‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 13 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Art. Vlll. • La maison étant établie pour les âmes c

à la foi, on y recevra autant de nouvelles catholiques qu'clie en pourra porter, lesquelles demeureront jusqu'à ce que, par les soins que l'on prendra d'elles, elles soient rendues capables d'entrer en quelque honnôle condition, et qu'on les y ail placées, n

C'était dooc une maison de reruge et d'éducation. Il était dit (art. XII) que cette maison ne pourrait • pour quelque considération que ce soit, être cliangée en monastère et religion > ; et de plus, • si quelque sœur le propose, après avoir été avertie, elle sera obligée de se retirer, en lui rendant les biens qu'elle pourroit avoir apportés, et payant de sa part pour le temps qu'elle aura demeuré dans la maison >.

Le régime était celui d'un pensionnat religieux, sans excès de pratiques dévotes, ni contrainte abusive d'aucune sorte.

On peut, si l'on veut, comparer cette institution fondée spontanément par Bossuet, avec celles de la Madeleine du Tresnel et des Nouvelles catholiques, dont Fénelon fut le directeur plusieurs années plus tard, direction qui n donné lieu aux amères censures de M. 0. Douen (voir notre ouvrage de Fénelonet Bossuet, tome I, p. 24). C'était une des meilleures vues du gouvernement royal et du clergé, d'ouvrir ainsi des maisons de refuge et d'instruction aux jeunes filles ramenées au catholicisme. 8i quelques abus s'y sont introduits, où n'en voit-on pas? Assurément le dessein en était charitable, plutôt que tyrannique. Mais nous ne trouvons pas que la maison de Metz, dirigée par Bossuet, ait donné lieu à des plaintes dignes d'être recueillies, quoiqu'on ait bien cherché tout ce qui pouvait être reproché, h tort ou à raison, & son fondateur en fait d*intolérance (voir l'ar-

ticle de M. Eug. Uespois, Revve politique et Uttérairf, 9 Janvier 1X75 : La légende de Fénelon, etc).

On reconnaît, dans toutes les dispositions ci-dessus, l'esprit large et humain de Bossuet, qui ne se sépare pas en lui du goût de la règle et de l'amour de l'ordre, objet qu'il énonce hautement et à plusieurs reprises, puisqu'il eo remplit la préface de ce règlement :

. . . n L'Esprit de Dieu est un esprit d'ordre, et lee chrétiens étant enfans de tumiôre, doivent marcher hoiiDélement et selon la règle qui leur est donnée. Or cette honnêlelî des mœurs chrétiennes consiste principalement dans l'ordre, selon ce que dit l'apôtre Saint-Paul ; a Toutes choses se lassoni parmi vous hoanétement et selon l'ordre. »

Nous avons saisi cetteoccasion de signaler en Bossuct ce profond et religieux amour de l'ordre, parce que c'est un des principes qui ont réglé toute sa vie, et que, de toutes les qualités qui composent ce grand personnage, il n'y en a pas peut-être une autre qui le caractérise mieux que l'attachement invariable et parraitement éclairé à tout ce qui constitue l'ordre en quelque matière que ce soit. Mais l'ordre n'a rien de commun avec la tyrannie, et en est plutôt le contraire.

Maintenant reprenons le 111 des événements de sa vie.

Art ].

Exposition de la Doctrine he l'Église.

Après avoir réfuté le Catéfhisme de Ferry, et sans abandonner d'abord ses fonctions de la cathédrale de Metz, où il s'éleva aux plus hautes dignités du chapitre,

il ouvrit sa magniSque carrière de prédicateur k Paris, en 1659; et depuis ce moment, il prêcha presque sans interruption, pendant environ dix ans, soit devant ia cour, soit en d« nombreuses paroisses ou communautés de la capitale, des stations d'Âvent et de Carême, des sermons de vèture et autres, des panégyriques, des oraisons funèbres; si bien qu'il semble n'avoir dû jouir d'aucun loisir pour continuer l'œuvre de la conversion des protestants. Cependant il ne la perdit jamais de vue.

C'était, il faut le reconnaître, la première préoccupation de ses contemporains, soit dans le clergé, soit dans ceux qui gouvernaient le pays- Car l'entreprise de la réunion des Eglises se poursuivait simultanément dans les desseins du pouvoir royal, et dans les travaux des hommes les plus éminents de la société catholique, prêtres et même séculiers. De leur côté, les ministres protestants, pour prévenir des effets qu'ils prévoyaient, ne négligeaient rien pour raffermir leurs troupeaux. Une controverse incessante, soutenue de part et d'autre avec autant de savoir que de zèle, tenait les esprits en haleine sur tous les points qui faisaient le différend entre les défenseurs de la Réforme et les fidèles de l'Eglise catholique. Les plus grands talents et les méthodes les plus ingénieuses étaient mis en usage. Jamais au seizième siècle la lutte n'avait été aussi vive ni aussi bien soutenue (1). C'était d'un côté les ministres Dumoulin, Daillé, Claude, Jurieu ,- de l'autre le bataillon de Port-Royal, Ârnauld, Nicole et autres habiles polé-

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mistes, auxquels Bossuet se joignit. Même dans la chaire, il faisait quelquefois des applications qui laissaient des traces. La confiance venait à lui, et des personnes du plus haut rang se sentaient entraînées du côté où les appelait un prédicateur si éloquent et un guide si persuasif.

Lb Mahéchal de 1\iremne.

Nous n'oserions pas affi rmer que, dans certaines âmus, la faveur assurée du roi n'ait fort contribué à marquer où était la bonne voie. On n"a pas manqué de le dire au moins pour le maréchal de Turenae, dont la conversion au catholicisme fut un très rude coup pour tout le parti protestant. On n'a pas craint d'évaluer lo prix auquel cette défection fut payée. Mais toutes les insinuations furent découragées par la haute renommée de probité de ce grand capitaine. Nous en avons lo témoigna^^G chez un écrivain qui n'est pas incapable de légèreté, et qui aurait été très capable de malice ; c'est Saint- Evremond, lequel avait connuTurenne de fort près {!).

« SoD changement de religion fut, dit-il, sensible à tous les proCestauts : ceux qui l'ont connu ne l'ont attribué ni à l'ambition ni à l'intârËt. Dans tous les temps il avoU aimé ù parler de religion, particulièrement avec M. d'Aubigny, disant toujours que les Réroi-més avaient la doctrine plus seine, mais qu'ils no dévoient pas se séparer, pour lu faire prendre insensiblement aux catholiques. »

(On peut remarquer que ces dernières paroles rappel-

(1) Eloge de St. de Turenne, iliiis les CEavris de S.-Enremaii, 11U5, t. tV,

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