CHAPITRE IX
propres au christianisme, la critique ue s'arrêtera pas- Bile examinera, ébranlera toules tes plus anciennes opinions du genre humain sur Dieu, sa providence, son Rouvernemeut : les difficultés, dont l'esprit humain est toujours fécond, feront abandonner le fond solide des croyonces de la philosophie même. On trouvera des objections fondamentales sur la création, sur l'action divine dans le monde ; on en viendra (ô prodige !) à faire de l'homme, que l'on croit connaître, le successeur de Dieu même, qui a toujours été adoré comme incompréhensible. Alors le cercle sera accompli, si Dieu D'y remédie : Il ne restera h l'homme qu'à s'adorer lui-même et à se mirer dans sa raison, dans cette raison qui ne peut jamais se satisfaire, étant pleine de contradictions insolubles, et qui peut, à ce qu'on voit, changer ses systèmes de fond en comble, puisque la philosophie nouvelle est exactement l'inverse de celle des siècles passés. Ce Dieu qu'on appelait alors l'Eternel, est aujourd'hui dans l'état du devenir ; et l'homme, alors si humilié, est aujourd'hui la première de toutes les puissances, quoiqu'il ne sache pas beaucoup mieux qu'alors ce qu'il doit faire ni ce qu'il fait.
Bossuet a-t-il pressenti que des esprits éminents en viendraient là, moins d'un siècle et demi après sa mort ÎNon, main du moins il a lutté contre ce genre de progrès. Il a combattu l'tsprit d'instabilité dans le protestantisme, il l'a combattu dans Richard BimoD, il a ofTert aux esprits sages et à de très grands hommes, un point solide ou ils ont joui d'un repos que l'on estimait inébraDlable. Mais comme un fleuve qu'on endigue
'^J B08BUET ET LE PROTBSTANTISMB
finit par emporter les murs de sa prison, ainsi l'esprit de révolution a tout emporté chez nous; «t le monde nouveau est livré aux agitations sans fin d'une raison dominée par les passions et par l'imaginatioa.
Le XIX* siècle a emporlé et dissipé toutes les doctrines chères ù Bossuet. Si ce grand homme revenait au monde, il trouverait la religion calholique effacée dans lu plupart des esprits, quoique un nombre incalculable de personnes la professe et la pratique encore extérieurement ; mais qu'est-il resté de l'esprit religieux qui animait encore la société au XVII* siècle? Combien y a-t-il aujourd'hui de personnes qui sachent ou qui veuillent savoir le fond des croyances ?0a oe dispute plus sur les dogmes ; on ne daigne pas les examiner, on se contente de les ignorer ; beaucoup de gens se piquent de les mépriser ou de le? tourner en dérision sans savoir ce qu'ils contiennent ; tl y en a même qui appellent liberté de conscience le droit de les insulter, et qui croient que leur conscience est violée par ce fait que d'autres qu'eux les professent : on en voit d'assez intolérants et emportés pour violenter ce petit nombre de croyants fidèles ; ceux-là prétendent que leur conscience les oblige b renverser ou k piller les édifices où ceux-ci pratiquent leur culte, comme Fi c'était une atteinte à leur conscience vide, que de croire quelque chose en lait de religion. Les fureurs des réformés du XVI» siècle contre les temples catholiques sont renouvelées par des hommes et des bandes qui ne professent pas plus le protostaniifme que le catholicisme ; mais c'est contre ce dernier qu'ils sont animés, comme si l'on était encore au temps de Luther et de Calvin. Est-ce le protestantisme qui se veage de deux siècles d'oppres-
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siOQ ? Mais de «luoi se plaindrait-il aujourd'hui ? N'estil pas le maitre partout ? N'est-il pas respecté et favorisé par ceux-là même qui ne peuveat endurer ni comprendre aucun esprit religieux ï N'est-il pas vraisemblable que les athées de profession le favorisent, parce qu'ils y croient voir un acheminement à l'abolition du christianisme, abolition qu'ils ne se défendent pas d'appeler et de préparer par tous les [noyeos ? Ils font injure, nous le savons, aux plus respectables, aux plus convaincus des protestants ; mais ils ne comptent pas à tort sur leur indulgence, qu'ils prennent à tort pour approbation et complicité. Ils savent vaguement que le protestantismeaproduit indirectement Voltaire et directement Rousseau ; que Richard Simon, que l'on ne coonait guère, mais qui est empreint de protestantisme, a inauguré la critique anticatholique, dont les protestants se sont emparés en ce siècle-ci dans les écoles audacieuses de l'Allemagne ; que de là est venue à pas lents cette philosophie nouvelle, qui pour ruiner plus complètement la toi catholique, a renversé touts la métaphysique, mis l'inconscience à l'origine de la création, fait de Uieu même un être inachevé, qui attend sa perfection du tout-puissant Progrès, force aveugle et impersonnelle, qui seule accomplit tout ce qui est bien, avec ou sans son associé et son ministre l'Homme, lequel est l'être suprême de ce monde nouveau, rêvé par des philosophes d'une imagination et d'une logique inconnues avant ce siècle.
Bossuet est donc vaincu après sa mort par ces puissances insurgées qu'il a combattues victorieusement pendant loutu sa glorieuse vie. Mais de môme qu'il est l'antipode de la philosophie moderne, il peut être encore
l'antidote de la Tolie qui s'est emparée du moDde, et le soutien d'une multitude d'esprits solides, qui déplorent k bon titre l'anarchie des idées, la dissolution de la morale et la décomposition évidente de la société. Quand on voudra retrouver le bon sens éj^aré, ranimer des idées d'autant plus accessibles à l'asprit humain qu'elles ont été celles dos plus grands hommes et Jes foules naême,depuJsSocrBte jusqu'à nos jours, on se remettra à lire Bossuet ; et si l'on ne partage pas entièrement ses croyances sur certains articles aifaiblis par le travail des deruiers siècles, on sentira du moins qu'on marche avec lui sur un terrain solide, et qu'il n'y a pas de progrès souhaitable et intelligible de l'esprit humain qui ne se puisse concilier avec une doctrine si haute, si ample, et qui a satisfait tant d'admirables esprits, parmi lesquels il faut comprendre les Platon, les S. Augustin, les Descartes et les Leibniz. Qu'on fasse les réserves qu'on voudra sur chacun de ces auteurs, ils sont au moins plus intelligibles que les docteurs de l'apothéose de l'Humanité. Ils sont assurément plus conformes au génie français, qui ne peut se nourrir toujours de nuages et de paradoxes outrageants pour la raison. Car enRn, dequoi s'agit-ilî De professer qu'on ne croit plus rien que ce qu'il est impossible d'entendre, et qu'ayant rompu avec la tradition de tous les siècles et avec les lois de la raison, l'on marche résolument vers un idéal que l'esprit humain ne peut concevoir. De telles idées sont inconciliables avec la clarté et la logique du génie de Bossuet, qui est le résumé toujours simple et lumineux des qualités qui ont fait si longtemps la puissance de l'esprit français, et auxquelles on ne saurait renoncer sans préparer la déchéance de la nation. Quand même