CHAPITRE IX «M
efforts n'ont pas eu le succès qu'on en pouvait espérer, parce que l'esprit d'indépendance a prévalu sur celui d'union, c'est-à-dire de soumission à une autorité commune- Le sacrifice de cette indépendance intraitable a paru trop amer à ceux qu'il s'agissait de ramener. Ils voulaient bien de l'accord, sans consentir à l'abdication de leur sens propre, qui coûte trop à la plupart des liommes. Ils n'ont pas voulu reconnaître quelque chose de divi.n dans ce qui restreignait leur liberté, disons mieux, leur orgueil d'esprits affranchis.
fît quand les querelles du protestantisme ont paru s'apaiser, l'humeur indépendante s'est manirestée sous une autre forme. Cette fois ce n'étuit plus tel ou tel point des croyances qui donnait lieu à des difficultés pariiculièi'es, qu'on pourrait accommoder avec de la bonne fol et une grande inspiration de charité chrétienne. Un prôlre catholique, abusé par une science discutable, a entrepris, on ne sait dans quel dessein plus ou moins habilement déguisé, d'ébranler d'une manière générale tout l'édifice des croyances chrétiennes. Un oratorlcn, M Richard Bimon {il m'en coûte de le nommer), a cru découvrir des vices dans les fondements delà trailition chrétienne, vices tels que tout l'édifice de la foi en devenait caduc. Il s'en est pris aux Pères même de l'Église, et il a jugé que ces fondateurs de lu foi avaient imposé à toute la communauté chrétienne des dogmes faux, qui n'avaient de fondement que dans leur opinion individuelle ; il a ainsi inspiré aux lecteurs mal iutenlioiinés ou superficiels des doutes sur la légitimité de nos croyances fondamentales, et il a mis ainsi tout te christianisme en doute. A l'en croire, les meilleurs interprètes de la doctrine révélée sont des
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hommes que toute l'Eglise a coodamoés comme hérétiques ; et l'édifice de dos croyances sacrées n'est qu'un ensemble d'erreurs, dont on ne pourrait plus sortir qu'en udoptant des doctrines solennellement et itérativement proscrites, telles que rarianisme, le pélagianisme, le socinianisme. C'est dans cet amas d'erreurs que se trouverait, selon ce critique audacieux, le vrai sens des paroles divines et la révélation que nous devons suivre. II ne s'agirait donc plus d'éclaircir quelques dogmes mal définis, mais d'abandonner entièrement la tradition de l'Eglise, de renier le christianisme telque les siècles l'ont professé ; et, tournant le dos au passé, de remettre tout aux inspirations d'une science qui consiifie toute en chicanes, et ne saurait rien fonder, puisque son objet et son nom est seulemeut la critique.
Ainsi, au lieu d'enseigner aux hommes ce qu'ils doivent croire, il faudrait attendre de chaque esprit aiguisé et coMentieux qu'il déclare ce qu'il lui paraît à propos de croire. C'est Tanarcliie complète des doctrines; toute la science de la religion oe consiste plus qu'en discussions; et chacun renchérissant sur la pénétration et la subtilité de ses prédécesseurs, il suffira qu'un dogme soit affirmé pour devenir aussitât l'objet des censures de tous les esprits indociles et incrédules.
Donc plus d'autorité) plus de soumission, plus de fcA, mais uniquement des difficultés, des coniestations, et en forame plus rien qui ressemble à une Eglise oi^anisée, respectée, où l'on sent la présence de Dieu dans toutes les croyances, en un mot plus de religion.
Tel est l'état (c'est toujours fiossuet que nous nous imaginons entendre), tel est l'état où nous conduit la critique nouvelle. Mais après le doute sur les dogmes