‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 24 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

le laissent pas eu paix dans cette assiette. Selon eux, la croyance eo l'Église n'est qu'un acte de foi humaine, inspiré par les parents et les maftres, et il faut que l'Écriture lui enseigne la divinité de la religion, avant qu'il croie à ce que l'Église lut enseigne; de sorte que le doute ne fait que changer de position, si l'on ne commence par croire en l'Écriture, ce qui oblige à l'examiner. Ils reviennent donc forcément h l'examen' comme Bossuet revient forcément à l'acte de foi dans l'Église. Il est indubitable que la voie de Bossuet est plus commode, plus courte et plus décisive. Mais aussi faut-il faire le sacrifice de la raison individuelle; et voilà pourquoi catholiques et protestants ne s'entendront jamais sur le point de départ, quelques concessions qu'ils puissent se faire réciproquement sur des , points particuliers.

Dans la conférence, Bossuet assure qu'il mit Claude hors d'état de répondre, et qu'il en sera toujours de m^me ; ceiui-ci n'en convient pas; et cette différence ne tient pas aux talents des deux adversaires, mais à la position de la question. Chacun d'eux conserva sa confiance dans sa doctrine. Mais l'évoque de Condom eut l'avantage positif de ramener à lui des personnes qui n'étaient pas des théologiens, quoiqu'elles fussent très éelairées; et il en arrivera bien des fois de même. Dans la suite, les ministres ne désarmeront jamais à son égard; mais il leur enlèvera des &mes sincères, qui goûteront sa doctrine sans être capables de se démêler des filets des théologiens protestants. Ceux-ci se plaindront des sophismes de M. Bossuet, et il résoudra les leurs, sans qu'il puisse y avoir entre eux de tiers arbitre pour prononcer de quel câté est le sophisme. Mais il y

a naturellement des esprits (jui désirent sortir au plus t6t des difâcuttés de raisoncement, et d'autres qui se plaisent à y demeurer. La simplicité et la clarté de la doctrine de Bossuet font plus de conquêtes que la subtilité de ses adversaires ; ceux-ci peuvent émerveiller les esprits très déliés et très résistants ; tandis qu'il charme et satisfait les cœurs simples et les esprits humbles.

Que le ministre Claude ait été ou non touché des arguments de Bossuet, il est certain que les mêmes controverses sur l'autorité de l'Eglise se renouvelèrent fréquemment depuis par la plume de tous les défenseurs du protestantisme, et que Bossuet se vit plus d'une fois obligé de soutenir, contre les uns ou contre les autres, que les Églises luthériennes ou calvinistes ne peuvent, en dépit de leurs prétentions, faire partie de l'Église catholique, c'est-à-dire universelle, puisqu'elles s'en sont séparées, que celle-ci est la seule k laquelle sont attachées les promesses de- Jésus-Christ: « Tu es Pierre, etc. » ; que ces promesses ne peuvent être vaines ; par conséquent c'est dans cette Église seule que se trouve l'assistance constante du Saint-Esprit; qu'il est vain de prétendre, comme le font les réformés, qu'on la quittant, ils ont emporté avec eux la vraie Église; mais celle-là, n'ayant jamais eu d'interruption ni dans la prédication, ni dans le ministère, demeure sainte, pure et infaillible; et eaân tous les particuliers qui veulent revenir à la vérité, doivent sans hésiter retourner à elle, au lieu de s'opiniâtrer dans un schisme qui leur fait perdre tous les avantages de la foi chrétienne. Toutes ces propositions seront mainte et mainte fois discutées, débattues, anatomisées avec

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