‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 52 sur 122 · CHAPITRE V il · texte numérisé non relu

CHAPITRE V il

la foj en Dieu et en Jésus- Chiist, afin que la rigide ceasure des réformés n'y puisse rien trouver qui la scandalise justement.

D'abord il prouve par les témoignages les plus vénérables, que les fidèles ne demandent aux saints que de prier Dieu pour eux et avec eux : et qu'on n'attribue à ces intermédiaires aucun pouvoir propre, si ce n'est qu'étant du nombre des amis de Dieu, ils ont lieu de compter sur un accueil favorable de sa bonté, puisqu'il s'est laissé fléchir par les prières de Moïse, au point de ne pouvoir lui refuser la grâce de son peuple, quoiqu'il eût déclaré le dessein de le punir (1).

a Mais Moïse l'emporte contre lui, et lai arrache, pour ainsi dire, des mains la gr&ce qu'il lui demande; en un mot, la foi peut tout jusqu'à transporiar les montagnes. »

Mais voici ce qui scandalise le plus les réformés :

« On présuppose, disent-ils, en priant les saints de tant d'endroits de la terre, qu'ils ont l'oreille partout et qu'ils connoissent le secret des coeurs ; ce qui est leur attribuer une préro- (tativrt divine (2). e

Ici Bossuet oppose à Jurîeu un autre ministre protestant : c'est Daillé, qui a célébré le ministère des anges :

Il Ils voieni, dit-il, le péril de chacun de nous, ee que chaque lidèle craint, ce qu'il désire, ce qu'il demande, parce qu'ils sont présens sur la terre et mêlés au milieu de nous. " « Daillé^ demande Bossuel, en l'ait-il des dieus en leur donnant tant de

qui nous touche en particulier ? Nous n'avons donc pas besoin d'égaler les saints à Dieu, pour leur Taire entendre nos vœux. Il ne faut que les égaler aux anges, qui savent nos prières,

llo HOSSDBT ET LE PROTESTANTISME

qui les présentent à Dieu, qui les mettent sur l'auiel célesle devant le trOne de Dieu comme un présent agréable, n

Par cet échelon, que lai présente un ministre protestant, Bossuet rapproche les saints du trône de Dieu. Mais Jurieurattaqueiciausujetde Jésus-Christ, et lui reproche qu'il ne voit aucune différence entre le culte du Fils de Dieu et celui des saints, et le défie de lui en montrer aucune (1). C'est ce qui donne h Bossuet l'occasion de distinguer l'intercession des Stints de la médiation du Sauveur. Les saints prient, tandis que le Filg agit par lui-même. « Il est, dit encore Daillé, dispensateur et distributeur des gr&ces de Dieu ; mais il les donne nvec autorité comme Seigneur, parce qu'il « les a méritées par son sang. » En se servant des propres paroles et des raisonnements de Daillé, qu'il fortilie de la doctrine de saint Thomas, Bossuet compose une belle et éloquente théorie de la médiation de Jésus-Christ, et laisse bien loin les chicanes de Jurieu au sujet des saints.

» Quoi qu'il puisse dire, conclut-il, il sait bien que le vrai Dieu que nous adorons D'est pas le Jupiter des païens (2). *

Certes Jurieu le sait bien, et Bossuet aurait pu se dispenser de lui développer à la face une comparaison de la théologie chrétienne avec la théogonie de Platon ; mais nous savons aussi pourquoi il se croit obligé de lui étendre à satiété la réfutation des calomnies que le ministre lui présente de môme. Peut-être ces discussions, qui nous paraissent superflues, avaient-elles leur utilité, d'autant qu'il ne manque pas dans ce temps-là (etdepuis),de personnesqui prétendent que Bossuetn'a

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