‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 118 sur 122 · CHAPITRE IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IS

la philosophie, (jui procède par la voie du chBn(;emeDt, mais Qoa k la religiOD, qui n'est riea, si elle n'est foadée sur la tradition, laquelle doDne l'impression de l'immutabilité.

Deux esprits se discutent le monde : celui de stabilité et celui d'ianovation. L'un croit qu'il y a du divin dans l'ensemble des êtres et des idées, et que c'est par là que l'univers subsiste, quoique sans cesse en mouvement ; l'autre ne connaît rien que d'humain, ou de mécanique ou de fortuit, et par conséquent ne voit que changement dans tout ce qui existe, et ne rêve que changements, que Ton qualifie du terme pompeux de progrès, sans examiner sérieusement si le changement se fait en mieux ou en pis.

Nous avons même vu de nos jours paraître un système de philosophie qui confond le divin avec le profères, attribuant la naissance et le développement des êtres à je ne sais quelle puissance mystérieuse, qui fait avancer toutes choses vers un idéal où peut-dtre elles n'atteindront jamais. Cette sorte de ressoit qui pousse intérieurement l'univers k l'accomplissement de destinées que personne ne connaît, s'appelle, dans cette philosophie, le Progrès . 11 a si bien remplacé l'ancien Dieu créateur et organisateur, adoré par le genre humain, qu'il régit Dieu lui-même, lequel n'est plus qu'un être obscur, dans la condition du devenir. » Dieu se fait » , n'hésite pas à écrire Ernest Renan, avec d'autres auteurs; et Dieu sera quand tout l'ordre des faits compris dans le sein du Progrès sera universellement accompli.

Nous ne prétendons pas exposer cette doctrine très correctement, tant nous l'entendons peu. Mais elle a

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cette conséqueDCe forcée) que, pour ne pas nier le râle de l'intelligence et de la volonté dans le développement de TuDivors, c'est l'homme qui remplace Dieu. Non pas qu'on aille jusqu'à cet excès monstrueux et ridicule, de prétendre que c'est l'homme qui a fait les étoiles et l'ordre dans lequel elles se meuvent, ou les espèces vivantes, leurs orf^nismes et les lois de leur multiplication ; mais on s'y prend autrement. Comme on ne peut nier qu'il y ait de l'intelligence dans l'univers, et qu'il faut bien en rendre compte, puisque, comme dit Montesquieu, il est absurde de supposer qu'une cause aveugle ait produit des êtres intelligents, voici ce dont on s'est avisé.

Kenversant tout l'ordre de l'anlique philosophie et de l'ancieaue religion, au lieu de placer l'intelligence à l'origine, on l'a mise h la fin. Le Progrès, ce Dieu aveugle qui ne sait pas ce qu'il fait, et qui n'en agit que mieux, a procédé de degré en degré. 11 a d'abord porté la matière mforme à l'organisation, eny faisant travailler successivement les forces mécaniques, puis les forces physiques et chimiques, venues on ne sait d'où et par quel mystère (si ce n'est que tout est mystèi'e dans ce rêve philosophique); et enfin, pour abréger, il a fait sortir de ce chaos l'être conscient, qui est le résumé et l'achèvement de tout, c'est-à-dire, l'Homme, en qui l'intelligence est apparue (sans origine et sans cause) ; et alors le système du monde s'est trouvé complet, sans plus de difficulté.

Telle est la genèse de l'intelligence dans le monde. L'homme est le perfectionnement et la synthèse de tout ce qui l'a précédé ; l'effet l'emporte infiniment sur la cause, puisqu'il renferme ce qu'elle ne contenait pas. C'est le renversement complet de la métaphysique.

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