CHAPITRE
cîtement, c'est que les auteurs de la Réforme, pour s'autoriser de cet exemple, auraieut été obligés de s'assimiler eux-mêmes au Verbe divin, en môme temps que de comparer l'Eglise catholique à la Synagogue.
Nous n'omettrons pas en passant un piège que Claude tendit habilement à son adversaire. Comme celui-ci disait que chacun reçoit l'Écriture de la main de son Église, et la reçoit ainsi comme divine, Claude lui répondit qu'il en était de même dans les autres Eglises, grecque, éthiopienne, arménienne, etc., et que par conséquent le choix de la vraie Eglise dépendait uniquement de la naissance, si chacun n'examinait pas lui-même l'Écriture, afin de savoir où était la vérité (P. 546). C'est à cette objection que Bossuet dit qu'il éprouva un moment d'émotion, de peur que la faiblesse de sa réponse ne compromit le salut d'une âme. Mais il se ressaisit aussitôt et répondit en habile théologien, quoique la simple raison n'y trouve peut-être pas son compte. C'est en effet un argument théologique qu'il opposa au ministre.
Dieu, dit-il (1), met par son Saint-Esprit, dans le cœur de ceux qui sont baptisés dans ces églises, qu'il y a un Dieu et un Jésus-Christ, et un Saint-Esprit. Ils croient qu'il y a aussi une Église universelle. Mais ensuite o ce baptisé, séduit par ses parens et par ses pasteurs, croit que l'Église où il est, est la véritable, et il attribue en particulier à cette fausse église tout ce que Dieu lui fait croire en générai de la vraie. » Mais Dieu leur enseigne plus tard (par des moyens que Bossuet ne développe pas tout d'abord) comment ils pourront démêler ces choses
et sortir de la prévention qui leur fait confondre l'idée de la fausse église où ils sont, avec la foi de la vraie Église, que le Saint-Esprit leur a misé dans le cœur avec le Symbole. »
C'est donc toujours, selon Bossuet, une intervention divine du Saint-Esprit qui révèle aux chrétiens où est la vraie Église ; et la raison toute simple n'y a rien à faire.
On est ainsi embarrassé quelquefois dans les controverses qui s'élèvent entre Bossuet et les ministres. Ceuxci, par leurs objections, paraissent quelquefois le pousser sur le terrain du raisonnement philosophique. Mais il leur échappe et se réfugie dans les raisons théoloi ques. Et comme ils sont eux-mêmes beaucoup plus théologiens que philosophes, le débat redevient bien vite beaucoup moins philosophique que théologique. La phi losophie humaine n'a fait qu'apparaître, et la discussioi se renferme aussitôt dans les nuages d'où l'on s'attendait à la voir sortir.
D'ailleurs la question était plus générale : il s'agissaii de dire si, dans l'état actuel de l'Église, tout chrétien, ou qui aspire à le devenir, n'est pas en droit et obligé d'examiner avant tout les fondements de la foi, c'escdire, d'abord l'autorité de l'Église, et ensuite la divinité de l'Écriture sainte ; ou bien de procéder dans l'ordre inverse, c'est-à-dire, d'apprendre de l'Eglise ce qu'il doit croire de l'Écriture, et de l'Écriture ce qu'il doit croire (le l'Église. Voilà un champ d'examen, pour ainsi dire, sans limites, et par suite une cause de doutes sans issue. Aussi Bossuet veut-il que l'acte de foi commence par cet article du Symbole : » Je crois l'Église universelle •, et que le reste ne vienne qu'après. Mais les protestants ne