‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 114 sur 122 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

foi de l'Eglise. Et eaha, enhardi par le succès des précédents ouvrages (succès obtenu surtout dans le monde non catholique), il produisit (1693) l'Histoire critique des principaux commentaires du nouveau Testament (Rotterdam). Cette fois il mettait en pleine lumière son dessein final plus ou moins dissimulé auparavant. C'était de discréditer, sous le nom de commentateurs, les pères grecs et romains, dont la doctrine était devenue le christianisme même. Selon lui, les Augustin, les Chrysostome, etc., avaient altéré le vrai sens de la révélation, en lui donnant des interprétations qui l'éloignaieut entièrement de la parole de Dieu^ et en faisaient une religion arbitraire et véritablement humaine. C'était, selon lui, (pour donner un exemple), l'opinion personnelle de saint Augustin sur la grAce que l'Eglise romaine enseignait, et non celle de Jésus- Christ et des apôtres ; et, en définitive, c'était Pelage, et non le grand èvêque d'Hippooe, qui avait bien entendu la parole de l'apdtre. Donc le pélagJanisme, si énergiquement condamné par toute l'Eglise, était le vrai ; et l'Eglise n'avait fait qu'errer sur les traces de saint Augustin, dans la doctrine du péché mortel et de la gr&ce.

L'évêque de Meauxne fut pas long à s'apercevoir des dangers que courait la foi par l'attaque de ces nouveaux critiques (car les disciples se multipliaient par l'enchantement de cette polémique d'un genre inattendu) (I) : il vit bien que c'était les idées et les instincts généraux du protestantisme, et même du socinianisme, qui s'avançaient en bataille sous l'enseigne de la critique d'é-

rudîtioQ grammaticale. Il essaya d'arrêter par des mesures de police royale ou ecclésiastique la difïusion des livrée de R. Simon, après avoir tenté les moyens de douceur. Enfin voyant l'iautilité de ces mesures trop faittles, qui ne faisaient qu'euhardir uo adversaire intrépide, il prit résolument la plume, et commença le traité de la Difente de la Tradition et des Saints Pères, qui l'occupa pendant presque tout le reste de sa vie : et il faut songer qu'il était alors &gé d'eaviron soixantedix ans, et qu'il poursuivait dans le même temps la controverse du quiétisme contre Féneloa, et les négociations pour la réunion des deux Eglises.

■ Il ne faut pas, dit-il (1). abandonner plus longtemps aux nouveaux critiques la doctrine des Pères et la tradition deséglises. S'il n'y avait que les hérétiques qui s'élevassent contre une autorité si sainte, comme on connaft leur erreur, la séduction serait moins à craindre ; mais lorsque des catholiques et des prêtres, des prêtres, dis-je, ce que je répèle avec douleur, entrent dansleur sentiment, et lèvent dans l'Eglise même l'étendard de la rébellion contre les Pères ; lorsqu'ils prennent contre eux et contre l'Eglise, sous une belle apparence, le parti des novateurs ; il faut craindre que les fidèles, séduits, ne disent comme quelques Juifs, lorsque le trompeur Alcime s'insinua parmi eux : * Un prêtre du san^; d'Âaron, ■ de cette ancienne succession, de cette ordination apostololique à laquelle Jésus-Christ a promis qu'elle durera toujours, * est venu à nous : il ne nous trompera pas » ; et si ceux qui sont en sentinelle sur la maison d'Israël ne sonnent point de la

(1} Prtface, loue IV des Œ'urres {ti. Vitis), p. VIU.

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