‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 38 sur 122 · CHAPITRE IV Od · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Od

d'un côté les remonlrans ou arminiens, de l'autre les contre-remontrans ou goœaristes, c'est-à-dire, le calvinisme rigide contre le calvinisme mitigé (1). On ne trouva d'autre moyen pour apaiser ces troubles que de convoquer une sorte de concile général de toutes les églises calvinistes d'Europe à Dordrecht (1618).

Bossuet a soigneusement analysé, selon son habitude, les débats et les décisions de ce synode, qui a obtenu un grand crédit chez les calvinistes ; mais malgré son exactitude et sa précision ordinaires, il n'a pas réussi, nous semble-t-il, à donner une clarté parfaite à ces querelles théologiques, aussi rebutantes qu'embarrassées par la nature des questions, par la subtilité des avis et par les contradictions des partis. En somme, les arminiens furent condamnés par la majorité, et ce qu'il y a de plus dur à supporter dans le calvinisme triompha (2). Il ne nous appartient pas d'en dire davantage, ai nous nft serions en état de le faire. U nous suffit de remarquer que, suivant ce synode, tous les chrétiens se trouvaient astreints à croire à la certitude de leur salut.

Mais en 1620, au synode de Charenton, les décisions de Dordrecht furent adoptées comme la loi de toutes les églises calvinistes, et la souscription en fut ordonnée, comme cette doctrine étant « entièrement conforme à la parole de Dieu. > Heureux ceux qui réussirent à la bien entendre-

Voilà donc une nouvelle confession de foi des calvinistes, et la base de tous les traités qui survinrent entre eux et les luthériens. Ceux-ci étaient sur plusieurs points moins éloignés des catholiques, mais les autres

11) Pour le dêiail des opiaiona des armiaien), voir pige 13, n. iciv. (2) Voir pages 3ft-39.

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avaient pris l'ascendaDt dans la Réforme : en naénie temps ils proscrivaient absolument le socinianisme, comme n'étant qu'un demî-pélagianisme, et ils se félicitaient d'avoir établi une autorité à laquelle tout le monde devait se soumettre, • au préjudice de la liberté, qui a toujours esté, de disputer pour et contre entre les réformés. • C'était Jurieu qui s'exprimait ainsi : le calvinisme, devenu maUre, imitait l'Ëglise de Uome, tenait des conciles, et anathématisait des sectes entières : l'arminianisme et le socinianisme furent les premiers excommuniés.

Rn revanche, les calvinistes cherchent à attirer à eux les luthériens, et leur offrent des moyens de s'unir à eux, en déclarant que les dogmes sur lesquels les deux partis ne peuvent s'accorder ensemble, ne sont pas des articles fondamentaux du christianisme (1).

Là, commence la théorie des dogmes non fondamentaux, qui étonne aussi bien les luthériens que les catholiques. Mais on veut faire une alliance politique, et l'on devient coulant sur la foi elle-même. L'alliance est d'ailleurs dirigée contre le catholicisme, et c'est ce qui rend Jurieu si accommodant (2). Nous verrons plus loin leo suites de ce dessein. Contentons-nous pour le moment de remarquer qu'à ce propos Bossuet crut devoir ajouter à son Histoire des Variations un livre destiné à expliquer et à critiquer ies opinions successives des protestants surcequ'ilappelle la Question de l'Église, à savoir sur les rapports des églises protestantes entre elles et avec l'Ëglise universelle, question qui, pour Bossuet, est tout à fait capitale.

Les protestants, ne voulant pas reconnaître que leurs églises étaient nouvelles et ne relevaient que d'ellesmêmes, soit pour ia fol, soit pour les autres parties constitutives d'une église, prétendant au contraire que i:es églises étaient instituées par Jésus-Christ et héritières des promesses consignées dans l'Ëcriture Sainte ; il fallait bien qu'ils soutinssent qu'ils faisaient partie de l'Église universelle, quoiqu'ils s'en fussent séparés. Mais en se séparant, c'était le reste de l'Église qu'ils avaient rejeté de l'unité, comme n'étant plus la vraie liglise ; et ainsi c'était la majorité qui se trouvait excommuniée par la minorité. Mais cette majorité montrait sans peine qu'elle avait seule conservé la succession : par conséquent c'était à elle seule qu'était restée attachée la possession de la vérité avec la parole du Saint-Esprit : donc la prétention des autres était vaine, et il n'y avait pas d'autre église universelle que celle qui, sans interruption, avait toujours été l'église de Jésus-Christ, A cela, les réformateurs opposaient que, par des additions humaines et par d'autres causes, la foi s'était altérée dans cette église, qu'elle était tombée dans l'impiété et dans l'idolâtrie, et qu'elle avait cessé d'être la vraie église- Cependant, selon les calvinistes eux-mêmes, les promesses de Jésus-Christ étant formelles, et l'ÉgUse véritable ne devant jamais périr, il fallait la chercher ailleurs que dans ce corps qui se disait église et qui, selon eux, ne l'était pas. La séparation des vrais fidèles était donc devenue nécessaire ; mais les promesses de l'Écriture Sainte étaient restées attachées à ce qui avait demeuré de la vraie Église, et voila pourquoi l'Église réformée était la véritable église universelle ou catholique, laquelle comprenait

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tous les fldëles qui professaiSDt la vraie foi et suivaient eo tout l'institution première de Jésas-Christ ; c'était elle aussi qui devait recevoir toujours l'assistance du Saiat-Esprit. Quant à l'Ëglise romaine, déchue du titre d'Église catholique, et réprouvée par eux, elle ne pouvait plus être, dans la vraie Église universelle, qu'un membre pourri et retranché- Voilà pourquoi ils la désignaient seulement sous le nom d'Église romaine : c'était là que régnait le pape et avec lui l'antichristianisme, c'est-à-dire l'abomination des abominations. Voilà qui va bien; mais que faire des autres églises séparées, qui n'étaient pas comprises dans la Réforme, comme les églises grecque, éthiopienne, et autres, qui cependant se disaient chrétiennes ? Lies réformés allaient-ils proscrire du christianisme tous les chrétiens, à l'exception d'eux-mêmes, en condamnant aussi tout ce qu'il y avait eu de chrétiens dans l'Eglise romaine avant qu'ils s'en séparassent? La chose n'allait pas sans difficulté. Les ministres protestants s'avisèrent, au xvii* siècle, d'un ingénieux expédient. Ne pouvant damner tout le monde, ils s'efforcèrent de sauver le plus de chrétiens qu'ils pourraient. Qu'on impute, si l'on veut, cette clémence à leur libéralité et à leur charité naturelle, soit, et qu'on en croie ce qu'on voudra. Tant il y a qu'ils inventèrent une nouvelle idée d'église universelle.

Dans les articles qui composaient, à leur avis, la foi chrétienne, ils opérèrent un triage : ils mirent d'une part les articles qu'ils appelèrent fondamentaux, c'est à dire ceux qu'on ne pouvait cesser de croire sans cesser d'être chrétien, et de l'autre ceux qui ne leur parurent pas fondamentaux. D'après quelle autorité pronon-

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cèreat-ils ces qualifications? C'est leur afTaire : car ils disposent asse:;; despotique ment de la foi, sans s'aviser que peut-être eux-mêmes, qui prononcent si résolument sur ce qui est divin ou humain dans les croyances des autres, ne sont aussi que des hommes. Quoi qu'il en soit, condescendant à reconnaître une église chrétienne universelle, dont la leur serait le centre et le foyer lumineux, des ministres tels que Claude et Jurieu y admettaieDt toutes les églises séparéesqui faisaient profession de croire les points fondamentaux, c'est-à-dire, < la Trinité, l'incamatioa, la satisfaction de Jésus-Christ,

• et les autres articles semblables • (I) ; ou, plus sommairement, « pour connaître le corps do l'Église chrétienne et universelle en général, il ne faut qu'une marque ; c'est la confession du nom de Jésus-Christ le vray messie et le Rédempteur du genre humain (2) ■. -

Jurieu, racontant h sa façon l'histoire de l'Eglise universelle, dit qu'elle s'est divisée en deux grandes parties l'Église grecque et l'Église latine. Chacune de ces deux parties s'est divisée eu plusieurs sectes ; et ainsi l'Église latine en papistes, vaudois, hussites, taborites, luthériens, calvinistes et anabaptistes ; • et il décide que

• c'est une erreur de s'imaginer que toutes ces diflérentes parties aient absolument rompu avec Jésus- Christ, en rompant les unes avec les autres (3). > II ajoute donc, en comprenant dans son énumératîon,

• les Grecs, les Arméniens, les Cophtes, les Abyssins, les Russes, les Papistes et les protestants » que ■- Dieu y conserve ses vérités fondamentales. ■•

<1) Jnrlen, ipnd Botsatl, Btit. iti Vûr.,\, XV, n> lt, tout XV, p. 91 .

Il faut savoir grc à Jurieu de celte nia;îQaniniité, par laquelle il admet les papistes dans le sein de l'Eglise universelle, en dépit de l'antichristianisme signalé par luimême dans l'Ëglise de Rome. Il est vrai qu'il y admet aussi les mahométans (1).

Qui donc l'accuse d'intolérance et d'esprit de secte ? C'est lui au coutraire dont les bras s'ouvrent à tout le monde- Il vajusqu'à dire (indirectement il est vrai, et comme malgré lui) (2), qu'on peut encore faire son salut dans l'Eglise de Rome, qu'il appelle Babylone ; mois c'est par exception, et pour l'honneur d'un système imaginé par Jurieu lui même.

Ce n'est pas un traité de paix que Jurieu offre aux catholiques, mais seulement une permission d'entrer dans l'église des calvinistes de pair avec les anabaptistes et une multitude d'autres dissidents. Il finira par accorder cette permission même aux sociniens (3), jusque-là regardés avec horreur par toutes les églises chrétiennes (4). Après cela, il n'y a plus d'exclusion possible, puisqu'on peut être chrétien en niant Jésus-Christ. A merveille : c'est la tolérance parfaite. Il ne reste plus qu'à donner une nouvelle définition du titre de chrétien, si l'on peut l'être en même temps que sectateur de l'Antéchrist, ou en niant la divinité de Jésus-Christ.

Mais il est aisé de comprendre, en méditant les dé tours et les artiUces de Jurieu, qu'il n'a pas cherché, comme on pourrait le supposer d'abord, à réconcilier entre elles toutes les diverses églises chrétiennes, qu'il

(1) Bossnet. Bill, de» Var., *d. Vlïès, t, XV, p. 231,

|a)L. XV, a. LV, page Kl.

(3) Page SO-Cr. p. 107.

(4) Voir fige in, ISO.

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