CHAPITRE rx
trompette, Dieu demandera de leur maiD le sanj; de leurs frères, qui seront déçus faute d'avoir été avertis. • Ne comprend-on pas le cri d'alarme poussé par le vieil évêque ? ne seot-oo pas l'angoisse qui serre le cœur du vaillant athlète, lorsqu'au bout de la longue carrière où il s'est toujours tenu en armes pour la défense de l'Eglise catholique, il voit un nouvel ennemi plus redoutable que tous ceux qu'il a combattus jusqu'alors, menacer la foi catholique, l'attaquer à la base avec des armes jusqu'alors inconnues, ou recueillies des anciens hérésiarques, sans que personne se lève et sorte pour garder ces autels que le vieux héros ne pourra plus défendre longtemps ? Si c'est pour cela que les ennemis du catholicisme disent triomphalement que Bossuet n'a rien pu répondre à R. Simon, leur joie a quelque fondement : car ce critique est en effet le précurseur d'une nouvelle école exégétique dont Bossuet, et pour cause, n'a pu arrêter les progrès : elle a paru plusde cent ans après sa mort ; mais s'ils veulent faire entendre qu'il leur a par désespoir abandonné le champ de bataille, qu'ils ne le prétendent pas du moins avant d'avoir lu sa Défense de la Tradition et des saints Pères. Quand ils auront comparé sa méthode avec celle de Richanl Simon, ils demeureront libres de donner leur préférence à l'oratorien protestant etsocinien ; mais ils n'oseront plus dire que Bossuet n'a rien répondu. Seulement il a répondu en théologien catholique, ce qu'ils ne peuvent supporter, parce qu'ils sont juges et partie, et qu'ils ont pris depuis longtemps l'habitude de refuser au catholicisme le droit de se défendre contre la révolution anti-catholique ; comme si le droit d'attaque seul subsistait, mais non le droit de défense. C'est en effet ce
qui arrive, quand une fois l'esprit général du public a été eutrainé en un sens. Quoique les erreurs ne soient pas rares dans les sentiments de la multitude, on prend l'habitude de considérer ce que tant de personnes répètent comme chose jugée ; et le parti vainqueur regarde l'opposition à ces jugements comme odieuse. Il en est surtout ainsi dans les affaires qui touclient à la religion. Bossuet est si bien le catholicisme incarné, que les ennemis de cette croyance sont nécessairement les siens. Et la principale cause de leur ressentiment implacable contre lui est que, tant qu'on pourra lire ses écrits, on ne pourra jamais soutenir sérieusement que le catholicisme est mort; car il demeure toujours vivant dans Bossuet, dont les œuvres de controverse n'ont pas vieilli, quoique ces questions ne soient plus agitées.
C'est donc par une méthode nouvelle {sinon renouvelée des fondateurs delà Réforme), que Richard Simon a porté au catholicisme des coups très dangereux; mais Bossuet n'en a pas été intimidé ; il en a su mesurer la portée, et il a préparé des armes aux apologistes qui se trouveront capables de s'en servir, s'il en parait quelques-uns après lui. En attendant, il demeure commode de prononcer dédaigneusement que ce savant théologien n'a rien su répondre à la critique de Richard Simon.
S'il s'était agi d'interpréter des textes jusqu'alors à peu prés inconnus, Bossuet auraitpu se sentir dans une situation défavorable à l'égard d'un homme hérissé de science philologique ; mais il s'agissait d'uoe autre chose. Les anciens Pères et docteurs de l'Eglise avaientils mal entendu les textes sur lesquels on raisonnait depuis les origines du christianisme T telle était la ques-