‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 61 sur 122 · CHAPITRE V l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V l

(car ou pousse la calomnie à tous ces excès) : ut toul cela e»t couronné par son hypocrisie, c'est-à-dire, comme on l'explique, par un faux semblani de révérer des mystères qu'il ne croit pas dans son cœur (1). m

Quet dut être le seatimeat de Bossuet en transcrivant ces prodigieux outrages? Mais on sent bien qu'il n'en fut guère ému. Son cœur était au-dessus de ces choses-là, ce qui n'empêche pas que ceux qui connaissent Bossuet en sont stupéfaits. Mais laissons à Jurieu la honte d'avoir publié de pareilles énormités : c'est une lourde charge pour son caractère et pour sa mémoire. Bossuet n'a certainement pas songé à se venger d'insultes si indignes ; mais Jurieu les a payées par la lumière que la controverse a répandue sur les vices de ses raisonnements, sur la frivolité de ses théories théologiques, sur l'impertinence de ses attaques, enfin sur le mauvais sens dont il a fait preuve dans toute cette guerre de plume, qu'il a entreprise avec plus de présomption que de capacité, quoiqu'il eût toutes les apparences de la science et de la pénétration. C'est en effet un homme qui a remué beaucoup de grandes questions, mais avec plus d'audace que de maturité.

Il se vantait d'avoir porté un coup foudroyant à la doctrine de Bossuet, en révélant tes variations de l'Ëglise catholique, plus étonnantes que celles des églises prolestantes. Selon lui, dans les trois premiers siècles du christianisme, personne n'avait su ce qu'il fallait croire, par exemple, de la Trinité et de la grâce;

11) P>g« s. — cr. p. 35, où II s'agit il'nn elupitre de Jurieu intilDli: Pourberita de fiitlst de Meaui. Au teue, dins le mène endroit (p. 98-98), )e ministre n'est pas plus dément pour le P. Petau et pour le savant Huet, qns pour Bossuet lui-même. Voir p. 9S l'éloge qne Bossuet lait de Haet.

146 BOSSUET BT LE PROTEilTANTISMB

et c'est là-dessus que porte le sixième AverlissemetU. Est-il vrai, comme Jurieu le prétend, qu'avant le coQclle de Nicée, le dogme de la Trinité soit demeuré, selon son expression, informe, de telle façon que ni les docteurs de l'Église de ces temps-là, ni les fidèles n'aient eu une idée nette des rapports des trois personnes divines, ni de la génération du Verbe, ni de son essence! S'il en était ainsi, cène serait pas seulement le dogme de la Trinité qui serait demeuré informe pendant trois siècles, mais le ctiristiantsme même.

Le but de Jurieu, en soulevant ces questions, n'est pas seulement de mettre dans l'embarras l'auteur de VHùloire des Variations, mais de favoriser le socinlanisme. Cap si ces dogmes nesont pas, dès les premiers siècles, bien définis dans l'Église, ils ne sont donc pas fondamentaux, et l'erreur sur ce point n'est pas aï grave qu'on doive rejeter de l'Église ceux qui, comme les disciples de Socin, professent des opinions opposées à l'orthodoxie.

N'eût-il pas été personnellement intéressé, comme il l'était, dans les attaques du ministre Jurieu, le grand défenseur de la foi romaine ne pouvait laisser passer impunément un système qui ébranlait dans ses fondements la religion tout entière, et tendait à faire croire que, comme toute doctrine humaine, elle avait eu au début des incertitudes, des tâtonnements, des progrès contrariés, et ne s'était constituée qu'à l'aide du temps, après avoir beaucoup varié dans ce qu'elle avait d'essentiel? Jurieu affirme que les premiers docteurs de l'Eglise n'étaient que de pauvres théologiens, ne lisaient guère l'Ecriture, et ne pouvaient se faire une doctrine raisonnée, ni sur les attributs de Dieu, ni sur la

Page 1