INTRODUCTION IX
seniiments n'est point altéré. La question demeure pour eux la même qu'au xvi* siècle : l'union se fera-t-elle dans le papisme ou dans la Réforme?
Pour des observateurs tout à fait impartiaux (s'il y en avait eu dans ce temps-là), la réponse n'était guère douteuse : la Réforme ne pouvait plus triompher. Mais elle pouvait poursuivre la lutte, ne laisser au catholicisme que des avantages stériles, une simple apparence de victoire, et entre temps, lui enlever quelques brebis égarées, comme, dans une grande guerre, des vaincus qui tiennent la campagne, peuvent quelquefois faire des prisonniers dans l'armée des vainqueurs.
Voilà ce que redoutait Bossuet, avec tous les défenseurs du catholicisme. 11 craignait des défections et des captures d'âmes, si l'on peut ainsi parler. Mais il se défiait bien plus pour le catholicisme des victoires stériles. Son but n'était pas tant de mettre à couvert son troupeau que de gagner ses adversaires, c'est-à-dire, de faire rentrer cordialement dans son Église ceux qui ^ entreprenaient encore sur elle, et en un mot de rétablir l'union fraternelle entre deux peuples plus profondé- "^ ment divisés que les Aibains et les Romains de l'antiquité. En somme, ce que les Réformés pensaient de l'Église romaine, il le croyait de la leur, àsavoir qu'elle était si éloignée du salut, que la charité obligeait à tout entreprendre, bien enlendn avec l'aide de Dieu, et par des moyens chrétiens, pour la ramener dans la véri-
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table voie. Tel est le combat qu'il soutint pendant toute sa vie.
Les partisans des protestants n'ont jamais manqué d'alléguer que fiossuet opérait bien à son aise, ayant de son côté le pouvoir royal. Ce reproche aurait beaucoup plus de portée qu'il n'en a, s'il s'agissait ici d'une passe d'armes entre des chevaliers, ou bien d'une joute académique, où l'on eût négligé de ménager entre les adversaires l'égalité des armes. Alors on pourrait dire de cette grande lutte : « Le résultat est nul. » Mais, ni d'un côté ni de l'autre, on ne combattait seulement pour la gloire. Ni Bossuet d'une part, ni de l'autre, je pense, Claude ou Jurieu ne se proposaient seulement de faire une belle apertise d'armes : c'était au salut des âmes qu'on s'intéressait, bien plus qu'à la renommée des combattauts Si quelqu'un s'avise aujourd'hui de chicaner sur le point d'honneur, il sera permis de demander aux protestants quel cas ils font donc des succès de h Réforme, au xvi' siècle, en Allemagne, en Angleterre, et dans tant d'autres États du Nord, oîi manifestement ce sont les princes plus que les pasteurs luthériens ou calvinistes qui l'ont implantée et consolidée.
Si vous voulez, dans cette partie si grave, décompter des points à Bossuet en considérant l'intervention de Louis XIV, combien en devrez-vous ôter à Luther en songeant à l'électeur de Saxe ou au landgrave de Hesse?
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Mais en vérilé, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Nous étudions autre chose que la balance de la politique dans deux communions; nous nous appliquons à peser des idées, des croyances, et non des forces temporelles; des moyens de persuasion, et non des avantages étrangers à la controverse. Nous conclurons seulement, en passant, que les protestants ont mauvaise grâce à reprocher aux catholiques l'emploi des auxiliaires séculiers. Leurs conquêtes ne sont pas dues exclusivement à l'excellence de leur doctrine et à leur aversion pour les moyens humains; tout n'est pas manifestement divin dans l'entrainement qui a porté les peuples vers la Réforme et les a éloignés de la religion établie. Us ont accusé avec la dernière violence l'église romaine de superstition, d'impiété, d'idolâtrie, d'imposture; soit, mais Bossuet leur a répondu, a réfuté leurs accusations : il faudrait voir s'ils ont pu maintenir ce qu'ils avaient avancé, dès le début de la Réforme, en fait d'imputations haineuses et outrageantes : c'est là-dessus que porte le débat, et ici les princes ne sont pour rien ni d'un côté ni de l'autre.
On répliquera encore par la grande objection de la révocation de l'édit de Nantes, des dragonnades, et de toutes les violences exercées par le gouvernement de Louis XIV pour convertir les protestants malgré eux. Ce n'est pas nous qui justifierons jamais les persécutions ni les moyens coercilifs pour dompter les consciences. La polique religieuse de Louis XIV est jugée depuis