‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 53 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rien pu répondre à Jurieu. Que diraient ces critiqueSf si en effet il avait dédaigné de'lui répondre T Mais quel travail que d'avoir toujours la plume à la maio pour réfuter dépareilles attaques? Jurieu imposait beaucoup & ses contemporains par son intarissable fécondité; il était bon de dissiper ce prestige et de réduire au néant ces accusations si enflammées et si obstinément reaouvelées.

Quatrième Avertissement.

Le ministre Jurieu, dans sa lettre YIII, avait voulu disculper Luther, Bucer et Mélanchthon, qui autorisèrent, comme on l'a vu plus haut, le landgrave de Hesse à prendre une seconde femme en gardant la première. Revenant à son principal objet, qui était de prouver contre Bossuet, que les croyances de i'ËRtise catholique ne sont pas invariables, il reprochait à l'auteur de VMistoire des V(mations d'avoir donné place dans son livre à l'aventure du landgrave :

Cl Cela ne fait rien, dit-il, pour prouver que les véritaz venuëz de Dieu obtienoent d'abord toute leur parTeclion ».

Ëossuet ne se donne pas la peine de lui répliquer que l'intempérance du landgrave et la complaisance des trois grands chefs de la Réforme ne prouvent rien contre l'immutabilité des vérités divines; et que Jurieu aura beau dire, le prince et les trois docteurs qui furent les colonnes de la Réforme, demeurent responsables d'une violation scandaleuse des lois du mariage.

Le ministre voudrait bien trouver des arguments

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théologiques en leur faveur ; mais il se jette d'abord sur les récriminations. Dans un langage passablement cynique, et que Bossuet ne copie pas, dit-il, sans rougir (1), il accuse l'Eglise romaine de donner des ■ dispenses des crimes les plus affreux », et le Pape de t signer des indulgences pour tous les incestes et toutes • les infamies > (2).

Bossuet le met au défi de produire les sources et les témoinages de pareilles afArmatiom; ; et il est vrai qu'on a de la peine à deviner à quoi il peut faire allusion, à moins que ce ne soit à des contes ramassés dans des recueils satiriques (3). Bossuet s'étonne de la confiance du ministre dans la crédulité de ses lecteurs; mais enfla il s'agit de trouver des raisons pour justifier les réformateurs qui ont autorisé la polygamie du landgrave. Lies arguments plus ou moins captieux du ministre {nous ne disons pas ses sophismes, ce mot flétrissant étant réservé parles protestants pour Bossuet), ne nous intéresseraient guère, s'ils n'avaient donné au grand docteur l'occasion

(9) 11 p>rl« spjeltleneat de mtni coupables d'JnccEtfi «vec leurs fils df frères tret leurs sœurs, eu. ; cnmitiF si rien n'éuit plus commUD dans l'Eglise romiine que les Œdipeset les Jocistes. Hais nous connaissons assez son taricltrc et ses senlimenls pour sivoir ce qo'il en fiul penser,

(3) Si Jurieu JMit connu ponr un grand lecteur d'ouvraees profinet et roaanesques. j'osenis presquu ifSrmer qn'il a pris a (Me de mères, ite nis, de frères ineestueni, absous par l'Église romilne, dans nu des c«nles de li Reine de Navarre, tant ses eipre.ssions a'j aj<istent bien (HepIsm^oH, III'J.. Noac. XXX). Pent-être encore a-t-il rencontré sa Iible dans VArohme ponr llérodale d'Henri E«tienne, qui fourniille de contes gnieleui ou lundalenK, ramassés partout ponr dillanier tes caibali<iues. Peut-jtre aussi dans linéique recueil ilallen cimpait contre les Borgii. Quoi qu'il en soit, c'est dans qnelqnr amas méprisable d'anecdotes, que Jurieu a troniéce qu'il ose donner comme des [ails ordinaires de la discipline de rËfliae romaine. Il n'a pas désigné ses sources, et comment aurall-il eu te front de les nommer? Il lai élall plus avanlageui et pins commode de proliter du crédit pnMiigieni dont il jonissail dans sa secte, où tout ce qu'il pouiait insinuer contre les catholiques passait ■ans niamen pour vérité.

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