CHAPITRE I
Paul Ferry.
RÉFUTATION DU CaTÉCHISUE DE P. FbRRT. — 1655. —
Bossuet était âgé de vingt-sept ans, quand se présenta pour lui la première occasiOQ d'entrer en controverse au sujet du protestantisme.
Il remplissait à Metz les fonctions de chanoine de la cathédrale, et d^à depuis plusieurs années entretenait de fréquentes relations avec les protestants, fort nombreux dans ce pays. Ils avaient à leur tête un ministre d'un très grand mérite, Paul Ferry, qui jouissait d'une haute considération dans la province par sa famille, par ses écrits et par son éloquence. C'était un esprit modéré et conciliant, et qui par sa droiture paraissait apte à ménager quelques rapprochements entre les deux communions. Cependant il publia, en 1654, un livre intitulé Catéchisme général de la Réformalion, destiné à prouver qu'il avait été nécessaire de réformer l'église romaine (1). Cette thèse soutenue par un homme dont Bossuet estimai t singulièrement les talent» et le caractère, et dont l'autorité était considérable dans le pay» messin, fut ce qui mit au jeune archidiacre la
2 BOSSUBT BT LE PROTESTANTISME
plume à la œaiD. Il sentit qu'il ne pouvait laisser passer cette doctrine sans abandonner en quelque sorte l'Église catholique dans le passé, et par conséquent sans la reconnattre dans le présent pour fautive devant la censure du ministre protestant, puisqu'ellesefaisaitgloire de n'avoir pas changé depuis ce temps-là. 11 entreprit donc sur-le-champ une Réfutation du Catéchisme du sieur Ferry, qu'il fit paraître k Metz en 1655.
1,'objet qu'il se proposait était de montrer que l'auteur du Catéchisme attribuait à l'Eglise catholique des opinions qu'elle ne reconnaissait pas pour siennes.
fl Je me suis élonaé, dit-il, qu'un homme qui parati assez retenu, ait traité des matières de cette ioiportance avec si peu de sincérité, ou si peu de connoissance de la doctrine qu'il entreprend de combattre. Quiconque sera un peu instruit de nos sentimens, verra d'abord qu'il nous attribue beaucoup d'erreurs que nous délestons : et si une personne que nos adversaires estiment si sage et s! avisés s'emporte à de telles eitrfimiiês, qu'ils nous pardonnent si nous croyons que tel est sans doute l'esprit de la secte, qui ne pourroit subsister sans cet arlitlce. • (Ij
C'était bien débuter, ainsi que nous l'avons dit, en défenseur du catholicisme, et entrer dans la controverse non pas en agresseur, mais en homme qui s'acquitte d'un devoir de conscience en repoussant la calomnie. Quelque jeune qu'il Mt, Bossuet était si peu poussé par l'humeur guerroyante, qu'il choisit du premier coup la méthode qui ressemble le moins à la polémique. Redoutant pour la charité l'aigreur oii la discussion peut entraîner les esprits, au lieu d'argumenter, il adopta la
■11 Rifalation. Entrée aD discours lŒai'e» compl. de Rdsiuel, Éd. L. Vive», l. XIII, p.»7).
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