lettres diverses, 52.
3) Journal de Le dieu, 11, p. 89.
*) Voir la Bulle Auctoremfidei, prop. 13 et GlLLET, Tr. de la Grâce, V 146.
5) Loc. cit.
6) Aujourd'hui encore qui saurait la tirer au clair? c On conçoit, dit à ce propos Freppel, op. cit. 11, 260, qu'avec des dispositions tout ensemble si lermes et si pacifiques, Bossuet ait déploré vivement les tristes divisions que le jansénisme avait fait naître dans l'église de Fiance. Aussi salua-t-il avec joie la Paix de Clément IX dont la mansuétude pastorale semblait devoir mettre un terme à ces funestes débats. »
1) Corresp, de Fénelon, t. 8, p. 578.
V Histoire des 5 propositions ; *) je dirai plutôt : cette histoire est si obscure qu'un jésuite peu suspect, ') le P. Daubcnton , écrivant de Rome à Fénelon3) en ////, témoignait avoir lui-même des difficultés à bien voir comment il n'y avait eu aucune tolérance. Si ce jésuite, vivant à Rome, mêlé intimement à toute cette affaire, en était là en 1 7 1 1 , on comprendra bien facilement que Bossuet put avoir cette idée 30 ou 40 ans plus tôt. 4>
Quant au second reproche de n'avoir pas cru l'Eglise infaillible sur le fait, nous nous bornerons à dire ceci : s'il est vrai que Bossuet ne l'admettait pas, il ne faut pas oublier, premièrement que Bossuet exigeait du moins, sur le fait, une soumission entière et absolue; et secondement qu'une théologie exacte ne peut faire un crime à Bossuet d'avoir eu cette opinion sur un point que l'tiglise n'avait pas défini. 5)
II. Bossuet, objecte-t-on encore, paraît dire que la béatitude surnaturelle est le motif essentiel de la charité et de tout acte humain. 6) On en conclut qu'il devait admettre la béatitude surnaturelle comme essentielle à la nature humaine, la grâce comme nécessaire à la nature, et par conséquent, avec Baïus, confondre les deux
1) En 1699. — Ou reste d'après l,e Dieu, Journal, I. 361, même après la lecture de ce livre, Bossuet avait encore la même idée.
2) Et de plus très au courant de toute l'affaire. 9) Corresp. de Fénelon, 111, 300.
4) L'arrêt du conseil que cite le I'. d'Avrigny (4 mai 1676) semble supposer que le Conseil royal croyait aussi que Rome avait eu quelque condescendance à ce sujet.
s) MM. Gosselin, Lequeux, Mém. «le Picot (t. 7, p. 3S7.) Maynard, Bibl. cath. 19, 404; Sisson, Ami de la relig., t. 170, p. 770); fager (in. p. 742) n'ont pas apporté la précision théologique désirable sur ce point délicat. — Quant à ce (pie dit M. Davin (Monde, 31 août 69 in fine) c'est comme d'habitude une assertion injurieuse et s.ins preuves. Cfr. plus haut la parole de Mgr l'reppel.
8) Voir son Instruction sur les étitts (Poraùon, 1. 10, N'° 29.
ordres; l) Fénelon 2) va jusqu'à dire que Bossuet refusa de répondre aux questions3* qu'il lui fit en 1697 sur cette matière, en alléguant pour raison de son refus que l'archevêque de Cambrai pouvait, avec ses réponses, lui faire des affaires à Rome. 4> M. Gosselin, 6) plus juste que Fénelon, ajoute que • sans doute Bossuet était bien éloigné de vouloir soutenir ou même favoriser les erreurs formellement condamnées par le S. Siège, mais qu'il pouvait être dès lors embarrassé comme il a toujours paru l'être depuis, sur les moyens de concilier ses principes de spiritualité avec la véritable doctrine sur les matières de la grâce. 6)
Il est encore facile de répondre à ces reproches qu'une théologie précise n'a point formulés. En effet, premièrement, Bossuet, dans les passages incriminés, veut dire seulement que de fait, dans l'état réel et présent, le motif de la béatitude surnaturelle se trouve joint et uni au motif du pur amour. Il ne prétend nullement que ce motif de la béatitude surnaturelle soit essentiel et nécessaire en tout état possible. T> Or, deuxièmement, il est permis de dire que la béatitude surnatui'elle est la fin naturelle de l'homme, pourvu qu'on tienne que cette béatitude est surnaturelle dans les moyens de l'acquérir, que son acquisition suppose les dons surhumains de la grâce, de la lumière de gloire. 8) Prétendre, avec Rohr-
1) Fénelon, dans Gosselin, Analys: de la contr. du quiêtisme, N" S4 et Corretp. t. VIII, 574; Rohruacher, 1. 88, § 4, p. 299 du t. 26.
2) Lettre sur le quiètistne, lettre 258, t. VIII, p. 46. 8) Ou'on trouve dans ses œuvres, t. IV, p. 135.
4) Que les admirateurs de parti pris de Fénelon remarquent l'odieux de cette insinuation.
5) Note de la lettre 25S de la Correspondance sur le quiètistne. 8) ROHRBACHER t. 26, p. 292, 324, 1. 88, § 4 et 5.
'J Voir sa Réponse aux ./ lettres de M. de Cambrai, N° II. 8) Cfr. Gillet, Traité de Dieu créateur, passim.
bâcher, que Bossuet n'avait pas une idée nette sur la distinction des deux ordres, est une étrange témérité. l) Bossuet se soumettait à la huile contre Baïus : mais fautil l'entendre dans le sens de beaucoup de scolastiques modernes, ou dans le sens d'un grand nombre d'augustiniens très éclairés? Bossuet pouvait hésiter, avec bien d'autres, sans confondre les deux ordres. *)
III. On a parlé de l'affinité existant entre le thomisme professé par Bossuet et le jansénisme, et Joseph de Maistre a osé dire que jamais un thomiste ne poursuivra le jansénisme comme ennemi. 3> On a été jusqu'à dire 4> que le livre du Libre arbitre de Bossuet est un des plus dangereux qui puisse tomber entre les mains d'un jeune homme, qui n'a pas une forte doctrine. L'exorde du 2e sermon pour la Toussaint, suivant d'autres, favoliscrait la 38e proposition de Baïus. Enfui beaucoup sont étonnés de voir Bossuet, dans Y Avertissement sur le livre (As Réflexions morales^ § 19, justifier sur la faiblesse de l'homme sans la grâce, deux textes de Quesnel condamnés plus tard par la Bulle Unigenitus. 5»
L'accusation contre le thomisme n'est pas admissible: on peut ne pas être thomiste, mais c'est une doctrine autorisée; Fénelon lui-même 6) montrait le péril qu'il y avait à l'attaquer. 7) Celui qui connaît la vraie théologie
•) Le V. Cailhuid dit avec malice qu'il faut être fort en théologie pour aftïrniHr que Bossuet manquait d'idées claires sur la distinction de la nature et de la ^ràce. (BibliogT. cath.^ VIII, p. I 1 6).
'-') Cfr. GlLLET, Traite de Dieu créateur, X" 651, 905; et Traite Je la grâce, \" 20S.
:|) Horresco referens] ... mais c'est bien comme cela! De F Eglise gallicane, 1. 2, ch. Il, à la tin.
*) Guitton.
'I Prop. 39 et 4t.
6) Correspondance, t. I, p. 83. Lettre 21.
') Sur les affinités entre le thomisme et le jansénisme, cfr. MontaonE, 1, 333 (ou X du Cursus de Mij^ne.)
sur les forces du libre arbitre ne verra aucun excès janséniste dans l'exorde incriminé, ni celui qui a la science du cœur humain. l) Enfin, pour la dernière objection, J) il faut d'abord remarquer que Bossuet parlait ainsi longtemps avant la condamnation de Quesnel. Mais de plus il faut observer que le grand évêque ne défend pas ces textes dans le sens janséniste, sens qui est celui que la Bulle a condamné : il suffit pour s'en convaincre de lire ce passage même de Y Avertissement. La question est plutôt de savoir si Bossuet n'aurait pas cherché à expliquer dans un sens catholique des textes qui avaient été écrits dans un sens janséniste. Or on ne le prouve point et nous pouvons prouver le contraire.
Pour le bien comprendre, rappelons-nous que Clément XI lui-même dit, dans sa Bulle, que Quesnel a caché le poison sous le miel; rappelons-nous plusieurs hommes considérables, peut-être même le P. de Lachaise3) et Clément XI, 4) axaient eu une impression favorable en lisant plusieurs passages du livre du P. Quesnel. Dans les commencements, Bossuet et beaucoup d'autres ne soupçonnaient pas Vint 'en lion janséniste du livre en question 5) : ils s'édifiaient de ce qu'ils y voyaient de beau et de bon, 6) et quant à ce qu'ils y trouvaient d'inexact, ils agissaient comme on le fait en lisant les
i) Cfr. C.illet, Traité de la grâce, N° 470.
2) Cfr. aussi Ibid. N° 511.
s) 11 paraîtrait que le P. de Lachaise lisait le livre de Quesnel pour sa lecture spirituelle, l'évêque d'Agen (Hébert) le rapporte. Cfr. cependant Le Roy, op. cit. p. 12, note 3.
«) Cfr. Gillet, Tr. de la grâce, N" 1 53.
5) Ne peut-on du reste pas se demander encore si Quesnel a vraiment eu cette intention ? On fut trente ans à s'en apercevoir, comme le remarque Noailles dans une lettre à l'évêque d'Agen.
6) Aujourd'hui encore ceux qui le lisent sans parti pris pensent-ils autrement?
Si —
livres d'écrivains pieux, mêlés de certaines inexactitudes;1) ils disaient encore que dans un tel livre il ne fallait pas chercher la précision théologique. 8) C'est là ce qui explique ces paroles s) de Bossuet : « ... On s'en avise bien tard, après que ce livre a passé sans atteinte durant feu M. de Paris (Harlay), et après cinq ans d'approbation de celui-ci (Noailles) comme évêque de Châlons. »
Le désir de soutenir son ami l'archevêque de Paris contre le livre séditieux du Problème 4> portait encore Bossuet à chercher à donner un sens orthodoxe aux passages qu'il en jugeait susceptible. C'est ainsi que Fénelon et ses amis, spécialement les jésuites, s'efforçaient d'entendre et de justifier dans un sens orthodoxe les textes des Maximes des saints que le bref d'Innocent Xll condamna dans la suite. Ce ne fut que bien plus tard que l'on connut bien la vraie pensée du livre :1e Quesnel dans beaucoup de passages qu'on avait d'abord entendus d'une manière orthodoxe. Une lettre du grand vicaire de Bossuet, l'abbé de S. André, porte que Bossuet s'apercevant que Quesnel se refusait à faire certaines corrections, dit qu'il fallait donc que V auteur eut encore des sens en vue qu'il ne manifestai! pas. '") Il est à remarquer aussi que Fénelon lui-même et son ami l'abbé de Langeron ne croyaient pas qu'on pût convenablement condamner certaines propositions de Ques-
i) Je me charge de trouver, dans beaucoup d'ouvrages de piété modernes, des erreurs condamnées par l'Eglise. Je dis cela même <ie ceux écrits par des prêtres, mais surtout de ceux — et ils abondent — écrits par des femmes. Et que dire des entretiens spirituels de Supérieurs de communauté <|iii tirent toute leur théologie d'écrivains protestants! Que ne lisent-ils plutôt Mossuet !
2) Lettres diverses de Fénelon, 237.
3) Lettre 416 sur le quiétisme.
4) Cfr. page 19.
6) Mém. de Picot, t. 7, p. 4}S.
nel susceptibles d'être entendues dans un bon sens, ') et cependant la Bulle Unigenitus eut plus tard de justes motifs de les condamner.
Sans doute dirons-nous en terminant ce paragraphe, Bossuet en cette circonstance, n'a peut-être pas eu toute la clairvoyance possible; 2) mais cela ne le convainc pas de connivence et de volontaire et coupable imprévoyance. Combien d'autres ont agi de même dans les mêmes circonstances. N'ayons pas deux poids et deux mesures.
IV. Sur la nécessité de la grâce, on a reproché à Bossuet les erreurs dont nous venons de parler, mais sans aucun fondement, nous l'avons vu, et nous n'ajouterons rien à ce sujet.
Sur X efficacité de la grâce, Bossuet s'efforce de défendre un passage de Quesnel qui est la 10e proposition proscrite par la Bulle Unigenitus. Fénelon, dans une de ses lettres, a dit ceci : « Le P. Serry 3) . . . loue M. de Meaux d'avoir dit que la grâce par sa nature porte nécessairement son effet; que c'est celle des Protestants et qu'ils n'ont eu de tort qu'en soutenant qu'elle ùtait la liberté. » Enfin sur la grâce inefficace, suffisante, Bossuet prend également la défense d'un texte de Quesnel condamné par la bulle Unigenitus, proposition 2e. *)
Répondons, préalablement, par la réponse déjà faite6) que Bossuet parlait avant la condamnation de Quesnel.
i) Correspondance, Lettres div., 111, p. 176, N° 153. — Si le P. Daubenton avait su cela il aurait parlé autrement, lettre 272 des Lettres diverses de Fénelon.
2) Cfr. Ctillet, Traité de PEglise, N" 1587, t. 11, p. 77. — Je cite ici et plus bas les mss. originaux, conservés à St. Sulpice comme je l'ai marqué, de préférence aux copies, plus ou moins complètes et exactes, que possèdent plusieurs anciens élèves de M. l'abbé Gillet.
3) Le célèbre dominicain.
4) Cfr. Y Avertissement, § 14.
&) Cfr. Gillet, Traité de la grâce, 2e part.
FYMielon et l'abbé de Langeron confirmeraient au besoin cette observation. l) Pour ce que dit Serry, M. Ciosselin Lui-même observe que Fénelon rapporte cette imputation sans y souscrire en aucune manière. Autrement, {irises à la lettre, les paroles de Fénelon iraient à prouver que Bossuet admettait la grâce des protestants : ce que personne n'osera prétendre. 2)
Par rapport à la grâce inefficace et suffisante, qu'on lise le passage en question (§ i 4) de X Avertissement tant cité de Bossuet et Ton sera convaincu qu'il n'y défend point le texte des Réflexions morales dans le sens où la Bulle l'a si justement condamné dans la 2e proposition. Bossuet croyait pouvoir justifier l'approbation de Noailles en entendant le texte de Quesnel dans un sens que rien ne lui prouvait encore n'être point le vrai. Il y a donc lieu d'appliquer ici les principes déjà précédemment énoncés.
V. La doctrine de Bossuet, disent encore ses adversaires, doit le pousser à dire avec Baïus qu'il n'y a point de milieu entre la charité et la cupidité. Ils ne voient point comment Bossuet pouvait arranger la proscription de l'erreur du docteur de Louvain avec les principes établis par le grand évêque sur la merceuarité (qu'on excuse ce barbarisme théologique) des justes imparfaits; comment il pouvait répondre à la difficulté que Fénelon lui faisait. Ce dernier voulait que la mercenaritéde ces justes fut un amour naturel innocent, Bossuet niait l'in-
') Lettres diverses, N° 153.
*) Il faut bien convenir qu'ici, comme en bien d'autres endroits de sa Cor* respondance, Fénelon, si vertueux qu'il ait pu être, est toujours sous l'impression du souvenir des luttes de Bossuet contre lui dans la question du quiétisme.
nocence de cet amour. Fénelon lui objectait qu'alors il n'admettait donc pas de milieu entre la charité et la cupidité, qu'il ne voyait donc que péché dans les actes naturels des infidèles. l)
Enfin on dit encore à propos de la doctrine de Bossuet sur la charité, que flans X Avertissement, il cherche, au § 20e, à justifier les textes condamnés par les propositions 51 et 56 de la bulle Unigenitus.
Nous répondrons que Fénelon, et à sa suite M. Gosselin, pressent trop les conséquences et vont plus loin qu'une logique et une théologie exactes le permettent. En effet, de ce que Bossu* 't voyait quelque faute dans ces actes de mercenarité, il ne s'ensuit pas qu'il dut déclarer vicieux tous les actes qui ne sont pas la charité; en second lieu l'Eglise n'a point condamné absolument et sous tous les rapports l'idée que les actes des infidèles ne sont pas sans péché, que toute acte appartient à la cupidité ou à la charité. 2) Qu'on lise et médite, pour s'en convaincre la Bulle Auctorem fidei, 3) ou Vasquez, 4) et les textes recueillis par Berti. b)
Enfin pour les textes condamnés par les propositions 51 et 55, nous renvoyons aux observations précédentes, ajoutant seulement cette réflexion faite un jour devant nous par l'homme le plus opposé au jansénisme qu'on puisse imaginer : « On finira par trouver le jansénisme
1) Œuvres de Fénelon (éd. de Versailles) t. IV, p. 146 et 150; t. VI, p. 55; Correspondance, t. Vil, p. 370; t. VIII, p. 46, 374 et 574.
2) Cfr. Gillet, Traité de la grâce, X" 470 et 509. 8) Propos. 23, 24.
4) lu I. 2. D. 190, N° 176 et seq.
6) Berti, op. cit. — Mou Dieu, ajoute à ce propos le P. Gillet, qu'on a besoin de théologie complète et exacte avant d'écrire sur ces matières et qu'elle est rare de nos jours ! - Cfr. Legrand, à la fin de sa lettre reproduite dans Migne, Curs. compl. t X.
jusque dans le Bréviaire romain, à cause de l'homélie de la Vigile des Apôtres sur la charité. »
VI. Plusieurs se sont imaginés voir, dans le pi&mier sermon de Bossue! pour la Pentecôte, les erreurs condamnées dans les propositions 6 — 8 de la Bulle Unigenitus. Disons seulement que Dom Guéranger, adversaire ici de Bossuet, ne paraît pas avoir suffisamment connu la forte théologie dans ce qu'il dit à ce propos dans ses Institutions liturgiques* l)
Dans V Avertissement aux Réflexions morales i? 22, Bossuet essaie de justifier les paroles que la Bulle Unigenitus a condamnées, prop. 91 et 92.
On a su plus tard que Quesnel, dans ces textes, voulait désigner l'excommunication et les peines ecclésiastiques portées contre les jansénistes. *) Mais Bossuet ne le savait pas, et crut que Quesnel ne voulait que proposer une doctrine qui a paru aux Pères d'une grande utilité en certains jours d'épreuves. C'est tout ce qu'il veut dire. 3> Cependant remarquons que le dernier alinéa de ce ij 22 montre que Bossuet axait compris. même à cette époque, que certains passages des Réflexions morales sur cette matière devaient être adoucis. L'abbé de S. André, son grand-vicaire, écrivait à l'archevêque de Sens, Languet, que plusieurs docteurs de ses amis et même M. de Meaux, croyaient qu'il fallait adoucir beaucoup d'endroits qui regardaient le dogme, et d'autres où il (Quesnel) répétait avec une affection trop marquée des choses qui affaiblissaient l'autorité des
') Tome 11, p. 119, 120, 327, 3S1.
-') Languet, y lettre.
9J Cfr. Méditationes, La Cène, 2* partie. XVII,
Supérieurs et ébranlaient la subordination des ordres inférieurs.
Quesnel s'y refusa et l'abbé de S. André ajoute que Bossuet l'ayant su, répéta qu'il fallait donc que l'auteur eut encore des sens en vue qu'il ne manifestait pas. L'abbé de S. André dit qu'il tient ces détails de Le Dieu, secrétaire de Bossuet. l) Il ajoute encore que depuis ce temps-là, ce grand prélat supprima sou ouvrage, ce qui ne veut pas dire qu'il le brûla, ni qu'il condamna tant de vérités utiles, mais qu'il ne donna pas son Avertissemeuf pour être mis en tète de la nouvelle édition des Réflexions. 2)
Enfin on incrimine certains passages de Bossuet sur la corruption de l'Eglise et le remède préparé à ses maux dans le retour des |uifs.8) Répondons que les abus et les vices du monde à l'époque de Bossuet étaient considérables. 4> 11 avait raison de stigmatiser les mauvais casuistes, et il faut citer le bel hommage que rend le P. La Rue aux caractères de son zèle contre eux : « juge « équitable et modéré, c'était sans étendre la censure du « particulier au général, ni du coupable à l'innocent. >5) Quant à ses idées sur la fin des temps, s'il avait pu prévoir l'abus qu'on en a fait, il se serait expliqué davantage. 11 en a été de même pour d'autres auteurs. De plus
') Cfr. la lettre entière citée par l.EQUELX, Me m. de Picot, t. VU, p. 437.
2) Cfr. Le Dieu; d'AvBiGNY, 1684.
3) Les passages incriminés sont : Elévation de la 18" semaine, et Méditation sur l'Evangile, 64, et le § 22 de l'Avertissement. L'abbé Racine avait déjà cité ce passage {Hist. de l'Eglise, t. 12, p. 126.)
4) Cfr. dans GlLLET, Traité de la grâce, l'histoire du jansénisme et de ses causes. — Comparez Fénelon, 2" partie du sermon sur l'Epiphanie et Lettres diverses, 31, 184.
5) Loc. cit.
les idées de Bossuet peuvent s'entendre dans un sens très catholique. l)
VII. Enfin on incrimine 2) ce que dit Bossuet sur la pénitence d'après le concile d'Elvire, dans son /er sermon pour Pâques, (versus finem) ; dans le 4e sermon du même jour, 3e point; et le Sermon pour le temps du Jubilé.
Mais ces fortes paroles de Bossuet s'expliquent par les abus qui existaient dans une société dégénérée, remplie de mauvais chrétiens, qui n'avaient de la religion que des pratiques accomplies matériellement; de chrétiens qui de nos jours seraient des impies. Qu'on lise ce que la sœur Cornuau écrit dans le 2e avertissement sur les Lettres spirituelles de Bossuet, *) et la lettre de Bossuet à Madame du Mans, *) on verra combien il était sagement charitable sur la pénitence et la communion, combien il était, sous ce rapport également, dans la plus vraie et la plus pure doctrine. 5i
') Cfr. Gillet, Traité de la glorification, V 337, 330 et seq. — Cfr. le même traité sur le remède préparé dans le retour des Juifs, N" 350 et seq.
2) Davin, Monde du 12 Sept. 1869.
3) Alinéas 5 et seq.
<) N° 122, question 27 — 31.
s) M. Lanson le remarque judicieusement : * Contrairement aux sentiments d'ArnauId, Bossuet ne se lasse pas de recommander à ceux qu'il dirige l'usage de la communion : « Il faut prier et communier jusque dans les derniers délaissements et au-delà, (écrit-il à la soin- Cornuiu) » Il blâme la morale des jansénistes : il leur reproche de trouver partout des crimes nouveaux, d'accabler la faiblesse humaine eu ajoutant au joug que Dieu nous impose, et de faire paraître le christianisme impossible (Oraison funèbre de N, Cornet). II s'éloigne d'eux autant que des casuistes indulgents : * Il faut marcher au milieu, dit-il, sans se laisser surprendre à cette rigueur affectée qui ne fait que des superbes et des hypocrites (Ibid.), non plus qu'aux maximes mondaines et profanes. » (p. 336.)