‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 6 sur 122 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

cette date; il censure la foi de ses devanciers, de ses chers, de ses confrères ; il élève chaire contre chaire, il dogmatise, il entraîne des nations, il fonde une église dissidente. Il prétend être rentré dans la véritable foi de Jésus-Christ, qu'il dit avoir été altérée par cette Église universelle, dont il fut d'abord un membre soumis. Son opinion doit-elle suffire pour abolir les litres de possession dont était revêtue l'Ëglise qu'il a désertée? Non, celle-ci est toujours la vraie église de Jésus- Christ; et c'est la sienne qui doit être rejetée, comme fausse et usurpatrice. Mais pour entraîner les peuples dans son erreur, il a calomnié la vraie et pure Église, et c'est ainsi qu'une multitude de chrétiens se sont écartés de la bonne voie, et demeurent, sans bien savoir pourquoi, dans un état d'hostilité envers le corps dont ils se sont détachés. Cependant ils ont beau faire, ils ne sont toujours qu'un peuple d'égarés. Mais de même qu'ils ont pu être trompés, ils peuvent être désabusés. Ils ont écouté la voix de leurs ministres, faux pasteurs, sans vocation, qui les ont séduits. Qu'ils écoutent celle des vrais pasteurs, qui sont établis par l'autorité perpétuellement transmise des premiers apôtres : h cette transmission du ministère, ils reconnaîtront ceux qui ont droit de les enseigner : de ces bouches autorisées ils recueilleront la vérité, leurs illusions se dissiperont, et ils reviendront à la véritable Église. Mais, pour avoir été égarés, ils n'ont pas perdu

XIT INTRODUCTION

leur primitive qualité d'enfants de l'Église; ils sont, ^ aux yeux des vrais fidèles, toujours des frères, quoique --' séparés : qu'ils rentrent dans la maison de leur père, / et ils y seront accueillis comme s'ils ne l'avaient jamais \ quittée, et môme avec plus de joie.

(^ Telle est, en abrégé, toute la doctrine de Bossuet sur xe sujet de la réunion des prolestants : il n'en a pas d'autre que celle-là, et il y conforme toute sa conduite. \^ Quant à voir en lui un persécuteur, qui veut ramener les dissidents par la contrainte ; il faut, pour l'y voir, \ lui prêter des paroles et des actes qui ne sont pas de Jni, Ce n'est pas qu'il n'ait, en théorie, comme les pro- / testants eux-mêmes, reconnu chez les princes le droit , de contrainte, et qu'en pralique, il n'ait prêté son Xobéissance, jusqu'à un certain point, au pouvoir auquel iKreconnaissait le droit de commander. Mais il faut voir ~^Â' comment il adoucit et modère ces lois qu'il est obligé V de subir, et s'il n'a pas fait ce qui dépendait de lui pour corriger des ordres qu'il ne pouvait empêcher ou retrancher. Dans tous les cas, ce n'est pas lui qui a conseillé la rigueur ou qui l'a employée avec zèle. Ses moyens sont tout autres : c'est la parole et la science, avec la douceur; et telle est l'histoire que nousavonsà exposer, en tenant compte des difficultés des temps et des luttes qu'il eut à soutenir pendant toute sa vie, même contre des puissances qu'il vénérait et dont il partageait au fond les convictions.

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