INTRODUCTION
Si l'on avait demandé h Bossuet, dans sa vieillesse, quelle avait été, li son sentiment, l'œuvre capitale d'une vie si laborieuse et si glorieuse, il aurait pu répondre, ce nous semble, que son œuvTe principale et presque unique avait été de défendre et de restaurer l'unité d^ l'Eglise contre le protestantisme.
Quoique vaincu depuis longtemps par la force des armes, contenu par la puissance royale, toujours combattu dans la doctrine par des hommes éminents en science, en éloquence et en zèle, qui sont légion dans le XVII' siècle, le protestantisme, servi aussi par des défenseurs ardents, éloquents et savants, n'a rien perdu, dans ce siëcle-là, de sa foi, de son génie entreprenant, de son zèle de prosélytisme : il a renoncé par nécessité h l'usage des armes, il ne prétend plus à cette époque faire de conquêtes violentes, il se voit même menacé dans l'exercice de son culie par une sorte de persécution systématique et rarement interrompue, sous Louis XIII, sous Richelieu, sous Anne d'Autriche, sous Louis XIV :
VIll INTRODUCTION
néanmoins il n'a pas abandonné l'ambition et l'espérance de pousser plus loin l'entreprise de Luther et de Calvin, et de gagner à ta Réforme une partie plus ou moins considérable de l'Eglise de Rome. Car il n'a point changé de principes ni de préjugés : à ses yeux, Rome est toujours le siège de l'idolâtrie; sa domination est toujours le règne de l'anlichristianisme; les peuples se perdent en suivant son autorité ; il n'y a de salut pour les ehréliensque dans le scindes églises réformées. Si leurs pasteurs font de temps en temps quelques concessions, c'est toujours parce qu'ils croient apercevoir un acheminement pour l'abdication de la part de l'église romaine ; et que, sans l'avouer franchement, elle vient à eux, et non pas eux à elle. Il est vrai qu'elle fait tous ses efforts pour les ramener, elle cherche les moyens d'aplanir les difficultés, en montrant que, dans les sujets de dissentiments, il y a souvent plus d'apparence que de réaliié ; elle voudrait leur ouvrir ses bras, et les recevoir comme l'enfant prodigue à son retour dans la maison paternelle ; mais ils n'y veulent rentrer qu'en maîtres légitimes, pour y établir le bon ordre tel qu'ils l'entendent. Ennn mot, ils espèrent, non pas faire rentrer les protestants dans le catholicisme, mais entraîner les catholiques dans le protestantisme, qui est, selon leur conviction, la véritable religion de Jésus-Christ. Donc, leurs désirs de propagande ne sont nullement amortis; et si les moyens leur font défaut, le caractère de leurs