‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 119 sur 122 · CHAPITRE IX 2T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 2T

Si Bossuet avait pu connaître ou deviner ce sysième de philosophie, on peut se figurer quel eût été son émoi. Quoi? La Providence remplacée par une force impersonnelle, qui n'a ni substance propre, ni siège concevable et nomn:iable; qui agit dans les choses sans être ni dedans ni dehors, qui les meut, les transforme, sang être par soi-même rien de délinjseabie ; et qui les conduit sûrement à une fin que personne n'a conçue ni déterminée, et qui se trouve être le mieux du mieux, la perfection absolue, quoique personne ne puisse entrevoir ce que c'est ? Mais d'où cette force a-t-elle pris naissance ? qui lui a tracé cette maiche qu'elle accomplit infailliblement sans guide, sans dessein, sans conscience ? Pourquoi agit-elle d,*ns le sens du bien plutôt que (lu malî En un mot, qui est-ce qui mène le Progrès, qui gouverne tout? Car enfin ce mot de progrès n'exprime qu'une abstraction : c'est le passage d'une choi^e d'un état à un autre ; et ainsi ce passage, cette mutation est la loi qui gouverne ces changements d'état! Mais pourquoi y a-t-il mutation? Pouquoi les choses ne demeurent-elles pas toujours dans le même état? Si c'est une condition inhérente à leur nature de se mouvoir, il faut remonter à l'origine de leur nature: il n'y a pas eu progrés apparemment avant qu'il y eût rien ; et la question de l'origine des êtres demeure toujours posée. On a donc promené notre esprit dans une multitude d'affirmations dont pas une n'est intelligible ; on s'est joué de notre raison ; et voilà le système qu'on nous donne à digérer, pour remplacer l'antique hypothèse d'un Etre intelligent et tout-puissant, qui a créé toutes choses, ei qui les gouverne toutes I Admettons pour un moment qu'elles s'avancent

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en effet dans la voie du progrès, c'est-à-dire qu'elles se perfectionneet sans cesse et sans fia : ce ne peut être que celui qui les a créées qui leur a tracé cette voie, qui les y maiolient, et les conduit ji une perfection finale dont il a le secret. Alors tout redevient intelligible, sinon complètement saisissableà l'esprit humain. Mais nous retombons dans l'ornière de la sagesse des siècles, et la philosophie nouvelle n'est plus qu'un rêve in forme, qui se dissipe dans tes régions nébuleuses delà fantaisie, d'où il n'est jamais bien sorti .

Uais aussi que devient cette belle conception de la merveilleuse intelligence de l'homme, venu dans le monde pour comprendre ce qui jamais n'a été perceptible pour aucun des êtres existants? Après tout. Il faut nous consoler de cette déception au sujet de rfiomme- Car enfin on ne nous a pas dit qu'avec cette sublime intelligence il eût reçu te pouvoirde faire tout cequ'il peut concevoir. Il ne peut régler ni le mouvement des étoiles ni l'ordre des saisons, ni les fonctions de ses propres organes, ni les conditions de sa vie et de sa mort, ni les actes fondamentaux de son entendement ; il ne peut, refaire ni les mathématiques ni la physique, ni 1^ logique. Il e^ l'esclave des formes, par exemple, de raisonnement, et nesaurait faireque le contenu soit plus grand que le contenant, ou que la somme des angles d'un triangle, quel qu'il soit, ne soit pas égale à deux aogles droits. Le Progrès lui-même est dénué de toute puissance dans ce domaine de la raison, comme dans celui de la physique générale. Et peut-on assurer que sa puissance soit illimitée dans le domaine moral ? Admettra-t-on jamais que la justice doive céder à l'intérêt, et non l'intérêt à la justice ? On nous promet tout dans un

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