‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 37 sur 122 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

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d'avoir fait ce qu'il pouvait pour renverser Louis XIV. Ce parti n'était donc pas un troupeau d'agneaux qui se laissait mener à la boucherie, non plus d'ailleurs que leurs devanciers do siècle précédent. Nous blâmons Louis XIV d'avoir révoqué l'édil de Nantes, et surtout d'avbir employé les moyens de violence à l'égard des protestants paisibles. Mais tous ne l'étaient pas, ou ne le seraient pas restés longtemps, s'ils avaient pu faire autrement. Cette vérité n'est peut-être pas encore bonne à dire aujourd'hui ; mais les hommes politiques de ce temps -là virent sans doute des choses que nous ne voyons plus à la distance où nous sommes; de même qu'ils ne purent prévoir ce que deux siècles de révolutions nous ont fait voir depuis.

Poursuivant l'histoire des doctrines luthériennes et calvinistes jusqu'au temps où il écrit,Bossuet est ramené sur les questions primordiales de la prédestination et de la gr&ce (I), etnous fait assister, au xvii* siècle, aux exagérations que reçut la théorie de la grâce dans les écoles hollandaises.

Luther et Calvin, et ensuite Bèze, successeur du dernier, avaient tant donné & la gr&ce, qu'ils en étaient venus à supprimer entièrement le libre arbitre. En effet, selon Calvin, les élus, prédestinés au salut, en sont assurés de telle sorte, qu'ils ne peuvent jamais tomber; ou que leur salut leur est certain, même quand ils commettraient les plus grands crimes. Par une conséquence de la même doctrine, puisque l'homme ne possède pas le libre arbitre, c'est Dieu qui fait dans l'homme également le bien et le mal par une nécessité

(1) Lirrc XIV, loue XV.

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absolue. Il peut donc y avoir, daas le juste même, une nécessité de pécher ; mais le péché, quel qu'il soit, est sans conséquence, puisque, en vertu delaprédestination, le salut lui est assuré. Assuré, dis-je, non seulement à ce juste, mais à toute sa postérité, selon Calvin : car les enfants des élus naissent aussi prédestinés (1). Quelle race de favoris de Dieu ; et que sont tous les autres hommes en comparaison d'eux ! De quels mépris ce peuple de privilégiés ne devait-il pas couvrir ses confrères en humanité, disgraciés de Dieu mêmel Et chez ces derniers, s'ils en croyaient Calvin, quelles idées affreuses de la justice et de la bonté de Dieu; et en définitive, quels mouvements d'indignation contre des fanatiques qui les dégradaient ainsi ! Que de haines introduites dans le monde par le seul orgueil des réformés ! Jamais, dans les cités antiques de Sparte ou de Rome, entre un peuple de maîtres et un peuple d'esclaves ; jamais, dans nos états modernes, entre une race de gentilshommes et une race de roturiers, il n'y eut d'aussi justes causes dedivision.s, de ressentiments et de haines qu'entre ce peuple élu de la Réforme et la pluralité catholique de la nation. Tout ce qui peut s'amasser de préjugés arrogants dans des têtes humaines s'amassa dans celles des vrais huguenots, supérieurs, à leur sens, aux catholiques, par la pureté de la foi, par celle des mœurs, par celle de l'intelligence, et enfin par une vocation divine : les catholiques dressés à la soumission, à i'humililé, à la pénitence, à la défiance des changements, se sentirent regardés comme un troupeau ridicule et méprisable par ces hautains seigneurs du monde terrestre et céleste; et convaincus

(1) a.ilti Var., I. IX, n. <; (. XIV. p.358.

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qu'on leur faisait iDjure, virent avec délice abaisser la morgue de leurs superbes contempteurs. Voilà peut-être un point de vue qu'on n'a pas assez signalé dans l'histoire des affaires religieuses des deux derniers siècles.

Mais les protestants, aujourd'hui presque souverains de la société depuis un certain nombre d'années, ne manqueront pas sans doute de le faire réapparaître aux yeux et à l'esprit de leurs contemporains, et de faire comprendre à ceux-ci qu'ils ont été trop dupes lorsqu'ils ont, par esprit philosophique, par générosité et esprit de tolérance, laissé prendre le pouvoir à ceux qui ne s'en servent que pour humilier et domestiquer en l'ii sultant ta majorité catholique de la nation, de compte demi avec les ennemis acharnés de toute croyance religieuse. Quand les catholiques de France comprendront quel rôle on leur fait jouer depuis longtemps, ils verrom aussi qu'ils n'ont jamais rendu justice à Bossuet, doni la clairvoyance les aurait préservés d'une telle humiliation, s'ils ne s'étaient pas laissé conduire, par des philosophes quelque peu chimériques, à répudier à peu près toutes les idées de ce génie aussi clairvoyant que sublime, et & se persuader que le progrès général de la société exigeait qu'on prit presque en tout le contrepied de ses doctrines. Cette sorte d'antipathie de tant d'esprits éclairés pour Bossuet est bien assurément la revanche prise par le parti protestant sur son puissant adversaire du dix-septième siècle. Mais quel aveuglement elle révèle chez ceux qui se sont imaginé que la domination du protestantisme dans l'Etat serait le triomphe de la tolérance religieuse I

En repassant sur les dogmes de Luther et de Calvin

relativement à lagr&ceetàlaprédestinatioD, Bossuet ne manque pas de faire remarquer combien ceux de Calvin l'emportaient en dureté sur ceux du premier auteur de la Réforme.

o Plusieurs calvinistes, dit-il, voyant parmi les luthériens uite doctrine plus douce, ils s'y lalssoient attirer. Une volonté générale en Dieu de sauver tous les hommes ; eu Jésus Christ une intention sincère de les racheter et des moyens sufSsans offerts à tous : c'est ce qu'enseignaient les luthériens dans le livre de la Concorde (1), ■

Cette doctrine plus clémente et moins offensante pour le bon sens que celle de Calvin, attirait donc au luthéranisme de nouveaux adhérents entre les calvinistes, principalement en Hollande.

Jacques Ârminlus, ministre d'Amsterdam et professeur en théologie dans l'académie de Leyde, fut de ce nombre. Il bi&mait ouvertement Bèze, Calvin et les autres docteurs de cette église pour leurs opinions sur cette certitude du salut qu'ils accordaient aux prédestinés. Il n'admettait pas que la grâce fût inamlssible pour eux, de quelques crimes qu'ils pussent se charger ni toutes ces assertions étonnantes qu'avaient toujours soutenues les disciples de Calvin. Armlnius s'attira le ressentiment de François Gomar, professeur de théologie dans l'académie de Layde, < rigoureux calviniste s'il en fut jamais, » dit Bossuet (2). Les académies se partagèrent entre ces deux professeurs, les ministres prirent parti; les pouvoirs politiques firent de même; le prince d'Orange Maurice contre Barneveldt : ce fut une conflagration générale dans les Provinces-Unies :

(UH. to Var.. I. XIV, lomeXV, |j 8.

(3) Bill, iet Vat., I. XIV, d. iïii.

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